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Louis Ramos-Ibanez | L’humanité du 30.10.2010

En cinq minutes chrono  : deux mois de prison ferme

samedi 2 octobre 2010 par Louis Ramos-Ibanez
Trois manifestants de Saint-Nazaire sont la cible d’une justice expéditive. Et lourdement condamnés.

Cela devient d’une banalité récurrente. Mais pas moins scandaleuse. Être jugé en comparution immédiate au sortir d’une garde à vue vient encore de frapper vendredi des manifestants. Leur tort  ? Avoir participé à la dernière journée de mobilisation contre la réforme des retraites jeudi dernier et s’être fait interpellés en fin d’après-midi, puis condamnés à Saint-Nazaire.

Du coup  : deux militants, un tuyauteur de trente-quatre ans et un agent SNCF de trente-sept ans, ont pris deux mois de prison ferme, un autre, un soudeur de quarante-sept ans, écope d’un mois. Plus symptomatique encore d’un jugement expéditif, le délibéré n’a duré que cinq minutes à peine. De quoi semer le doute quant au fond du procès. «  (Nous sommes) indignés par la condamnation à la hussarde (…) un exemple que Sarkozy et le ministère de l’Intérieur veulent faire pour arrêter le mécontentement des salariés, des jeunes, des retraités et des privés d’emploi  », déplorent en cœur, dans un communiqué, les organisations syndicales de Loire-Atlantique CFDT, CFE/CGC, CGT, Solidaires, Unsa, et des jeunes Unef, SEN et UNL. Car les mécontents sont légion dans le bastion contestataire qu’est Saint-Nazaire. Ils étaient environ 15 000 personnes à donner forme jeudi à leur colère dans une commune d’à peine 70 000 habitants. Et c’est vers 16 h 30 que le drame s’est noué, quand des canettes de bière et des pierres ont volé en direction de la sous-préfecture, tandis que les policiers ont chargé à plusieurs reprises les manifestants, jouant le rapport de forces à coups de gaz lacrymogènes. Dès lors, il a fallu trouver des coupables. D’où l’interpellation de manifestants sanctionnés «  à caractère d’exemplarité  », selon les propos du procureur Joël Denis lors de son réquisitoire.

Mais un autre son de cloche résonne du côté de la défense. Pour l’avocat des manifestants, Me Lemoigne, «  la procédure est inepte, le jugement contestable, la condamnation totalement disproportionnée  ». Et l’atteinte aux libertés ne s’arrête pas là. Selon lui, «  on a poursuivi des gens pour attroupement illégal avec armes. En plus d’être exagéré et sans preuve à l’appui, c’est une attaque à une des libertés fondamentales de notre pays, le droit de manifester. Ça signifie qu’aujourd’hui il suffit qu’une personne jette une pierre sur les forces de l’ordre pour qu’on juge illégale toute manifestation en règle quelle qu’en soit l’ampleur. C’est de la répression judiciaire pure et dure qui criminalise les actions syndicales et alternatives. Manifester devient une faute. Voilà comment la droite réactionnaire réagit.  » Le commissariat de Saint-Nazaire n’a pas souhaité se prononcer sur le sujet. Et la défense a fait appel du jugement, demandant, comme les syndicats, la libération immédiate des deux hommes déjà emprisonnés.

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