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Claire Gatinois | Le Monde le 15.08.2008

En dépit de la crise, les entreprises multiplient les acquisitions

vendredi 15 août 2008 par Claire Gatinois
Après la paralysie provoquée par la crise des subprimes, la marche des affaires reprend progressivement. Aux Etats-Unis, en Europe ou dans les économies émergentes, les "BRIC" (Brésil, Russie, Inde et Chine), les offres publiques d’achat (OPA) se multiplient. "Le premier trimestre a été exécrable, mais en juin et juillet, les OPA de taille ont repris. On ne s’attendait pas à un tel mouvement", souligne Michel Payan, responsable du département fusions et acquisitions à la Société générale.

Qu’il s’agisse de l’OPA lancée par le brasseur belgo-brésilien Inbev sur l’américain Anheuser Busch, celle du groupe minier suisse Xstrata sur le britannique Lonmin, ou encore celles du groupe énergétique espagnol, Gas Natural sur son compatriote Union Fenosa, ou du laboratoire suisse Roche sur la société de biotechnologie Genentech, tous les secteurs, tous les pays, sont concernés.

Selon les données collectées par le cabinet Thomson Reuters, le volume des opérations de fusions et acquisitions annoncées depuis janvier 2008 a ainsi rattrapé une partie de son retard, pour atteindre 2 081 milliards de dollars (1 396 milliards d’euros) au 11 août. Un chiffre certes inférieur a celui de 2007, mais supérieur de 4 % à celui de 2006. "Qui était pourtant une année record", précise Vincent Flasseur, analyste chez Thomson Reuters.

Si ce redémarrage surprend par son ampleur et sa rapidité, il participe d’un mouvement traditionnel en temps de crise. "Il y a un nettoyage naturel lors d’un ralentissement économique. Les mauvais deviennent très mauvais, disparaissent ou se font avaler", indique David Thesmar, professeur de finance à HEC et coauteur du Grand méchant marché (éd. Flammarion).

Les meilleurs profitent des opportunités nées de la crise, comme la chute du dollar ou celle des marchés boursiers : une aubaine pour racheter à bas prix des concurrents. "On ne sait pas de quoi demain sera fait, mais certains restent disposés à prendre des risques, et en profitent pour se positionner sur des secteurs même en difficulté", remarque Pierre-Antoine Saunier, chez UBS.

Si le secteur bancaire, fragilisé, est encore jugé trop inquiétant pour susciter les convoitises, les opérations se sont en revanche multipliées dans la grande consommation. Et ce alors que le pouvoir d’achat des ménages est à la peine.

L’américain Mars s’est ainsi attaqué au groupe de chewing-gum Wrigley, et son compatriote Heinz, le spécialiste du ketchup, aux sauces Bénédicta. L’enjeu pour ces groupes est de doper rapidement leurs profits via un accès à de nouveaux marchés, de nouveaux produits, ou de consolider des parts de marché existantes.

La crise incite aussi à être agressif. Les OPA hostiles se multiplient, à l’image de l’offensive de l’allemand Schaeffler sur son compatriote Continental dans le secteur automobile. Si leur succès n’est pas garanti, le management des groupes, dont la valeur a plongé, est moins en mesure de refuser une offre susceptible de doper les cours et de réjouir les actionnaires. En outre, les industriels ne sont plus gênés dans ces manoeuvres par les fonds d’investissement.

Pour ces derniers, la crise a été, et reste, redoutable. Le volume des opérations qu’ils ont menées depuis le début de l’année a plongé de 73 % par rapport à 2007, et reste moitié moindre que celui de 2006. A eux, les banques rétives à reproduire les excès du passé prêtent moins, tandis qu’elles financent encore volontiers les opérations d’industriels dont les bilans sont restés solides. Le groupe pharmaceutique Roche n’a ainsi eu aucun mal à financer son OPA lancée sur Genentech de 44 milliards de dollars. "Les banquiers se battent pour participer à cette opération", confirme l’un d’eux.

Pour les observateurs, les rapprochements qui s’opèrent depuis quelques mois ne ressemblent toutefois pas vraiment aux précédents mouvements. Ils reflètent, selon eux, des mutations plus profondes de l’économie.

D’une part, celle provoquée par le choc pétrolier et la flambée des matières premières. Si le pétrole reflue depuis peu, les industriels savent que le coût de l’énergie restera élevé. La multiplication des opérations dans le secteur de l’énergie, qu’il s’agisse d’offres fermes ou de tentatives avortées, comme celle d’EDF sur British Energy, illustre la recherche de solutions alternatives au pétrole. Les multiples rapprochements entre groupes miniers confirment, eux, la pénurie de ressources : pour produire plus, il faut acheter un concurrent.

D’autre part, les opérations s’orientent davantage vers les pays émergents, témoignant de la montée en puissance et de l’attrait de ces économies. Les offres à destination des BRIC ont progressé de 35 % cette année, et plus que doublé par rapport à 2006. Ceux qui opèrent dans une industrie mature en Occident, comme l’automobile, y cherchent des relais de croissance. "Les opérations en Chine et en Inde progressent, mais si la crise s’aggrave, les ambitions des groupes occidentaux pourraient se heurter au protectionnisme de ces Etats", alerte Erik Maris, chez Lazard.

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