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Un article de Pierre-Henri Lab paru dans l’Humanité du 25 février 2005

Énergie Risque de délestage industriel

samedi 26 février 2005 par Pierre-Henri Lab
La hausse du prix du kilowatt consécutive à la libéralisation du marché de l’électricité et à la privatisation d’EDF, pourrait provoquer des délocalisations dans l’industrie.

La hausse des prix de l’électricité va-t-elle inciter les industries, qui en sont grandes consommatrices, à délocaliser ? Lundi, le groupe belge Umicore, bien que fortement bénéficiaire, a annoncé la suppression de 216 emplois en France dont une grande partie sur son site d’Auby dans le Nord. Si les syndicalistes mettent en cause le bien-fondé de cette restructuration en mettant en avant les 168,3 millions d’euros de bénéfice réalisés par le groupe en 2004, Umicore explique, entre autres, sa décision par la hausse des coûts de l’électricité. Hausse qui pénalise fortement l’usine d’Auby pour sa production de zinc.

Le groupe belge est loin d’être isolé. Plusieurs industriels, principalement sidérurgiques, menacent de procéder à des fermetures de sites et à des suppressions d’emplois.

Entre le 1er décembre 1999 - date de l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité pour les industries - et aujourd’hui, le prix du kilowatt est passé de 19 à 35 euros. Les industriels, qui ont longtemps profité d’une offre avantageuse de la part d’EDF, voient, sous l’effet de la libéralisation, leur facture s’alourdir à chaque renouvellement de contrat avec leur électricien. EDF qui, jusqu’à présent, pratiquait les prix les plus bas d’Europe, les aligne petit à petit sur ceux du marché. L’ouverture du capital de l’entreprise publique décidée par le gouvernement pour la fin du second semestre va conforter le mouvement. Les exigences de retour sur investissements des futurs actionnaires ne manqueront pas de provoquer une nouvelle hausse des prix. Cette perspective inquiète les industriels. Plusieurs d’entre eux, lors du débat sur le changement de statut d’EDF à l’été 2004, avaient d’ailleurs fait part de leur hostilité à la privatisation de l’entreprise publique.

Partisan de la libéralisation du marché de l’énergie, d’une constitution européenne qui, en réaffirmant que l’Europe est « un marché ouvert où la concurrence est libre et non faussée », la consacre, architecte de la tentative de privatisation d’EDF et de GDF, le gouvernement fait face à une difficile contradiction. Comment concilier ses engagements ultralibéraux sans provoquer de graves dommages en matière d’emplois dans l’industrie à un moment où le président de la République affiche la lutte contre la « désindustrialisation » comme une priorité de l’action gouvernementale ? Mardi, lors de leur visite de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), les ministres de l’Économie et de l’Industrie, Hervé Gaymard et Patrick Devedjian, ont annoncé leur intention de « provoquer, dans les semaines qui viennent, une table ronde » sur cette épineuse question. Cette initiative qui réunira « l’ensemble des acteurs de la filière, producteurs (d’électricité) et consommateurs », devrait permettre d’arrêter un dispositif « à la fin du semestre ou au début du prochain ».

D’ores et déjà, plusieurs « solutions », à l’initiative du gouvernement comme des industriels, sont à l’étude. Première hypothèse : associer des entreprises au financement de la construction du futur réacteur nucléaire EPR en échange d’un tarif fixe et en dessous des prix du marché. Un précédent existe en Europe. En Finlande, un producteur d’électricité, qui a comme actionnaires les papetiers du pays, a demandé à Areva de construire un exemplaire de ce type de réacteur. L’autre hypothèse envisagée par le gouvernement est d’allonger la durée des contrats entre les producteurs et les consommateurs pour garantir un prix fixe du kilowatt sur une plus longue période. Du côté des industriels, on n’est pas en reste. Ainsi Arcelor et Gaz de France projettent de construire à Dunkerque un générateur combiné, fonctionnant au gaz naturel et au gaz produit par l’usine sidérurgique de la ville. Cette usine serait, bien entendu, alimentée par cette nouvelle centrale électrique.

Inconvénient majeur de ces « solutions », elles pourraient s’avérer n’être que des réponses ponctuelles à un problème beaucoup plus fondamental. Quid, en effet, des consommateurs, particuliers ou petites entreprises, qui n’auront pas les moyens d’investir dans la production d’électricité ? Enfin, qui financera le renouvellement du parc de production électrique actuel et son agrandissement rendu nécessaire par l’accroissement incessant de la consommation d’énergie ?

En complémént : "Les industriels fâchés du coût du courant" paru dans Libération
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