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Natalie Nougayrède | Le Monde le 15 mai 2007

Energie : la Russie et l’Europe rivalisent en Asie centrale

mardi 15 mai 2007 par Natalie Nougayrède

Alors que la présidence allemande de l’Union européenne (UE) prépare une "stratégie" en direction de l’Asie centrale, qui doit être présentée lors du Conseil européen des 21 et 22 juin, la bataille pour l’accès aux richesses énergétiques de ces régions de l’ex-URSS s’intensifie.

Elle oppose, d’un côté, Moscou, qui s’appuie sur une infrastructure de gazoducs et oléoducs héritée de l’époque soviétique et lui conférant une position dominante de plaque tournante, et de l’autre, les occidentaux (Etats-Unis et UE), qui ont pour ambition de faire du Caucase une voie privilégiée d’évacuation des hydrocarbures d’Asie centrale, permettant d’éviter le territoire russe.

Deux événements ont attisé cette lutte feutrée : la mise en fonction, à l’été 2006, de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, un projet défendu depuis les années 1990 par les Etats-Unis ; et plus récemment, le décès, le 21 décembre, du président du Turkménistan, Saparmourat Niazov (au pouvoir depuis 1989), dont la disparition a chamboulé les cartes dans la bataille pour les hydrocarbures.

Son successeur, Gourbangouly Berdymoukhammedov, se montre en effet plus disposé à ouvrir le secteur énergétique à des investissements occidentaux. Il l’a montré en proposant, début mai, au géant américain Chevron de participer à l’exploitation de champs off-shore dans la Caspienne. Le Turkménistan est le deuxième producteur de gaz naturel dans l’ex-URSS, après la Russie, et le géant russe Gazprom dépend en grande partie de son accès aux réserves turkmènes pour respecter ses contrats de livraisons avec les pays européens.

C’est dans ce contexte que le président russe, Vladimir Poutine, a voulu réaffirmer le poids de Moscou en concluant, samedi 12 mai, un accord avec ses homologues du Turkménistan et du Kazakhstan. L’objectif est d’accroître les capacités d’un gazoduc reliant l’Asie centrale à la Russie, le long de la rive nord de la Caspienne. Les trois dirigeants, réunis dans la ville portuaire de Turkmenbachi, ont noué une coopération qui prévoit aussi la construction d’un deuxième gazoduc, le long du même tracé, afin d’accroître les volumes qui transiteront par la Russie vers l’Europe.

Mais le dirigeant turkmène n’a pas pour autant fermé la porte à un autre projet, soutenu par les Occidentaux, qui viserait à construire un gazoduc sous la mer Caspienne, reliant l’Asie centrale au Caucase. "Il y a une diversification (des routes de l’énergie) en cours. Nous n’excluons pas d’envisager cette option [trans-Caspienne]", a dit M. Berdymoukhammedov.

L’annonce d’un accord Russie-Kazakhstan-Turkménistan est survenue au lendemain d’une réunion à Cracovie entre les présidents de cinq pays (Pologne, Ukraine, Lituanie, Géorgie et Azerbaïdjan) et un émissaire du président kazakh. Dans une déclaration commune, ils ont annoncé leur intention d’achever la construction d’un oléoduc reliant le port d’Odessa, sur la mer Noire, à celui de Gdansk, sur la mer Baltique. Cette infrastructure, à laquelle Moscou veut s’opposer, permettrait de transporter des hydrocarbures d’Asie centrale vers les marchés mondiaux, en contournant la Russie.

DISCUSSIONS DIFFICILES

Une autre voie d’évacuation, d’importance stratégique pour l’Europe, fait l’objet de discussions difficiles : il s’agit du gazoduc Nabucco, susceptible de transporter, à travers la Turquie, le gaz d’Asie centrale vers la Hongrie et les marchés européens. Après la crise gazière entre l’Ukraine et la Russie, début 2006, les Européens avaient relancé les efforts autour de ce projet, dont le financement est cependant incertain.

Un obstacle de taille a en outre surgi : en Hongrie, le gouvernement du premier ministre socialiste, Ferenc Gyurcsany, qui a tissé des liens étroits avec le russe Gazprom, hésite à faire de Nabucco un projet qui exclurait Moscou. Il s’est dit favorable à un branchement de Nabucco sur le gazoduc russo-turc Blue Stream, qui passe sous la mer Noire.

Les autorités turques ont par ailleurs bloqué, en avril, une participation de Gaz de France à Nabucco, en raison du contentieux avec Paris sur la loi reconnaissant le génocide arménien.

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