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article de Eric Leser paru dans le Monde du 8 novembre 2006

Etats Unis : La question de l’indépendance énergétique s’est imposée au cours des débats électoraux

mercredi 8 novembre 2006 par Eric Leser

"La chose la plus importante que nous pouvons faire pour améliorer notre sécurité nationale sur le long terme est de rendre notre pays indépendant sur le plan énergétique." Cette phrase Bill Clinton l’a martelée depuis des semaines en venant soutenir les candidats démocrates aux quatre coins des Etats-Unis. L’ancien président propose un véritable programme d’urgence "avec pour objectif de remplacer plus de 75 % de nos importations de pétrole du Moyen-Orient en 2025".

Il estime que fabriquer de l’éthanol à partir du maïs n’est pas suffisant. Il prône la transformation en carburant de bois et de déchets végétaux et d’arbres à croissance rapide comme les saules. "Les Américains feront des économies à la pompe, nous doublerons les revenus des fermiers sans avoir à les subventionner et cela nous aidera à combattre le réchauffement climatique", affirme M. Clinton avec la conviction qui en fait un des meilleurs orateurs de la vie politique américaine.

L’indépendance énergétique, comprise comme le moyen de ne plus être tributaire du pétrole de pays comme l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak ou le Venezuela, est souhaitée par un nombre grandissant d’Américains. En août, au moment où le prix de l’essence atteignait des sommets historiques, le Democracy Corps, un cabinet de stratégie politique démocrate, avait interrogé des électeurs potentiels : "Quelles sont les deux plus importantes questions de sécurité nationale pour le gouvernement et le Congrès dans les prochaines années ?" - "Réduire la dépendance envers le pétrole étranger" était alors arrivé en première position devant la guerre en Irak et le terrorisme avec 42 % des réponses.

Depuis, le prix de l’essence a nettement baissé et la situation en Irak s’est encore dégradée faisant de la guerre le principal thème de campagne, mais dans toutes les batailles électorales indécises, les candidats démocrates comme républicains ont affirmé à l’unisson avoir pour priorité de réduire la dépendance énergétique du pays. James Carville, le légendaire conseiller politique de M. Clinton, auteur du fameux slogan de 1992 "c’est l’économie, imbécile" (it’s the economy, stupid), est convaincu que le thème de l’indépendance énergétique est en passe de devenir la première question de sécurité nationale. "Quelle que soit la façon dont vous interrogez les gens, c’est ce qui ressort", explique-t-il.

OFFENSIVE DES COMPAGNIES

Ancien secrétaire à la défense et à l’énergie de M. Clinton, James Schlesinger a supervisé une étude pour le très influent Council on Foreign Relations (Conseil des relations extérieures) rendue publique en octobre. Il estime que le problème de l’indépendance énergétique est celui qui "aura les effets les plus importants pour les Américains dans les cinquante prochaines années". Il affirme que les Etats-Unis doivent réduire rapidement leur consommation de produits pétroliers, et "plus on retarde la décision, plus le traumatisme sera important". Il conclut que, pour le Parti démocrate, considéré à tort ou à raison comme "faible" en matière de sécurité nationale, promouvoir l’indépendance énergétique est une stratégie payante pour changer d’image. D’autant plus que l’administration Bush est alignée sur les intérêts des compagnies pétrolières.

George Bush vient ainsi de nommer Lee Raymond, ancien président plus que controversé d’ExxonMobil, pour superviser l’équipe chargée d’étudier les moyens de réduire la diffusion de gaz à effet de serre aux Etats-Unis. M. Raymond dirige le National Petroleum Council, le lobby pétrolier américain, sans doute le plus puissant de Washington. Le même Lee Raymond déclarait, il y a quelques années, que le "réchauffement climatique est une invention de chercheurs en mal de budgets".

Inquiètes, les compagnies pétrolières américaines ont commencé à lancer une offensive contre l’indépendance énergétique. "C’est un mythe. Les candidats qui prônent une telle politique ne sont pas réalistes et responsables", déclare Peter J. Robertson, vice-président de Chevron. "Les technologies pour parvenir à l’indépendance énergétique n’existent pas", affirme Stephen Pryor, le président des activités de raffinage d’ExxonMobil. Selon l’organisation Campaign for America’s Future (Campagne pour l’avenir de l’Amérique), entre 2002 et 2006, les élus républicains au Congrès ont reçu des six plus grandes compagnies pétrolières américaines plus de 6 millions de dollars de contribution pour leurs campagnes. En échange, ils ont bloqué la plupart des législations antipollution.

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