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Article de Fanny Doumayrou paru dans L’Humanité du 13 juillet 2006

Ethers de glycol : une expertise « de complaisance »

jeudi 13 juillet 2006 par Fanny Doumayrou
Santé . Une étude de l’INSERM publiée en juin minimise la toxicité des solvants utilisés jusque dans les années quatre-vingt-dix.

La vérité sur la toxicité des éthers de glycol, ces solvants utilisés massivement jusque dans les années quatre-vingt-dix dans de nombreux produits domestiques, et encore aujourd’hui dans l’industrie, ne cesse d’être étouffée. Hier, le collectif « Éthers de glycol » [1], qui milite depuis 1998 pour leur interdiction totale, a dénoncé les résultats d’une expertise de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Publiée en juin, cette expertise devait mettre à jour des travaux de 1999, qui avaient établi la toxicité des éthers sur la fertilité masculine et féminine, et leur responsabilité dans la survenue d’avortements spontanés et de malformations congénitales. Mais, selon le collectif, il s’agit d’un « nouveau cas d’expertise de complaisance », aboutissant à minimiser la toxicité de ces solvants.

André Cicolella, chercheur en santé environnementale et spécialiste des éthers depuis plus de vingt ans, a d’abord déploré la composition anti-déontologique du comité d’experts. Seulement quatre chercheurs de l’équipe de 1999 ont été sélectionnés, ce qui signifie que « toutes les compétences sur le sujet n’ont pas été retenues », dont André Cicolella lui-même. Il a également dénoncé un « conflit d’intérêt » lié à la présence parmi les « experts » d’un représentant de l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), alors que cette agence est responsable de la mise sur le marché d’un médicament contenant des éthers, retiré brusquement en juin 2003 après un cas mortel d’insuffisance rénale.

Quant au contenu, « cette expertise a consisté à sélectionner des données scientifiques et à en faire une interprétation partiale », a résumé André Cicolella, qui a détaillé les nombreuses études ignorées par l’expertise, car trop gênantes. Ainsi, des données publiées fin 2005 par l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) ont confirmé l’effet des éthers sur le cycle cellulaire, ce qui entraîne malformations ou cancers. Une recherche de 2004 a montré que des hommes continuaient à présenter une baisse de la qualité du sperme cinq ans après la fin de l’exposition, ce qui souligne les effets durables de la toxicité. Une étude américaine a révélé que longtemps après une exposition massive, des ouvrières mexicaines présentaient un taux de malformations chez leurs enfants anormalement élevé. Enfin, des travaux ont souligné les effets sur les reins, le sang, et une augmentation de l’impact des hormones de substitution pour des femmes exposées aux éthers, ce qui pourrait expliquer les cancers du sein liés à des traitements de la ménopause.

Ignorant ces résultats, « l’expertise conclut qu’il n’y a rien de franchement nouveau, qu’on peut continuer comme avant, elle minimise l’impact sur la population », a dénoncé André Cicolella. « Une fois de plus la recherche est subordonnée aux intérêts économiques, a estimé Serge Dufour, de la CGT. Des milliers de personnes ont été exposées, cela représente un enjeu financier énorme si des victimes font le lien avec l’exposition. Les pouvoirs publics et patronaux font tout pour que rien ne bouge. Notre objectif, c’est de donner une visibilité sociale à cet impact sanitaire. Aujourd’hui les victimes sont invisibles, comme pour l’amiante au début. » « Le message à faire passer, c’est que même une exposition de courte durée peut avoir des effets, a appuyé André Cicolella. Une femme enceinte qui a utilisé pendant quatre heures une peinture "à l’eau" peut voir son enfant atteint de malformation. »

Aujourd’hui, des milliers de personnes sont encore exposées, même si la quantité d’éthers de glycol utilisés en France représente 3 % de celle d’il y a dix ans. En 1999 les quatre éthers les plus dangereux ont été interdits dans les produits à usage domestique, les cosmétiques et les médicaments. Dans l’industrie, la loi se contente depuis 2001 de préconiser la substitution par d’autres produits.

[1] Il regroupe la FNATH, la CGT, les mutuelles FMF et FNMF, le Syndicat national des professionnels de santé au travail (SNPST), l’Association des victimes de l’amiante (AVEG).

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