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Un article de Pierre-Henri Lab paru dans L’Humanité du 26 avril 2006

Étudiants, salariés, histoire d’une rencontre

mercredi 26 avril 2006 par Pierre-Henri Lab
congrès CGT . Les délégués ont chaleureusement ovationné les présidents de l’UNEF, de la FIDL et de l’UNL. Les responsables étudiants et lycéens ont souhaité la poursuite de l’unité.

C’est une première. Jamais, sans doute, des responsables d’organisations syndicales étudiantes et lycéennes n’avaient pu jusque-là s’exprimer devant un congrès de la CGT. L’accueil réservé hier matin au président de l’UNEF, Bruno Julliard, et à ses homologues lycéens de la FIDL et de l’UNL, Tristan Rouquier et Karl Stoeckel, a été pour le moins enthousiaste. La veille déjà, Bernard Thibault, au cours de la présentation de son rapport introductif au 48e congrès les avait fait longuement applaudir. Hier, une ovation de plusieurs minutes a salué leurs interventions respectives. Les militants CGT debout, visiblement émus, ont scandé « tous ensemble », slogan symbole de l’unité et du rassemblement popularisé par les cheminots lors du mouvement de 1995 pour le retrait du plan Juppé.

le chemin parcouru

De l’unité, il n’est question que de cela. Retraçant l’historique de la mobilisation pour le retrait du CPE, Jérôme Vérité, responsable des jeunes CGT, s’emploie à faire mesurer le chemin parcouru tout au long de la mobilisation. Au début du mouvement « l’opinion publique était majoritairement favorable au CPE ». Le syndicaliste attribue ce basculement en faveur du retrait de cette mesure à l’unité entre les organisations syndicales de salariés mais également au rassemblement de l’ensemble des organisations de jeunesse. Citant l’UNEF, l’UNL, la Confédération étudiante, la JOC mais également les mouvements jeunes socialistes et jeunes communistes, Jérôme Vérité affirme que « le fait que la jeunesse ait parlé d’une seule et même voix » a joué « un rôle important » dans le rassemblement des organisations syndicales de salariés.

Aussi quand Bruno Julliard, Tristan Rouquier et Karl Stoeckel prennent tour à tour la parole et remercient à plusieurs reprises la CGT de les avoir invités à son congrès, la formule ne relève pas que de la politesse. Ils savent gré à la confédération de « les avoir respectés et d’avoir respecté l’indépendance » de leurs organisations, de les « avoir considérés comme des acteurs à part entière » du mouvement social. L’histoire de la mobilisation pour le retrait du CPE est ainsi l’histoire d’une rencontre. Une rencontre victorieuse qui est selon, Bruno Julliard, le fruit d’une « double unité » : entre syndicats et entre la jeunesse et les travailleurs ». Tristan Rouquier témoigne, à partir de sa propre expérience de travail avec l’UL CGT de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) et du « soutien matériel et humain » apporté par cette organisation, de l’aspect « concret » de l’unité tandis que Karl Stoeckel souligne son caractère « intergénérationnel » et « le refus unanime » de voir la jeunesse ainsi « stigmatisée ». À l’instar du président de l’UNEF, ceux de la FIDL et de l’UNL estiment que les « jeunes ont découvert les vertus de l’action collective et son efficacité ». Pour Bruno Julliard, « la syndicalisation de la jeunesse » est ainsi aujourd’hui « possible ». « Pour peu », ajoute le syndicaliste étudiant, que « les organisations syndicales ouvrent leurs portes et changent certaines de leurs pratiques ».

L’unité d’action

L’expérience du rassemblement et de l’unité réalisée contre le CPE, les responsables étudiants et lycéens veulent la poursuivre sur d’autres revendications : reconnaissance des diplômes, moyens pour l’éducation nationale, refus de l’apprentissage à 14 ans ou du travail de nuit à partir de 16 ans. Mais surtout, dans l’immédiat, un mot d’ordre : « abrogation du CNE », et un rendez-vous : « tous ensemble le 1er mai »


La CES réaffirme le rejet de la déréglementation

Devant le congrès de la CGT, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks, a, une nouvelle fois, félicité les syndicats français pour leur victoire contre le CPE. Il a rappelé que cette mobilisation a bénéficié du soutien des syndicats européens. Pour le responsable syndical, « le succès enregistré par les syndicats de salariés et les organisations étudiantes dynamise les autres syndicats membres de la CES ». Et John Monks, d’affirmer qu’« on ne soutient pas l’emploi en déréglementant les normes du travail ». Il a également fustigé « les élites européennes qui pensent que l’Europe ne peut concurrencer les États-Unis qu’en bradant l’État providence, en réduisant les services publics ou en brisant le pouvoir des syndicats », citant au passage « Tony Blair, Gerhard Schröder et leurs homologues français ». Le secrétaire général de la CES a rejeté les critiques sur « la proximité » de son organisation avec la Commission européenne. Il affirme ainsi que l’action de la CES s’inscrit « dans le cadre du dialogue social » institué par l’Union européenne. La lutte contre la directive Bolkestein, contre la directive portuaire ou l’engagement en faveur des droits des migrants sont, à ses yeux, autant de preuves de la « combativité » de la CES. John Monks qui affirme ne pas vouloir se « cantonner à l’opposition », a enfin défendu le modèle de flex-sécurité nordique. Un modèle qui, selon lui, « assure la protection individuelle des salariés tout en renforçant les droits collectifs ».

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