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Un article de Philippe Ricard paru dans Le Monde du 10 mars 2006

Euro : la candidature des Baltes relance le débat sur les critères de Maastricht

vendredi 10 mars 2006 par Philippe Ricard

Les progrès rapides de la Slovénie, et plus laborieux des Etats baltes sur le chemin vers l’euro relancent le débat sur les critères de qualification pour la monnaie unique. Selon nos informations, Ljubljana a officiellement demandé ces derniers jours d’intégrer l’Union monétaire au 1erjanvier 2007. En cas d’éventuel feu vert des Vingt-cinq, lors du conseil européen de juin, elle serait le premier des dix nouveaux Etats membres à rejoindre les douze pays de l’euro.

La Commission européenne devrait recommander, sur la base d’un rapport de convergence publié d’ici à la fin mai, d’accepter la requête du gouvernement slovène. Déficit et endettement modestes, inflation sous contrôle, devise stable, taux d’intérêt à long terme faibles, la Slovénie remplit à ce stade les conditions posées pour adopter la monnaie unique.

Cependant, cet élargissement suscite des tiraillements. Car deux autres pays, l’Estonie et la Lituanie, aspirent aussi à adopter la monnaie unique dès l’année prochaine. A l’instar de la monnaie slovène, leur devise est arrimée, depuis juin 2004, à l’euro dans le cadre du Mécanisme de change européen bis. Ce dispositif est conçu comme une sorte d’antichambre de l’Union monétaire pendant une période d’au moins deux ans. Mais les deux Etats baltes enregistrent des taux d’inflation incompatibles, à ce stade, avec les standards imposés par l’Union : 4,2 % pour l’Estonie, 2,7 % pour la Lituanie, contre 2,5 % pour la Slovénie, qui est à ce jour la seule à rester dans les normes.

CONVERGENCE RÉELLE

Tout en se félicitant des progrès réalisés par la Slovénie, M. Almunia suggérait voici quelques semaines que l’Estonie, la Lituanie, voire la Lettonie (candidate pour 2008) devraient sans doute attendre au moins un an avant d’intégrer la zone. La Commission, tout comme la Banque centrale européenne (BCE), se veulent très fermes sur le respect des critères de Maastricht, alors que les dirigeants baltes remettent au contraire en cause leur validité. Comme cinq membres sur les douze actuels de la zone euro sont visés par des procédures pour déficit excessif, les candidats ne comprennent pas pourquoi tant d’importance est donnée à la hausse des prix alors que leurs comptes publics sont en ordre. Ils considèrent que les pressions inflationnistes enregistrées dans ces économies en transition ne font qu’illustrer leur dynamisme. Le premier ministre lituanien, Algirdas Brazauskas, est allé, mardi 7 mars, plaider la cause de son pays auprès du patron de la BCE, Jean-Claude Trichet. Il faudrait, à ses yeux, "reconsidérer certaines règles".

Le débat trouve un écho parmi les économistes. A Bruxelles, le centre de recherche européen Bruegel vient d’estimer que la convergence réelle devait prévaloir sur le simple respect des critères de Maastricht. Ces derniers "ne sont ni nécessaires ni suffisants pour déterminer la capacité d’un pays à être membre de l’Union monétaire", estiment les auteurs de cette étude, Jean Pisani-Ferry et Alan Ahearne. Pour eux, au-delà des critères, l’état des lieux en terme de convergence réelle "est plus nuancé". L’intégration entre anciens et nouveaux Etats membres est certes poussée, mais la structure de leurs économies diverge encore, soulignent-ils. Ils rappellent que l’euro a permis le rattrapage économique de l’Irlande, mais, dans le cas du Portugal, il a creusé les divergences.

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