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Maria van der Hoeven | L’Expansion du 25.01.2013

Europe : le gaz bousculé par le charbon

lundi 28 janvier 2013 par Maria van der Hoeven
Que faire pour limiter la "renaissance" du charbon en Europe ? Faire grimper son prix ou aller vers un marché du gaz plus intégré et transparent, et le découpler du pétrole ?

Le charbon fait un retour spectaculaire en Europe.

L’Europe, qui collectivement fait tant pour rester en première ligne de la révolution pour une énergie propre, consomme toujours plus de la source d’énergie la plus sale... Cette renaissance du charbon ressort clairement dans l’étude faite en décembre par l’Agence internationale de l’Energie (Medium-Term Coal Market Report).

Que faire ? La solution au problème ne peut pas être simplement de réformer le marché des quotas de carbone via le EU-ETS (EU Emission Trading Scheme) (cf l’article précédent de "la chaine Energie"). Faire simplement croître le prix du charbon serait extrêmement coûteux pour les utilisateurs et mettrait à mal l’économie européenne. En fait, la vraie solution est que les décideurs politiques prennent enfin à bras le corps la réforme du marché du gaz pour faire de celui-ci une énergie compétitive.

Plutôt que de se lamenter sur l’impact environnemental provoqué par cette avancée du charbon par rapport à un gaz plus propre, les Européens doivent examiner les raisons profondes de ce mouvement et y porter remède.

L’une des causes de la progression du charbon est que la révolution du gaz de schiste aux Etats-Unis pousse aux exportations du charbon vers l’Europe, où il devient un concurrent du gaz dont les prix sont souvent liés à ceux actuellement hauts du pétrole. Ce lien est d’autant plus douteux que les applications du gaz et du pétrole ne sont pas identiques.

Une autre cause réside dans la chute du prix du carbone dans le système ETS, provoquée par la récession globale de l’économie, la baisse de la production industrielle et de la demande énergétique. D’autres facteurs vont dans le même sens, comme la faiblesse de la production hydro-électrique espagnole due à la sécheresse qui pousse la consommation du charbon dans ce pays ou le ralentissement de la croissance chinoise qui met la pression sur les cours mondiaux du charbon.

Les dirigeants européens travaillent actuellement à la réforme de l’ETS, un effort que l’AIE soutient et qui est essentiel pour maintenir les investissements à long terme l’investissement dans les énergies propres. Baisser les plafonds de l’ETS ou retirer certains crédits carbone en circulation peut répondre au problème de surcapacité et faire monter le prix du charbon.

Cependant ce serait une erreur d’utiliser l’ETS comme l’outil principal pour améliorer la compétitivité du gaz. Cela exigerait des mesures très draconiennes, bien au delà de la réforme envisagée. Faire grimper le prix du charbon assez haut pour enclencher un mouvement significatif en faveur du gaz coûterait aux consommateurs européens des milliards d’euros en pleine crise économique, et reviendrait à subventionner une source d’énergie, le gaz, qui est actuellement handicapée par les particularités de son marché et qui a connu des crises sévères en Europe de l’Est dans la dernière décennie. Ce serait un signal politique négatif.

Le gaz est une énergie relativement propre dans sa combustion et c’est pour cela que l’AIE a salué les perspectives d’un « âge d’or » du gaz au niveau mondial. L’expérience américaine a prouvé combien une industrie du gaz en expansion peut créer de l’emploi et servir de transition vers une économie réellement durable. Mais bousculer le marché pour favoriser artificiellement le gaz est une proposition trop coûteuse.

(...) La solution réside dans des marchés de l’énergie et des crédits carbone plus efficaces, mieux intégrés. Pour le gaz, cela exige de réduire les différentiels de prix au niveau européen, à promouvoir des échanges gaziers plus concurrentiels et transparents, à aller vers un marché plus intégré. En même temps, dans quelques années, les exportations de gaz naturel américain vont s’accélérer et certaines énergies renouvelables vont atteindre leur maturité, (et donc rééquilibrer la situation par rapport au charbon).

En fin de compte, la meilleure façon de soutenir le prix du carbone et les investissements en faveur des énergies propres sera d’assurer la reprise de l’économie européenne et la restauration de la confiance. C’est une incitation pour les leaders européens à œuvrer pour une solution rapide de la crise de l’euro.

Maria van der Hoeven est Directrice exécutive de l’Agence intgernationale de l’énergie depuis septembre 2011. Auparavant, elle était ministre des affaires éconolmiques des Pays-Bas.

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