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Un article de Lénaïg Bredoux et Paule Masson paru dans L’Humanité du 25 avril 2006

Face à la globalisation, rassembler les syndicats du monde

mercredi 26 avril 2006 par Paule Masson, Lénaïg Bredoux
Un débat a réuni, dimanche, la CGT et les membres de près de 80 délégations étrangères autour du projet de nouvelle organisation syndicale mondiale.

« L’unification du syndicalisme à l’échelle mondiale est d’une absolue nécessité. » Dès l’ouverture du congrès, Bernard Thibault a martelé sa volonté de voir la CGT participer pleinement au processus de création d’une nouvelle centrale internationale, engagé depuis deux ans. Face à une mondialisation qui « génère des déséquilibres entre pays et à l’intérieur de chaque pays », synonyme de « précarisation accrue », les syndicats doivent « reconstruire des solidarités internationales efficaces », a déclaré, dimanche, le secrétaire général de la confédération lors d’une réunion avec 80 délégations étrangères.

Une « urgence » selon la CGT, alors que les bouleversements de l’économie mondiale sont patents depuis une vingtaine d’années. Sept ans après le premier grand rassemblement du mouvement altermondialiste à Seattle contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et expérience faite des forums sociaux mondiaux et européens, les organisations de salariés affichent, à leur tour, une ambition de « refondation du syndicalisme international ».

Or, depuis un siècle, il s’est surtout caractérisé par sa division. Aujourd’hui encore, trois structures coexistent : la Fédération syndicale mondiale (FSM), d’obédience communiste, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et la Confédération mondiale des travailleurs (CMT), d’inspiration chrétienne. Ces deux dernières ont mis en place, depuis 2004, un processus d’auto-dissolution (lire interview ci-dessous) dans la perspective de la création d’une nouvelle structure. Y sont également associés, au sein d’un groupe de contact, des syndicats affiliés à aucune organisation mondiale. C’est en particulier le cas de la CGT qui s’est retirée de la FSM lors de son 45e congrès, en 1995.

Cheville ouvrière de ce projet, Emilio Gabaglio, ancien secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES ), ne cache pas sa joie : « Une page du mouvement syndical va être tournée, celle de la division. » D’abord, estime le dirigeant syndical, parce que, depuis la chute du mur de Berlin, « les raisons idéologiques qui motivent les divisions sont largement dépassées ». Ensuite parce que « tout le mouvement syndical mondial est confronté au même défi, celui de la mondialisation débridée ». « Si le capitalisme a engendré un système d’interdépendance des marchés, la réponse doit être unitaire », constate José Maria Fidalgo, secrétaire général des Commissions ouvrières espagnoles (CCOO). M. K. Pandhe, président de la CITU indienne, souligne le « besoin de concertation » quand, par exemple, « des sociétés japonaises se sont installées en Inde et que, dès que les salariés ont tenté de se syndiquer, elles les ont licenciés ». Même chose quand les géants français et américain, Alcatel et Lucent, projettent de fusionner : « Il faut combattre ensemble ce capitalisme de casino », estime Larry Cohen, vice-président de l’AFL-CIO américaine.

Partout, les organisations de salariés sont confrontées aux mêmes réalités, celles de la libéralisation des échanges et de la concentration du capital financier, qui menacent leur existence même. « Dans l’histoire du syndicalisme mondial, estime Guglielmo Epifani, le secrétaire général de la CGIL italienne, jamais nous n’avons connu une situation aussi difficile. En s’attaquant aux rapports de solidarité, la mondialisation vise à frapper la base même du syndicalisme. »

Dimanche, à Lille, « beaucoup d’espoir et de fortes attentes se sont exprimées », selon Pierre Tartakowsky (CGT). Mais, restent encore à définir les contours précis de la future organisation, à la fois sur le plan idéologique et sur le plan pratique. Quels statuts, quels membres fondateurs pour quelle charte et quelle combativité ? Comment ne pas reproduire au sein de la future centrale les inégalités Nord-Sud, entre des syndicats riches qui peuvent largement contribuer financièrement et d’autres sans moyens, menacés dans leur pays et incapables de payer autant ? Autant de questions qui devront être réglées d’ici début novembre et la convocation d’un congrès mondial exceptionnel à Vienne.


« Besoin de changer de cadences »

Entretien entre Guy Rider, responsable de la Confédération internationale des syndicats libres et Willy Thys, responsable de la Confédération mondiale du travail.

Comment est venue l’idée de créer une nouvelle organisation mondiale ?

Willy Thys. Au congrès de la Confédération européenne des syndicats, à Prague en 2003, Guy Rider a lancé un appel en termes neufs. Jusqu’alors, nous réfléchissions en terme de regroupement ou d’absorption et cela n’était acceptable pour personne.

Guy Rider. Il est évident que l’unité du mouvement syndical est nécessaire. Mais nous butions sur la question du comment. Il était impossible de demander aux autres de venir à la CISL, ni pour la CMT, ni pour les syndicats affiliés à aucune une organisation internationale. Une fusion n’était pas non plus suffisante pour rassembler tout le monde. J’ai donc proposé de créer une nouvelle organisation. Je l’ai fait aussi parce que je crois que le syndicalisme doit introduire une rupture dans ces pratiques. Il faut respecter les histoires et les identités de chacun, mais nous avons besoin de changer de cadence, de développer un syndicalisme différent.

C’est-à-dire se mettre à l’heure de la mondialisation de l’économie et de ses conséquences pour les salariés ?

Guy Rider. Nous avons beaucoup de retard. Les diagnostics et analyses sont là, mais nous n’avons pas les moyens de mener le combat. Le capital a bien compris. Il s’est doté d’une stratégie décidée au niveau global. Pas nous. Le mouvement syndical doit faire de même contre les injustices de la mondialisation.

Willy Thys. Depuis vingt ans, le monde du travail a évolué et cela n’a pas renforcé le syndicalisme. Le consumérisme et l’individualisme ont changé les mentalités. La précarité s’est partout accrue. Dans le tiers-monde, une économie informelle est apparue, créant un emploi précaire et sans droit. Il était temps de prendre en considération ces réalités.

Comment allez-vous concilier les exigences du Sud et du Nord ?

Guy Rider. Il faut se donner les structures pour, et réfléchir à la nécessité de consolider les syndicats dans les pays du Sud où la plupart des travailleurs exercent dans le secteur informel.

Willy Thys. Tout dépend de notre capacité à respecter la diversité et le pluralisme des organisations. Un syndicat mondial peut permettre d’harmoniser la coopération entre les syndicats des pays industrialisés et ceux du Sud.

Combien espérez-vous peser, à Vienne, à l’issue du congrès fondateur ?

Guy Rider. 200 millions de salariés, peut-être plus.

Entretien réalisé par P. M.

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