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Un article de Jean-Michel Bezat avec Frédéric Bianchi et Philippe Ricard (à Bruxelles) paru dans Le Monde du 11 mars 2005

Face aux pics de la demande, EDF doit-il investir ou importer ?

jeudi 10 mars 2005 par Jean-Michel Bezat, Philippe Ricard, Frédéric Bianchi
Les syndicats accusent l’électricien et Gaz de France de ne pas disposer de capacités nécessaires pour faire face aux besoins suscités par les grands froids. Ces entreprises misent, elles, sur les capacités des pays voisins. Mais les interconnexions européennes sont pour le moment insuffisantes.

Qui peut imaginer un pays développé où l’électricité et le gaz viendraient à manquer ou à être rationnés ? Ce spectre - agité par la CGT - a hanté durant plusieurs jours la France, qui a été affectée par une vague de froid à laquelle le gouvernement, Electricité de France (EDF) et Gaz de France (GDF) s’étaient mal préparés : coupures d’électricité tournantes en Corse, importation de courant de pays voisins, forte réduction des stocks de gaz. Ces tensions, qui ont également affecté l’Espagne et l’Italie, relancent le débat sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique, dans un contexte politique difficile : l’ouverture du capital d’EDF et de GDF - à la fin de l’année pour le premier, avant l’été pour le second, selon le calendrier du gouvernement.

La Fédération CGT-Mines-Energie, majoritaire dans ces deux entreprises, assurait, mardi 8 mars, que "la France ne disposait plus que de quelques jours de stocks de gaz disponibles" ; elle ajoutait, mercredi, que les capacités de production d’électricité avaient, elles aussi, atteint "un seuil critique". Le grand froid n’explique pas tout, selon la CGT, qui incrimine aussi "l’insuffisance de stockages et de moyens de production", voire la vente de gaz par GDF sur le marché SPOT (à court terme) évoquée par un responsable cégétiste, Yves Ledoux. Frédéric Imbrecht, secrétaire général de la fédération CGT, a demandé au premier ministre l’organisation d’urgence, "sous l’égide de l’Assemblée nationale", d’une table ronde réunissant le gouvernement, les parlementaires, les partenaires sociaux et les entreprises concernées.

Les responsables d’EDF et de GDF récusent toute mauvaise gestion de la crise. "Les stocks sont normalement bas comme chaque fin d’hiver et il n’y a pas d’alerte particulière", assure la direction de GDF. Quant à une quasi-pénurie qui serait liée à la vente de gaz sur les marchés SPOT, elle fait bondir Jean-Claude Depail, directeur du négoce de GDF : "C’est faux. Je démens catégoriquement", a-t-il déclaré, mercredi.

EDF se refuse, elle, à répondre aux accusations de sous-investissement lancées par la CGT, mais aussi par FO. "La situation climatique est exceptionnelle par son intensité, sa durée et sa période, la fin de l’hiver", note Philippe Huet, responsable de l’équilibre offre et demande des clients EDF pour la France. "Nous gérons la situation avec l’ensemble de nos moyens : l’utilisation de toutes les centrales disponibles, le recours aux contrats effacement jours de pointe, l’importation ponctuelle d’électricité", ajoute M. Huet. Il juge que la baisse sensible des prix sur les marchés européens est le signe d’un retour progressif à la normale.

Ces problèmes conjoncturels n’en posent pas moins une question de fond : à moyen terme, les capacités de production pourront-elles répondre à une consommation croissante ? Au rythme actuel, la mise en service de nouveaux moyens de production en France serait nécessaire dès 2008.

Les opérateurs se préparent à cet accroissement de la demande. Pierre Gadonneix, président d’EDF, a annoncé des projets de centrales à cycles combinés (gaz-électricité). La Société nationale d’électricité et de thermique (SNET), désormais détenue à 65 % par le numéro un espagnol de l’électricité, Endesa, prévoit d’augmenter de 2 000 mégawatts les capacités de ses quatre centrales françaises à l’horizon 2010. Suez, avec sa filiale, la Compagnie nationale du Rhône (CNR), et ses 19 barrages, ne manque pas de projets.

Ces tensions suscitent aussi l’inquiétude de fournisseurs indépendants, comme Direct Energie. Son président, Xavier Caitucoli, souligne les difficultés de financement des investissements nécessaires pour créer de nouvelles capacités de production en période d’"extrême pointe", comme celle que la France a connue le 1er mars (86 024 MW), où elle a dû importer 3 % de sa consommation.

"Ces moyens de production ne peuvent trouver de rentabilité par la seule commercialisation de l’énergie durant ces pointes, note-t-il. Afin d’assurer la sécurité d’approvisionnement et éviter les délestages, le gouvernement doit décider un mécanisme de péréquation pour financer de nouvelles capacités."

La sécurité des approvisionnements préoccupe aussi l’Union européenne, notamment depuis le black-out qui a privé l’Italie d’électricité en 2003. Car la véritable libéralisation du marché de l’électricité passe par une amélioration des échanges entre pays et la suppression des risques de congestion aux frontières. La directive prévoyant d’assurer cette sécurité en garantissant les investissements dans les infrastructures d’interconnexions pourrait être votée au Parlement européen, en mai.

Les Etats membres ont cependant assoupli les dispositifs jugés trop contraignants de la Commission. Celle-ci entendait renforcer le rôle des autorités de régulation qui auraient pu contraindre les gestionnaires de réseaux à assurer les investissements nécessaires aux interconnexions. Pour les commissaires, les régulateurs devaient pouvoir intervenir pour imposer les infrastructures jugées indispensables, si celles-ci n’étaient pas construites par les opérateurs. Pour assurer une certaine cohérence au niveau européen, les régulateurs étaient autorisés à modifier les propositions d’investissement transmises par ces opérateurs. Dans son rapport, bouclé en janvier, le rapporteur du texte au Parlement a, comme le Conseil, réduit le rôle des autorités de régulation. Au grand dam de la Commission, qui n’apprécie pas "l’affaiblissement" de son projet.

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