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Yves Housson | L’Humanité du 28.03.2008

Financement des retraites : la quatrième solution

samedi 29 mars 2008 par Yves Housson
Depuis vingt ans, alors que de lourds sacrifices ont été imposés aux salariés, aucun effort supplémentaire n’a été demandé aux entreprises pour financer le système de retraite. Un point tabou dans le discours du gouvernement.

Pour imposer ses vues, Xavier Bertrand joue volontiers les professeurs, usant d’un raisonnement en apparence implacable. « Vous avez trois leviers sur les retraites, explique le ministre du Travail. Soit vous acceptez de toucher moins de pension de retraite, et personne n’en veut. Soit vous acceptez de cotiser plus et ça, ça ne fait pas de bien au pouvoir d’achat. Soit, si on vit plus longtemps, il faut accepter de cotiser un peu plus longtemps. C’était la logique de 2003, et c’est la logique de tous les pays européens. »

Si bien huilée soit-elle, la rhétorique ministérielle n’en pèche pas moins par des contrevérités et des « oublis ». D’abord parce que, l’expérience l’a montré, l’allongement de la durée de cotisation n’a pas conduit à « travailler plus longtemps », les employeurs continuant d’exclure à tour de bras les travailleurs âgés. Pas plus que cela n’a évité de « toucher moins ». Au contraire : le niveau des pensions a baissé, un grand nombre de salariés n’étant pas en mesure de remplir les conditions pour une retraite à taux plein. En vérité, jusqu’ici, c’est le montant des retraites qui a été utilisé, sans le dire, par les gouvernements successifs comme variable d’ajustement pour viser l’équilibre financier des régimes. Sans résultat sur le déficit, qui a continué de se creuser, mais avec de lourdes conséquences sociales pour les retraités… Selon la CGT, citant une étude de l’OCDE, « c’est la France qui est allée le plus loin dans les sacrifices demandés aux salariés ». La retraite moyenne représentant 48 % du salaire moyen dans l’Hexagone, contre 57,5 % dans l’ensemble des pays de l’OCDE.

En revanche, ajoute le syndicat, « aucun effort supplémentaire n’a été demandé aux entreprises depuis plus de vingt ans pour payer les retraites à leurs anciens salariés ». Cette donnée est la grande absente du discours gouvernemental. Les entreprises portent pourtant, par leur gestion restrictive de l’emploi, leur pression permanente sur le « coût du travail », et donc les salaires, une lourde responsabilité dans les difficultés financières des régimes de retraite. Rappelons que 1 % de la masse salariale équivaut à 2,5 milliards d’euros de cotisations sociales. La politique de l’emploi constitue bien la première clé pour répondre aux besoins de financement croissants du système de retraite : « 4 millions d’emplois supplémentaires apporteraient la moitié des besoins de financement, via les cotisations. C’est à peu près le nombre de salariés disponibles aujourd’hui pour un vrai emploi », note la CGT dans un mémorandum remis hier à Xavier Bertrand. Les chiffres officiels du chômage ne reflétant pas, de beaucoup, la réalité du sous-emploi. Tirer les conclusions de ce constat impliquerait de remettre en question toutes les politiques publiques visant la baisse du « coût du travail », menées à coups de généreux allégements de cotisations sur les bas salaires. Mais les entreprises pourraient aussi être responsabilisées en modulant leur contribution à la Sécu de façon à pénaliser celles qui licencient et recourent à de la main-d’oeuvre précaire, et favoriser celles qui, à l’inverse, développent l’emploi qualifié et bien rémunéré. Pour l’heure, le gouvernement, s’appuyant sur des excédents de l’assurance chômage, se contente d’envisager un transfert de cotisations UNEDIC sur la retraite. Mesure soutenue par la CFDT, mais contestée par la CGT, qui rappelle qu’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé.

Plusieurs syndicats, dont la CGT et FO, avancent d’autres pistes de financement, aujourd’hui rejetées par le gouvernement : élargissement de l’assiette des cotisations à une série de « niches » actuellement exonérées, telles les stock-options, l’intéressement et la participation. Un rapport de la Cour des comptes a évalué à quelque 25 milliards d’euros le bénéfice d’une taxe qui s’appliquerait à l’ensemble des éléments de rémunération exonérés. Le déficit du régime général de retraite avoisine les 5 milliards… La CFDT, quant à elle, choisit de plaider pour la généralisation de « l’épargne collective », afin de la rendre accessible aux salariés des PME. Alors que la CGT met en garde contre « les illusions » de produits d’épargne, « très coûteux pour un rendement aléatoire ».

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