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Philippe Jérome | L’Humanité le 24.10.2007

Florimond Guimard, un cas d’école

mercredi 24 octobre 2007 par Philippe Jérôme
Justice . Le procureur de la République reconnaît que « la solidarité n’est pas un délit », mais requiert contre l’instituteur marseillais une peine de principe pour « rébellion armée » !

Lorsqu’il est entré, lundi dernier, dans la vétuste salle d’audience du tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, l’instituteur marseillais Florimond Guimard (31 ans) était passible de trois années de prison et de plusieurs milliers d’euros d’amende entraînant sa révocation de l’éducation nationale pour « violence volontaire en réunion avec arme » contre des policiers. Après une puissante manifestation de soutien (voir l’Humanité du 23 octobre) et cinq heures de débats judiciaires, la baudruche policière se dégonflait : le procureur de la République demandait une requalification des poursuites en « rébellion armée », et une simple « peine de principe », deux mois de prison avec sursis.

Explications : le 11 novembre 2006, à l’occasion d’une action de solidarité devant l’aéroport de Marignane où devait être embarqué pour l’Algérie un parent d’élève sans papiers de son école, l’enseignant, militant du RESF, aurait dans un premier temps cherché à percuter une voiture de police avec son propre véhicule (« l’arme »), puis, prenant la tête d’une centaine de manifestants, aurait « chargé » un cordon de police qui barrait l’entrée du tarmac, faisant retomber ensuite une barrière mobile sur un agent, le blessant au pouce. Autant d’accusations réduites à néant par la douzaine de témoins de ces scènes confortant le récit clair et net de l’accusé qui contrastait avec les explications embrouillées des policiers, à la limite du gag à la Raymond Devos, et surtout grâce aux vidéos, projetées durant l’audience, réalisées par France 3 et La Chaîne marseillaise (LCM) à l’entrée du tarmac.

On y voit des manifestants, parmi lesquels Florimond Guimard, qui avancent au pas vers le cordon de police, tenant en mains non des bâtons mais une large banderole et qui, ainsi que l’expliquait l’instituteur à un président du tribunal plutôt sceptique au départ, parviennent par la simple poussée de leurs corps, donc sans violence, à faire s’écarter le barrage policier. On voit aussi Florimond Guimard, coursé par un policier, sauter par-dessus la fameuse barrière, alors abaissée, que l’agent va percuter, se blessant au doigt, ce qui ne l’empêchera pas de tenter, aussitôt après, de maîtriser en force un autre manifestant tandis que certains de ses collègues faisaient lourdement usage de matraques et lacrymogènes. Pas de violence visible, donc, du côté des manifestants.

Tandis que l’avocate des policiers mettait en cause le manque de formation et d’expérience de ses jeunes clients, réclamant tout de même pour chacun d’entre eux mille euros de dommages et intérêts, le procureur de la République, durant son réquisitoire, s’en remettait à « la sagesse du tribunal » concernant l’épisode de la pseudo course-poursuite en voiture. Quant à la fameuse scène de la barrière, il abandonnait l’accusation de « violence volontaire », demandant au tribunal une requalification en « rébellion armée ». Rébellion parce que Florimond Guimard a opposé une « résistance » aux forces de l’ordre dans l’exercice de leur mission. Armée parce que la barrière que l’instituteur a dû empoigner pour la franchir peut être considérée comme une arme puisqu’elle a fini par blesser quelqu’un.

Au final, l’accusateur public, tout en reconnaissant, à l’unisson de la « manif » devant le tribunal, que « la solidarité n’est pas un délit » mais ajoutant aussitôt, bien dans son rôle, que « l’action de solidarité peut être à l’origine de la commission d’un délit » et demandait une peine de principe, par exemple, deux mois de prison avec sursis. C’était un relatif soulagement pour Florimond Guimard, toujours préoccupé par le sort de ce parent d’élève et de ses deux enfants scolarisés dans son établissement et dont les avocats demandaient évidemment la relaxe. D’abord au regard des faits reprochés. Mais aussi au regard de la personnalité de Florimond Guimard dont il faut espérer que, dans quelques années, on dira qu’il était l’honneur de la France pendant le temps déraisonnable où notre pays était en proie à une inhumaine politique d’immigration.

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