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Thomas Lemahieu et Louis Ramos-Ibanez | L’Humanté du 20.09.2010

France-Télécom Un « contrat social » qui n’a de nouveau que le nom

mardi 21 septembre 2010 par Thomas Le mahieu, Louis Ramos-Ibanez
Stéphane Richard, patron de France Télécom, s’apprête à présenter officiellement un document visant à endiguer la série de suicides qui ont eu lieu dans la multinationale. Les syndicats demandent des «  actes forts  » derrière les discours

Alors que cinq nouveaux suicides ont eu lieu chez France Télécom ces trois dernières semaines, Stéphane Richard, directeur général du groupe et futur remplaçant de Didier Lombard, l’actuel PDG, s’affiche beaucoup avec le dossier à la main. Il l’a fait, début septembre, devant le parterre choisi de la dernière université du Medef, où il a présenté comme une rupture dans la gestion traditionnelle sa demande «  spontanée  » de classement d’un suicide en accident du travail. Et surtout, à l’intérieur de France Télécom, la direction prétend à présent tourner la page du management à la pression et à coups de mobilité forcée, qui fut longtemps la règle d’or. Vendredi, le DRH du groupe a présenté aux syndicats un document intitulé «  Nouveau contrat social  », qui sera dévoilé dans le détail à la presse mardi et adressé aux 102 000 salariés de France Télécom-Orange dans les jours prochains. Selon Stéphane Richard, ce document, qui reprend des orientations avancées depuis plusieurs mois (lire l’encadré), doit permettre aux salariés de «  mesurer le travail accompli et de s’y référer  ». «  Nous avons écouté les salariés, analysé le mal-être et mis en œuvre le nouveau contrat  », insiste encore le directeur général.

Les syndicats guère satisfaits

Pour les syndicats, toutefois, le compte n’y est pas. «  Ce n’est qu’une compilation de tous les engagements précédents, qui d’ailleurs, ne sont pas tous tenus  », déplore Christian Mathorel, représentant CGT à France Télécom. Et d’exiger  : «  Finies les belles paroles, on demande des actes forts car les choses repartent de travers. Le business a repris le dessus, les suicides sont toujours là tandis que 80 % du personnel reconnaît ne plus avoir confiance en l’entreprise.  » La CGT attend beaucoup de la rencontre qui se déroule ce lundi entre les syndicats et le véritable patron de France Télécom. Délégué CFE-CGC/Unsa, Sébastien Crozier parle, lui, d’«  une avancée nécessaire mais pas suffisante  »  :«  Ce qu’il faut faire, c’est réinvestir une partie des dividendes pour assurer la confiance dans le groupe. Or l’actionnaire – l’État, à 27 % – saigne France Télécom pour remplir ses caisses vides.  » Pour Nabyl Beldjoudi (FO), il s’agit d’un «  document de communication envers les salariés  ». «  Mais il ne comblera pas le fossé entre discours et réalité, et il va mettre une pression infernale sur les managers, qui n’ont toujours pas les moyens de prendre des décisions autonomes.  » De son côté, Patrick Ackermann, représentant SUD à France Télécom, interprète le «  nouveau contrat social  » comme «  une déclaration d’intention, mais peut mieux faire  ».

Dans un contexte social marqué par la contre-réforme des retraites, alors que les syndicats de France Télécom appellent ensemble à la grève pour le 23 septembre, les représentants du personnel du groupe sont catégoriques. «  La crise sociale interne persiste, fait observer Christian Mathorel. Les méthodes de management usantes pour les employés continuent comme si de rien n’était… Vous savez, si la moitié des salariés de France Télécom se sont mis en grève le 7 septembre dernier, ce n’était pas un hasard  !  »

Une situation plus «  préoccupante  » qu’en mai

Même constat pour SUD, qui, tout en reconnaissant que «  beaucoup de choses  » ont changé depuis un an et en invitant à «  ne pas lâcher la pression  », décrit une situation encore «  préoccupante  ». Selon Patrick Ackermann, qui est aussi l’un des initiateurs de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom, «  un rapport de médecins du travail a établi que la situation était pire qu’en mai, quand les salariés avaient encore de l’espoir  »…


France Télécom Promesses en trompe-l’œil

Le « nouveau contrat social » décline les principaux engagements de la direction comme, par exemple, la mise en place d’un « réseau » destiné à mieux prévenir les risques psychosociaux. Autres promesses  : des ressources humaines plus proches des salariés, l’évolution des pratiques managériales et une «  rétribution équitable  », basée à la fois sur des augmentations générales et individuelles. En matière d’emploi, la direction de France Télécom s’engage à effectuer 10 000 recrutements d’ici à 2012. Ce qui constitue certes un changement de cap, mais qui ne garantit pas une stabilité des effectifs quand on sait que 35 000 départs 
à la retraite sont programmés dans les prochaines années.


France-Télécom Stéphane vu par Richard, et vice-versa

Sur l’Intranet de France Télécom, le futur PDG de France Télécom se cire les pompes.

La pièce se trouve sur le réseau Intranet réservé aux collaborateurs de France Télécom, une zone d’accès protégé qui peut servir à empêcher l’accès à certains sites sensibles (celui, par exemple, de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées mis en place en 2007 par Sud et la CGC-Unsa et censuré pour les salariés jusqu’à la fin août 2010) ou à vanter en interne les efforts du management. Du lourd, du sérieux... Quoique  ! Le document que l’Humanité a pu consulter figure sur le blog de Stéphane Richard, le directeur général promis à la succession du PDG Didier Lombard  : il s’agit d’un «  portrait  » de celui qui est aussi un des amis fortunés de Nicolas Sarkozy. Après les indications biographiques choisies, quelques trémolos charabiesques sur son côté humaniste  : «  Stéphane Richard parie sur l’envie collective, un concerto à mille mains porteur d’un sens partagé et d’un fort sentiment d’appartenance qu’il nourrit avec une gouvernance dans la douceur  », etc.

«  Le pluriel seul intéresse cet homme singulier  », nous jure-t-on. Voilà qu’un monument de flagornerie s’élève pour crever des sommets rarement atteints  : «  Probablement s’asseoit-il pour jouer du piano, mais il pourrait le faire debout tellement son agenda appelle le mouvement. Ceci ne l’empêche pas de s’arrêter pour écouter et entendre ce qui lui est dit. Il offre à son interlocuteur l’estime de l’instant et le sentiment d’être, loin des contingences des rangs, des avants et des après. (...) s’arrêter, il le fait aussi pour profiter de la campagne, lire, composer et jouer de la musique, des préludes de clavecin, des sonates de Beethoven et de petites pièces de Debussy. L’homme possède la musique et d’autres talents, mais l’humilité le possède  !  » C’est le moins qu’on puisse dire, n’est-ce pas  ? Nous voilà rassurés, les salariés de France Télécom ne sont sans doute pas sortis de l’auberge, mais au moins, il y a un petit coin sur leur Intranet où ils savent qu’ils pourront rigoler...

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