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Alain Raynal | L’Humanité du 29,09,2007

Franchises médicales : Le « ça suffit » des assurés sociaux

dimanche 30 septembre 2007 par Yves Housson, Alain Raynal
À la veille des nombreuses manifestations organisées dans le pays contre les franchises médicales, le rejet de ces nouvelles ponctions semble général.

« Nous sommes doublement pénalisés : par le handicap qui fragilise notre santé et nous impose des prises de médicaments à vie, par la misère des 620 euros d’allocation que nous percevons chaque mois et qui nous place en dessous du seuil de pauvreté. » Yannick Martin milite au sein de l’Association des paralysés de France. Jeudi matin, il s’est joint à l’opération symbolique menée par Act Up à la CPAM de Haute-Garonne contre les franchises médicales. « Il m’est déjà impossible de payer une mutuelle, je ne pourrais pas demain faire face à ces nouvelles ponctions financières. » L’homme ne décolère pas. Il en veut à « tous ces boursicoteurs à qui il n’est pas demandé un euro de plus ». Encore plus à Nicolas Sarkozy, dont il n’oublie pas les propos du candidat n’hésitant pas d’un côté à qualifier « d’inadmissibles » les revenus scandaleusement bas des personnes handicapées, et de l’autre, une fois au pouvoir, de refuser un relèvement significatif des minima sociaux, « pour accorder en revanche 14 milliards d’euros aux plus privilégiés ».

L’effet de surprise passé avec l’action des militants d’Act Up, les assurés sociaux présents à la caisse primaire ne se privent guère pour critiquer les franchises médicales. « On pénalise en premier le malade », « ce sont toujours les mêmes qui doivent sortir le porte-monnaie », entend-on le plus fréquemment. Les bénévoles de l’Association française de cardiologie tiennent ce jour-là une permanence d’information dans le hall. À la retraite depuis quelques mois, Anita et Solange, qui donnent un coup de main pour cette campagne de prévention, témoignent sans hésiter. « Notre faible pouvoir d’achat de retraitées nous oblige déjà à certaines restrictions au niveau des soins, les franchises ne peuvent qu’aggraver la situation du plus grand nombre d’assurés sociaux », préviennent-elles. Si la critique semble unanime contre ces ponctions supplémentaires dans le porte-monnaie des malades, les solutions préconisées par chacun pour financer la Sécurité sociale sont diverses. Anita ne croît pas au « trou » de la Sécu. « Il est créé par l’État qui déjà ne reverse pas tout ce qu’il doit. » Quant au patronat, « je ne suis pas convaincue qu’il paye véritablement sa part ». Solange trouve d’autant plus « aberrants » les dépassements d’honoraires ou les rendez-vous plus rapides pris à l’hôpital mais en consultation privée « que l’on a tous besoin des mêmes soins de qualité ». D’autres personnes prennent part à la discussion pour s’insurger avec Solange des gaspillages repérés. Pour l’un, c’est le spécialiste qui prescrit les médicaments mais ne rédige jamais l’ordonnance, et renvoie pour cela, double consultation, le patient chez son généraliste. Pour l’autre, c’est la même radiographie demandée successivement par différents médecins et chaque fois facturée à la Sécu. Un troisième explique d’expérience que, pour une même intervention d’angioplastie, une clinique privée de Montauban a facturé deux fois plus d’actes, par exemple d’électrocardiogrammes, que le service de pointe en cardiologie du CHU de Toulouse-Rangueil.

Les témoignages se succèdent ainsi. Ils traduisent le « ça suffit, on ne veut plus payer » des assurés sociaux. « C’est les labos, et non les malades, qui devraient être taxés de 50 centimes par boîte de médicaments », revendique haut et fort Christian, quarante-six ans. Séropositif depuis une vingtaine d’années, il se bat avec ses médecins contre la maladie et grâce à une trithérapie nécessitant de nombreuses prises de médicaments. « Je ne sais plus comment je vais faire demain. » Ce samedi matin, à partir de 10 h 30, place du Capitole à Toulouse, Christian participera au rassemblement de protestation lancé par près d’une trentaine d’organisations contre les franchises médicales.


le crid’alarme des malades

Santé . Six associations de malades chroniques dénoncent les risques gravissimes que la nouvelle taxe décidée par le gouvernement entraînerait pour leur accès aux soins.

Les nouvelles franchises sur les dépenses de soins ? Ce sera « un nouveau mur pour les malades que nous ne pourrons pas franchir ! » C’est un véritable cri d’alarme que six associations de malades, regroupées dans un collectif intitulé Chroniques associés, viennent de lancer. Pour Aides (VIH-sida), Vaincre la mucoviscidose, Europa Donna (cancer du sein), Jeunes solidarité cancer, la Fédération nationale d’aide aux insuffisants rénaux et la NAFSEP (sclérosés en plaques), l’instauration de cette taxe supplémentaire sur les malades risque d’avoir des conséquences dramatiques pour les patients qu’ils représentent.

Les témoignages que nous publions ci-dessous sont autant d’émouvantes et redoutables pièces à charge contre ce projet. Les franchises brisent le principe clé de la Sécu, celui de la solidarité entre tous les assurés - riches ou pauvres, bien portants ou malades - qui garantit à chacun un accès aux soins quels que soient ses besoins, tout en lui demandant une contribution en fonction de ses ressources.

Les franchises, elles, frappent les seuls malades, et ce, de la pire des façons, sur le mode de la TVA : même tarif pour Mme de Rothschild et votre voisin de palier ! Pour les personnes atteintes de maladie chronique, le coup serait particulièrement sévère. D’autant qu’il s’ajouterait aux nombreuses dépenses, se chiffrant en centaines d’euros, déjà laissées entièrement à leur charge, par le biais des forfaits, déremboursements

de médicaments, etc. D’autant, aussi, que nombre de ces personnes, du fait de leur pathologie, sont plongées dans de lourdes difficultés économiques et sociales, n’ont, pour revenu, qu’un minima social, l’allocation adulte handicapé (AAH, 621 euros mensuels), et ne sont, par exemple, pas en mesure de payer un contrat de complémentaire santé.

Et qui osera expliquer que ces femmes et ces hommes doivent être « responsabilisés », comme l’explique la propagande gouvernementale pour justifier les franchises ? « Nous ne sommes pas - nous, malades chroniques - des "irresponsables" ! Nous sommes atteints d’une maladie qu’il convient de traiter. Nous ne pouvons nous soustraire aux soins. » « Les franchises vont menacer notre accès aux soins et nos ressources vitales », avertissent les Chroniques associés, en annonçant leur intention de demander aux députés, à tout le moins, d’adopter un amendement pour en exonérer les malades chroniques. Soit quelque 15 millions de personnes, près de 20 % de la population.


Les franchises

Les franchises s’appliqueraient à tous les assurés sociaux, hormis les femmes enceintes, les enfants, et les bénéficiaires de la CMU, dont le plafond d’attribution est fixé à un niveau tel que de nombreux travailleurs pauvres, ou bénéficiaires de minima sociaux, en sont écartés. Les complémentaires santé pourraient les prendre en charge mais, en cas, perdraient les bénéfices d’avantages fiscaux, ce qui dissuadera probablement la plupart des mutuelles de les couvrir.


À l’appel d’un grand nombre d’organisations

Act Up, Aides, AMI (Association de défense des malades invalides et handicapés), Comité des familles pour survivre au sida, Keratos, ACLEFEU, Alter Ekolo, Alternative libertaire, Appel contre la franchise, Association nationale des médecins référents (AMedRef), Association des médecins urgentistes de France (AMUF), ATTAC France, CADAC, Collectif féministe Ruptures, Collectif La santé n’est pas une marchandise, UD CGT Paris, CGT de l’administration centrale des affaires sociales, CGT de l’Assistance publique (CGT APHP), CNDF, Collectif des médecins généralistes pour l’accès aux soins (CoMéGas), Confédération paysanne, Convergence citoyenne, Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics, Coordination des collectifs unitaires antilibéraux, Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Coordination femmes égalité, Fondation Copernic, FSU, Homosexualités et socialisme, Ligue communiste révolutionnaire, les Alternatifs, les Verts, LMDE, Lutte ouvrière, MARS-Gauche républicaine, Médecins du monde, MJCF, MJS, Mouvement français pour le planning familial, MNCP, MRC, Mutuelle nationale des fonctionnaires des collectivités territoriales (MNFCT), ONSIL, Parti communiste français, Parti socialiste, PCOF, PRCF, PRS, Résistance sociale, Syndicat de la médecine générale (SMG), Syndicat des médecins inspecteurs de santé publique (SMISP), SNCDS, Syndicat national des professionnels de santé au travail (SNPST), SNES, SNICS-FSU, Sud éducation, SNUIPP-FSU, Syndicat national des médecins de PMI (SNMPMI), Union confédérale des médecins salariés de France (UCMSF), UEC, Union des familles laïques (UFAL), Union nationale alternative mutualiste (UNAM), Union fédérale SUD protection sociale, Union fédérale SUD santé sociaux, UNEF, Union nationale des groupements mutualistes solidaires (UNGMS), Union nationale des retraités et des personnes âgées (UNRPA), Union syndicale de la psychiatrie (USP), Union syndicale des médecins de centre de santé (USMCS), Union syndicale Solidaires.

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