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Bruno Odent | L’humanité du 19.09.2007

Frénésie sur les cours du brut

mercredi 19 septembre 2007 par Bruno Odent
Conjoncture . Le baril au-dessus des 81 dollars à New York. Spéculation, instabilité au Moyen-Orient et manque d’investissements gonflent les prix.

Les cours du baril de pétrole brut explosent. Ils ont franchi hier un niveau record à New York, au-dessus de 81 dollars. Même si l’on est encore loin d’avoir franchi les seuils atteints lors du fameux choc pétrolier de 1973, il faut s’attendre à de nouvelles hausses des prix à la pompe, déjà à des niveaux très élevés. Surtout quand on connaît l’empressement des compagnies pétrolières à répercuter la moindre hausse des prix du brut en amont.

Il existe plusieurs raisons à cette nouvelle explosion. La plus immédiate est éminemment spéculative. Les brokers, qui parient tous les jours sur des cours « à terme » de l’or noir, ont intégré dans leur calcul la baisse des taux d’intérêt de la réserve fédéral, qui devait intervenir hier soir. Ils considèrent que cette réduction du coût de l’argent aux États-Unis va permettre d’y relancer l’activité et de surmonter l’actuel ralentissement. Ils en concluent donc qu’un regain de croissance au quatrième trimestre de la première économie mondiale aura pour effet d’augmenter la demande d’hydrocarbures. Et donc de renchérir leurs prix. D’autant que l’on assiste à une réduction des stocks mondiaux et que, souligne un analyste, « la demande saisonnière (l’arrivée de l’hiver et la remise en route des installations de chauffage - NDLR) va atteindre un pic ».

Ce jeu de la spéculation ne saurait cependant expliquer à lui seul la flambée actuelle des prix. Des causes bien plus fondamentales expliquent la relative raréfaction de l’offre face aux besoins très énergivores des pays émergents en plein boom (Chine, Inde, Brésil…). Il s’agit d’abord de la déstabilisation croissante de plusieurs régions du globe dans la dernière période parmi lesquelles celles qui abritent les sites les plus pétrolifères (Moyen-Orient, Asie centrale, Nigeria, etc.)

Les menaces contre l’Iran ou l’incapacité des forces occupantes à rouvrir en grand les robinets du brut en Irak pèsent fortement sur la situation. Ironie du sort : les États-Unis étaient partis à la conquête de Bagdad pour s’assurer la mainmise sur les immenses réserves du pays (les secondes plus importantes d’après toutes les estimations) afin de faire couler l’or noir à flots et donc de réduire les prix du brut. Comme vient de le reconnaître dans ses mémoires Alan Greenspan, l’ex-président de la FED, « la guerre d’Irak était largement provoquée par le pétrole » afin d’assurer un approvisionnement énergétique bon marché à « l’économie globalisée ». Entendez d’abord aux grandes multinationales états-uniennes. Quatre ans plus tard c’est tout l’inverse qui se produit : le chaos dans le pays et l’enlisement de l’armée US étant passés par là, l’Irak est devenu l’un des principaux facteurs de renchérissement des cours du brut.

Outre cette déstabilisation du monde pratiquée par les docteurs Folamour de la Maison-Blanche, une autre cause fondamentale du renforcement des difficultés d’accès aux ressources pétrolières réside dans le fléchissement des investissements des grandes compagnies. Privilégiant une démarche de rentabilité à court terme, celles-ci ont comprimé leurs dépenses d’infrastructures lourdes, ce qui a naturellement réduit leurs capacités à répondre à la hausse de la demande mondiale.

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