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Alain Raynal , Charlotte Noblet | L’Humanité du 17 mars 2007

Front commun pour Airbus

samedi 17 mars 2007 par Alain Raynal, Charlotte Noblet
AÉronautique . De Toulouse à Hambourg, de Puerto Real à Saint-Nazaire, de Méaulte à Chester : succès de la journée de mobilisation chez EADS.

Une première dans toute l’histoire sociale de l’aéronautique. L’ensemble des syndicats des pays européens faisant front commun ; les personnels, des ouvriers aux cadres main dans la main au même moment sur les sites français, allemands, britanniques, espagnols pour manifester leur rejet commun d’un vaste plan de suppression d’emplois et de cession d’usines. C’est ce qu’a réussi hier la Fédération européenne de la métallurgie (FEM) par son appel à une journée de mobilisation dans tout le groupe EADS et particulièrement chez Airbus. C’est aussi ce qui s’est grandement concrétisé hier matin devant le siège social d’Airbus Central Entity à Blagnac où venus des différents sites en grève de l’agglomération toulousaine environ 7 500 salariés ont convergé en scandant : « Power 8 au placard ». Power 8, du nom de ce plan qui pour réduire autoritairement les coûts de 30 % veut imposer 10 000 suppressions d’emplois chez Airbus et les sous-traitants, tout en cédant pas moins de six sites industriels.

Pour la première fois aussi à Toulouse, les salariés allemands et leur syndicat IG Metall participent au débrayage et à la manifestation aux côtés de FO, de la CGC, de la CGC, de la CFTC, de la CFDT. Tous portent un tee-shirt sur lequel on peut lire : « Tous pour un, un pour tous. Solidaires contre les suppressions d’emplois ». « Arrêtons ceux qui disent que nos intérêts de salariés ne seraient pas les mêmes, nous tirons tous la corde par le même bout », insistent d’une même voix Claudia, Thorsten, Eddy et Ridchie, tous salariés allemands de Hambourg ou de Varel travaillant actuellement à Toulouse sur l’A380 ou le projet A350. Un peu plus loin, Robert tient la banderole FO de Central Entity. Cadre anglais, il travaille au développement de projets depuis quatorze ans à Toulouse. « C’est la première fois que je fais grève, mais aujourd’hui nous refusons de payer à cause d’un mauvais management à la tête de l’entreprise ». Cathy et Sylvie sont employées au « training » c’est-à-dire au centre de formation des pilotes. « Ce sont toujours les mêmes qui font les frais de la politique financière », critiquent-elles pour expliquer les raisons de leur participation à l’action.

Plusieurs centaines de salariés - des délégations le plus souvent CGT d’autres sites EADS comme Astrium Toulouse, d’entreprises partenaires ou sous-traitantes comme Létocoère, Ratier Figeac, Blanc Aero, ou Labinal - se sont associés aux personnels Airbus. « Devant une telle mobilisation, la direction doit maintenant comprendre qu’elle doit retirer Power 8 », souligne Xavier Petrachi, délégué syndical central CGT. Prenant la parole au nom de l’intersyndicale Airbus, Jean-François Knepper, délégué syndical central FO, rappelle avec force l’opposition de tous aux suppressions d’emplois, à la vente des sites et au partage industriel tel qu’il est envisagé. « Nous formulons d’autres propositions, poursuit-il, et nous souhaitons discuter à partir d’elles et non pas sur un plan dont la seule ambition est de suivre le modèle Boeing » Il informe qu’une nouvelle réunion du bureau européen d’Airbus est prévue pour ce lundi 19 mars. « Si aucune de nos propositions n’est prise en compte, met-il en garde, nous sommes prêts à monter le ton dans des initiatives encore plus fortes »


20 000 manifestants à Hambourg

Imposante démonstration de force des salariés allemands hier.

« Nous sommes Airbus », portent les uns sur leurs vestes ; « nous sommes ici pour notre avenir », affichent les autres. Certains scandent leur désespoir : « Sans Airbus, nous sommes morts. » D’autres se montrent plus décisifs : « Nous ne nous laisserons pas abattre. » Tous sont ici pour dire que ce n’est pas au personnel de subir les erreurs du management de la maison mère EADS.

« L’ennemi, c’est le management », déclare Rüdiger Lütjen, président du comité d’entreprise (CE) d’Airbus Allemagne. « Nous ne devons pas nous diviser, nous devons nous battre ensemble. » En ouverture de la manifestation, le président du CE d’Airbus Allemagne déplore le « nationalisme » et le « populisme » dont ont fait preuve dernièrement certains syndicats français. Allusion est faite à un tract CFE-CGC reprochant aux Allemands d’être responsables des retards pris sur l’A380 et donc du plan de restructuration Power 8. Allusion est faite aux déclarations de FO sur l’inégale répartition des suppressions d’emplois annoncées (3 700 postes en Allemagne contre 4 300 en France). « FO, ils ne sont parfois pas loin des employeurs », commente un syndicaliste IG Metall salarié d’Airbus à Stade, au nord de l’Allemagne. « Les syndicats français feraient mieux d’accorder leurs violons et d’être solidaires avec les collègues européens. C’est tous ensemble que nous avons une chance de nous faire entendre ! »

Parler d’une voix, simultanément et partout en Europe : tel était l’objet de cette journée d’action européenne. En Allemagne, la manifestation centrale a eu lieu à Hambourg, siège d’Airbus Allemagne. « Ils vont bien devoir écouter la masse, regardez-moi ce monde ! » Susanne Struzyna, cinquante ans, vient du Bade-Wurtemberg. Douze heures de bus pour défendre les emplois des générations futures. « Je suis montée sur Hambourg pour la manifestation centrale, mais à Laupheim aussi, les gens se sont mobilisés. » Une chaîne umaine de quelques 2 000 personnes a entouré symboliquement l’usine Airbus de Laupheim, menacée de vente.

« Les erreurs de management se répètent et ce sont toujours les salariés qui encaissent, pendant que les managers sont récompensés par des salaires exceptionnels ». Le chef du syndicat industriel IG Metall, Jürgen Peters, refuse le « chinois du management » : « Airbus est une industrie de pointe, productive et concurrentielle. » Et d’ajouter : « Airbus a de l’avenir sur tous les sites et tous les sites aimeraient avoir un avenir avec Airbus. »

La « success story » d’Airbus, nombre de responsables politiques régionaux sont venus la conter. « Avec 12 000 emplois, Airbus est un acteur clé dans la région », déclare Christian Wulff, ministre président de la Basse-Saxe. Et de saluer la présence des nombreux jeunes, soit pour soutenir leur famille, soit pour défendre leur place d’apprentissage. Pour beaucoup, il s’agit de leur première manifestation. « Même si nous ne barrons pas les rues comme les Français, j’espère que nous allons convaincre le management de trouver une autre solution pour épargner de l’argent », dit Christophe Melius, seize ans, de l’école professionnelle RS1 de Nordenham. Un autre élève du même âge, Florian Böning, ajoute qu’il a

étudié en cours les conséquences de la fermeture du site Airbus à Nordenham : « Moins de taxes professionnelles, moins d’emplois, moins de services assurés par la ville, etc. À la fin, même le boulanger était menacé de faillite ! » Les jeunes pensent déjà aux pancartes qu’ils prépareront pour la prochaine manifestation.

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