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Un article dePierre-Henri Lab paru dans l’Humanité du 4 mars 2006

Fusion Suez GDF : Un choix très idéologique

samedi 4 mars 2006 par Pierre-Henri Lab

Les faits

9 août 2004. la majorité UMP-UDF à l’Assemblée nationale adopte « le projet de loi relatif au service public de l’électricité et du gaz ». Ce texte change le statut d’EDF et GDF, qui passe d’établissement public à caractère industriel et commercial à celui de société anonyme. Il ouvre la voie à une ouverture du capital, qui ne pourra pas excéder 30 %. L’article 22 de cette loi stipule enfin que, « compte tenu de l’importance de ces deux entreprises pour la mise en oeuvre de la politique énergétique de la France, Gaz de France et Électricité de France, de surcroît en raison de la forte composante nucléaire de son parc de production, ne seront pas privatisés : ils resteront des entreprises publiques majoritairement détenues par l’État ».

23 juin 2005. le gouvernement de Dominique de Villepin ouvre le capital de GDF et en conserve 80,2 %.

26 février 2006. Le premier ministre Dominique de Villepin annonce la fusion entre Gaz de France et de GDF.

Les questions

1. Gaz de France est-il privatisé ?

Oui. Suez possède un capital de 41,5 milliards d’euros, soit près du double de celui de GDF (22,4 milliards d’euros). Les modalités de la fusion, qui prévoient que chaque action GDF sera échangée contre une action Suez, aboutissent mécaniquement à l’absorption de l’entreprise nationale. L’État, qui, aujourd’hui, contrôle 80,2 % du capital de GDF, ne contrôlera plus qu’environ 34 %. Le gouvernement livre ainsi un bien national à un groupe privé.

2. La fusion est-elle le seul moyen de protéger Suez d’une OPA ?

Non. Une solution défendue par la CGT consiste « à élargir la présence publique dans Suez ». Le syndicat estime qu’une montée de la Caisse des dépôts et consignations dans le capital, accompagnée « d’une entrée d’autres fonds stables, comme la Caisse d’épargne, le Fonds de réserve pour les retraites, mais aussi de collectivités locales », permettrait d’empêcher rapidement toute OPA hostile et l’éclatement de l’entreprise entre la branche énergie et l’environnement.

3. Est-il vrai que la fusion préservera l’emploi ?

Faux. Chaque fusion ou acquisition est irrémédiablement suivie d’une « optimisation » des activités de l’entreprise. En clair, les doublons sont supprimés et, avec eux, les emplois qui y correspondent. En dix ans, les différentes fusions ou acquisitions dans le secteur de l’énergie ont abouti ainsi à la suppression de 300 000 emplois en Europe. Enfin, la fusion menace les 58 000 emplois communs à EDF et GDF.

4. Est-il vrai que le service public sera préservé ?

Faux. L’État sera minoritaire dans le capital de l’entité issue de la fusion. Dès lors, il ne présidera plus aux choix stratégiques à la gestion de l’entreprise. Celle-ci sera conduite par les actionnaires privés et guidée par leur exigence de rentabilité et leur exigence de dividendes. Enfin, le contrat de service public, qui garantit en particulier le maintien de la péréquation tarifaire, est renégociable en 2007. Les actionnaires privés n’ont jamais caché leur volonté qu’elle soit rediscutée. De la même manière, ils souhaitent la fin des tarifs régulés. Le prix du gaz au particulier pourrait prochainement flamber.

5. La fusion permet de répondre aux enjeux énergétiques ?

Faux. En privatisant Gaz de France, le gouvernement perd toute maîtrise de la filière gazière. Les tensions nouvelles autour du gaz provoquées par le surenchérissement du prix du pétrole invitent au contraire à l’accroissement de la maîtrise publique du secteur. Deuxièmement, en fusionnant GDF avec Suez, propriétaire de l’électricien belge Electrabel, le gouvernement fait le choix d’une mise en concurrence directe avec EDF. Ces stratégies de fusions ou d’acquisitions sont extrêmement coûteuses et improductives. 188 milliards d’euros ont été dilapidés de la sorte en Europe ces dernières années, sans qu’un seul centime aille à l’investissement dans de nouvelles capacités de production ou dans la recherche.

Conclusion

La fusion entre Gaz de France et Suez, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, est lourde de menaces pour le service public et l’emploi. Elle constitue un choix idéologique qui va à l’encontre des impératifs de sécurité d’approvisionnement en gaz ou en électricité et d’environnement. À terme, elle menace l’accès à l’énergie de nos concitoyens.

À l’opposé de cette politique, ces enjeux appellent au contraire à un accroissement de la maîtrise publique du secteur de l’énergie.

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