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Un article de Gaëlle Macke paru dans Le Monde du 13 octobre 2005

Fusions-acquisitions : 2005 est déjà un millésime historique

jeudi 13 octobre 2005 par Gaëlle Macke

ans tous les secteurs, dans tous les pays, les grandes manoeuvres de prises de participation, rapprochements, fusions et acquisitions - ­ mergers and acquisitions ou M & A, en anglais ­ - se multiplient. Selon une étude du cabinet spécialisé Thomson Financial, sur les neuf premiers mois de l’année, le montant cumulé des fusions et acquisitions dans le monde a atteint 1 957 milliards de dollars (1 637 milliards d’euros), en progression de 48 % par rapport à la même période de 2004, et au plus haut depuis l’année record de 2000. Les grands fonds d’investissement, principaux animateurs des acquisitions ces dernières années et toujours riches, restent actifs (représentant 16 % des transactions) mais 2005 marque le grand retour des industriels.

Acquises ou acquéreuses, les entreprises européennes s’illustrent particulièrement dans cette flambée des opérations de croissance externe (+ 75 % en valeur par rapport aux neuf premiers mois de 2004), dû notamment à l’attrait pour les cibles d’Europe de l’Est (+ 176 %) mais aussi à des transactions menées en Allemagne (+ 108 %) et en Espagne (+ 115 %). Cependant, l’appétit retrouvé des groupes est sensible partout, aux Etats-Unis (+ 37 %), au Japon (+ 106 %) et bien sûr en Chine (+ 75 %) et en Inde (+ 117 %).

De même, les consolidations touchent de nombreux secteurs : la finance (18 % des transactions), l’énergie (15,5 %), les médias (8,7 %), les télécommunications (8,5 %), l’immobilier (7,2 %) ou l’industrie lourde (7 %).

Après trois ans d’un calme morose, ce regain d’animation s’appuie sur deux logiques, industrielle et financière. Sur le plan opérationnel, après trois ans passés à restaurer leurs profits, en purgeant les bilans des dettes et dépréciations d’actifs, en coupant dans leurs coûts, en se recentrant sur leurs métiers stratégiques et en s’adaptant à l’accélération de la mondialisation, les entreprises donnent à nouveau la priorité à la croissance de leur activité. Selon une étude du cabinet Roland Berger, les résultats des 50 premières entreprises américaines et des 50 premières européennes ont progressé respectivement de 13 % et 38 % entre 2003 et 2004. Et l’amélioration de la rentabilité devrait se poursuivre : pour la France, les analystes prévoient que les profits des entreprises du CAC 40 devraient encore gonfler d’environ 20 % en 2005 par rapport à 2004, pour atteindre un niveau historique (Le Monde du 7 octobre). L’attention des investisseurs pour les restructurations est donc devenue moindre et celle accordée aux ambitions d’expansion s’est accrue.

La Bourse, qui accueillait avec défiance tout projet de croissance externe audacieux, les encourage désormais, même quand les montants en jeu sont colossaux ou que l’opération est hostile, pourvu qu’ils fassent sens industriellement. En témoigne le parcours boursier correct du groupe gazier espagnol Gas Natural (+ 5 % depuis le début de l’année) alors qu’il est engagé dans une bataille à haut risque pour mettre la main sur son compatriote Endesa, trois fois plus gros que lui et hostile à ce rapprochement !

Et, par un effet de dominos, cette opération profite au cours de Iberdrola (+ 23 % depuis le début de l’année), alors que le numéro deux espagnol du marché de l’électricité, laissé-pour-compte de ce grand rapprochement, fait désormais une belle cible dans un marché européen en ébullition.

De fait, un grand nombre d’actionnaires, qui ont d’abord apprécié de se voir rendre l’argent (via des rachat d’actions et dividendes) quand les caisses de l’entreprise étaient bien remplies, préfèrent aujourd’hui que cette dernière le réinvestisse pour assurer des relais de croissance, quitte à prendre des risques. Il peut s’agir de gagner en taille sur un marché mature (tel Procter & Gamble rachetant Gillette dans les produits de grande consommation), de s’internationaliser là où la croissance est plus forte (telles les prises de participation de Royal Bank of Scotland et Morgan Stanley dans la Bank of China, de Bank of America dans China Construction Bank et d’American Express et Allianz dans l’Industrial and Commercial Bank of China) ou de se diversifier (tel le rachat de l’éditeur de logiciels pour téléphonie sur Internet Skype par le cybermarchand eBay).

TAUX D’INTÉRÊT BAS

Mondialisation oblige, les opérations transfrontalières se multiplient. A ce jeu, les entreprises françaises ont été les prédatrices les plus actives d’Europe (avec les rachats du britannique Allied Domecq par Pernod Ricard, de l’espagnol Amena par France Télécom, du belge Electrabel par Suez, la tentative d’offre hostile de Saint-Gobain sur le britannique BPB ou l’intérêt de Publicis pour le britannique Aegis), alors que le gouvernement projette de protéger certains secteurs d’offres publiques d’achat (OPA) étrangères.

Cette frénésie est amplifiée par un contexte financier particulièrement favorable. Outre leurs moyens propres, les entreprises n’ont aucune peine à financer leurs projets, grâce à la fois à la bonne tenue de la Bourse, permettant les échanges d’actions et les augmentations de capital, et à des taux d’intérêt historiquement bas, stimulant le recours à l’emprunt bancaire. Les capitaux regorgent. Reste à savoir si cet engouement pour les fusions et acquisitions sera mieux géré que celui des années 1990, alors que plusieurs études ont démontré que, en moyenne, une opération sur deux se solde par une destruction de valeur.


Les britanniques, proies idéales

Après que, en 2004, la banque espagnole Santander a racheté Abbey National, en 2005, Pernod Ricard a absorbé Allied Domecq, Deutsche Post a repris le groupe de logistique Exel, Saint-Gobain convoite le plâtrier BPB et Publicis le groupe Aegis. Les raisons d’un tel engouement pour les cibles d’outre-Manche ? La croissance y est meilleure que sur le Vieux Continent, le modèle britannique (avec peu de contraintes réglementaires et de droits pour les salariés) est apprécié, le marché est ouvert (pas de dispositifs anti-offre publique d’achat) et, grâce à l’euro fort, les prix d’achat sont corrects. Scottish Power, O2 et Marconi sont convoités.

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