Liste des auteurs

La Tribune - article du 07/09/05

Fusions en série dans l’Europe de l’énergie

mercredi 7 septembre 2005 par Marc Lomazzi, Andréa Morawski
L’OPA hostile lancée par Gas Natural sur Endesa intervient alors que l’énergie connaît une nouvelle vague de consolidations. Depuis 2002, les acteurs auront investi plus de 130 milliards d’euros pour se hisser aux premiers rangs du secteur.

Deux ans avant la libéralisation totale du marché européen de l’énergie, les grands groupes européens sont engagés dans une spectaculaire course à la concentration. Le premier électricien espagnol, Endesa, fait face à l’OPA de Gas Natural. Le principal gazier espagnol, qui se classerait en cas de raid victorieux au troisième rang mondial en nombre de clients desservis (31 millions dans 11 pays), renouvellerait ainsi le tour de force réalisé outre-Rhin par l’électricien E.ON lors de sa fusion en 2003 avec Rhurgas.

Publicité

Frénésie d’acquisitions. Le géant allemand n’entend pas au demeurant en rester là. Recentré sur ses métiers de l’énergie et disposant d’une force de frappe financière renforcée par la vente pour 1,5 milliard d’euros de la filiale Rhurgas Industries au fonds luxembourgeois CVC Capital Partners - opération autorisée hier par Bruxelles -, il a indiqué, lundi, s’intéresser à l’électricien britannique Scottish Power. S’il n’a pas à ce jour déposé d’offre, E.ON a recruté pour l’épauler la banque Lazard. Après le rachat au Royaume-Uni de Powergen, de TXU et du réseau des Midlands, il mettrait la main sur le cinquième opérateur électrique du pays.

Sans comparaison entre elles, les offensives menées par Gas Natural et E.ON donnent plus de relief à la frénésie d’acquisitions qui s’est emparée du secteur de l’énergie. Au beau milieu du mois d’août, Suez a mis sur la table 11,2 milliards d’euros pour récupérer les 49,9 % qu’il ne détenait pas encore dans le belge Electrabel. Et Bruxelles a donné le 12 août son feu vert au rachat par EDF de l’italien Edison, marquant ainsi la fin d’un interminable imbroglio politico-financier. Au terme de l’OPA lancée d’ici à la fin septembre avec le milanais AEM, le coût pour EDF de l’acquisition de 50 % du capital du deuxième électricien italien sera de 7,5 milliards d’euros.

Après les méga-fusions de la fin des années 90 dans le secteur pétrolier (BP-Amoco, TotalFina-Elf, Exxon-Mobil, etc.), le mouvement de concentration a touché au début de la décennie les électriciens et les gaziers. Outre E.ON-Ruhrgas et le rachat de Thyssengas et Transgas par RWE, l’italien ENI a mis la main sur FenosaGas en Espagne... Entre 2002 et 2004, les principaux acteurs ont investi plus de 85 milliards d’euros, dont 41 milliards déboursés par le seul E.ON. Si l’on ajoute les opérations de Suez et d’Edison et que l’on intègre l’OPA en cours sur Endesa, on parvient à un total de plus de 130 milliards d’euros.

Libéralisation totale en 2007. Alors que se profile l’échéance du 1er juillet 2007, date à laquelle les consommateurs européens auront, après les industriels, le libre choix de leur fournisseur, "on devrait voir émerger cinq à sept acteurs dominant le marché", analyse Claude Généreux, responsable du pôle énergie chez McKinsey. Parmi eux, E.ON et RWE, l’Italien Enel, EDF et, peut-être, le nouvel ensemble Endesa-Gas Natural. Dans le second cercle, Suez et Gaz de France doivent s’interroger sur leur stratégie s’ils ne veulent pas courir le risque d’être marginalisés. C’est tout le sens de l’acquisition par GDF, allié à Centrica, du belge SPE.

Lorsque l’on sait que des acteurs plus modestes, tels Iberdrola en Espagne, EDP au Portugal ou le suédois Vattenfall vont aussi tenter de jouer leur carte, les grandes manoeuvres vont à coup sûr se poursuivre. "Il reste des opportunités, mais de moins en moins, en Espagne, aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne où le marché reste fragmenté", indique l’expert de McKinsey. Outre-Manche, quatre grands groupes d’envergure nationale (le leader Centrica, Powergen et NPower, filiales respectives des allemands E.ON et RWE, et EDF Energy, filiale d’EDF) et deux compagnies écossaises, Scottish Power et Scottish & Southern, dont le marché s’attend à tout moment qu’elles soient avalées par un concurrent plus robuste, se disputent le marché. Signe de la nervosité du marché britannique, des rumeurs, démenties depuis, ont circulé cet été sur une reprise du numéro un Centrica par GDF.

Marc Lomazzi, avec Andréa Morawski

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !