Liste des auteurs

Un article de Pierre-Henri Lab et Alain Cwiklinski paru dans L’Humanité le 20 juin 2006

GDF : Mobilisation contre la privatisation

mardi 20 juin 2006 par Pierre-Henri Lab, Alain Cwiklinski
GDF . À l’appel des fédérations CGT, FO et CFE-CGC, les électriciens et gaziers sont en grève aujourd’hui contre la fusion de Gaz de France avec Suez.

Électriciens et gaziers sont en grève, aujourd’hui, contre le projet de privatisation de Gaz de France. Cette journée de mobilisation revêt « un caractère décisif », expliquent les fédérations de l’énergie CGT, FO et CGC qui entendent bien mettre à profit « la fébrilité » du gouvernement et de sa majorité pour obtenir l’abandon du projet de fusion de GDF avec Suez. Dans tout le pays, des manifestations régionales sont organisées. À Paris, le cortège auquel participera le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, partira à 11 heures du siège social de GDF. Dans leur mobilisation, les électriciens et gaziers recevront le renfort d’autres professions. Ainsi, les fédérations CGT de La Poste et des cheminots organisent aujourd’hui « des informations aux personnels sur le service public et gazier ».

des propositions syndicales

La CFTC, bien que n’étant pas partie prenante de la mobilisation unitaire, ne cache pas son hostilité à la politique énergétique du gouvernement. Elle appelle, de son côté, à une journée d’action. La CFDT apparaît, elle, partagée. Alors que sa fédération chimie-énergie doit organiser, aujourd’hui, des initiatives locales contre le projet de fusion, le secrétaire général de la confédération, François Chérèque, s’y est déclaré favorable, vendredi, estimant que le gouvernement prenait « un risque » en cas de report.

Les fédérations CGT, FO et CGC dénoncent en particulier les conséquences tarifaires de la fusion de GDF avec Suez et entendent, à l’occasion de la mobilisation, mettre en avant leurs propositions alternatives. La CGT et FO militent pour une fusion de GDF avec EDF. Le secrétaire confédéral de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou, fait valoir le coût pour les deux entreprises de leur séparation qui, selon lui, atteint 340 millions d’euros uniquement pour l’édition de deux factures séparées. Le responsable syndical plaide également pour une coopération entre GDF, Suez et Total afin de « sécuriser les approvisionnements ». Pour empêcher toute OPA sur Suez, CGT et FO prônent « une montée de l’État ou de la Caisse des dépôts et consignation dans le capital » de ce groupe. La CFE-CGC, qui était favorable à l’ouverture du capital de GDF, souhaite que « l’État reste majoritaire ». Pour sécuriser les approvisionnements, elle défend l’idée d’une « fédération d’achat des gaziers européen ». Cette centrale d’achat permettrait, selon le syndicat, de « contrebalancer le pouvoir des producteurs ».

En cas de succès, la mobilisation des électriciens et gaziers pourrait bien compliquer la tâche de Dominique de Villepin, en confortant les réticences des députés et sénateurs UMP qui craignent qu’un « passage en force » en faveur d’une privatisation de GDF avant la fin de la session parlementaire ne provoque une crise comparable à celle du CPE. La mobilisation des agents d’EDF et de GDF vient, en effet, s’ajouter à la détermination affichée par les députés communistes et socialistes à s’opposer pied à pied à la privatisation de GDF. Cette perspective d’une bataille parlementaire acharnée est d’autant plus redoutée par nombre d’élus UMP qu’ils ne peuvent pas compter sur le renfort de l’UDF. Celle-ci, par la voix de François Bayrou, a pris ses distances vis-à-vis du gouvernement. « Je ne voterai pas le texte en l’état s’il est présenté », a prévenu, dimanche, le président de l’UDF.

La peur de voir le dossier de la fusion GDF-Suez dégénérer conduit de plus en plus de députés UMP à se désolidariser publiquement du premier ministre. Dernier exemple en date : hier, en marge de la visite dans le Nord du ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Breton, le député UMP du Nord Marc-Philippe Daubresse a déclaré qu’il y avait de « bonnes raisons de dire non » à la fusion entre GDF et Suez.


Dans l’Est, gaziers et électriciens ont rendez-vous devant les préfectures

Au CHU de Besançon, l’ouverture à la concurrence de l’électricité s’est déjà soldée par une augmentation de facture de 50 %. [1]

Aujourd’hui, toutes les portes des centres GDF et EDF de Franche-Comté, de Lorraine, de Bourgogne et d’Alsace resteront fermées, les gaziers et électriciens de l’Est de la France refusent la fusion entre Suez et GDF. Et Christophe Lime, porte-parole de lrégionale et secrétaire CGT EDF de Franche-Comté, de rappeler que : « L’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence pour les professionnels, effective depuis le 1er juillet 2004. s’est soldée par une augmentation de 66 % en moyenne de la facture pour ceux qui ont choisi la concurrence ou le tarif dérégulé d’EDF. Ce n’est pas nous qui le disons, mais une étude d’un cabinet d’expertise indépendant, Nusconsulting. On a tous encore en tête la hausse survenue au CHU de Besançon qui atteint 50 % ». En ce qui concerne GDF, la mesure, dont l’application est également prévue dès le 1er janvier prochain, est on ne peut plus radicale : « Le service, présent dans 16 villes de Franche-Comté, sera totalement supprimé, ainsi qu’en Alsace et Champagne-Ardenne. Pour tout ce secteur du Grand Est, il ne subsistera que dans un seul endroit, à Thionville en Lorraine ! », s’indigne Christophe Lime.

Dans l’Est, gaziers et électriciens seront dès le matin sur le terrain, les uns, comme en Bourgogne, dénoncent auprès des usagers et des élus les projets de fusion de GDF et Suez avec des manifestations ciblées, les Francs-Comtois et les Alsaciens choisissent, quant à eux, des rassemblements devant les préfectures afin d’obtenir des garanties sur les moyens de ce service encore public. Le projet appelé « Évolution de la fonction clientèle des particuliers à EDF GDF » devrait, en effet, se traduire, « par la fermeture de neuf sites en Franche-Comté » souligne le syndicaliste d’EDF. La machine infernale de la privatisation de GDF semble donc en marche pour les gaziers : « Dans un premier temps, l’objectif est de séparer complètement dès janvier 2007 tout ce qui est commun à EDF GDF, c’est-à-dire la distribution, le traitement des dossiers des précaires, les encaissements et l’accueil physique des particuliers. « Cela représente 50 % des effectifs en France et pas loin de 70 % en Franche-Comté, en Lorraine, en Alsace et en Bourgogne » insiste Christophe Lime. À l’exception de Thionville (Moselle), GDF prépare à l’Est, la suppression de l’ensemble de ces centres d’accueil afin de préparer GDF aux conditions du marché. Les salariés des deux entités nationales, la CFDT exceptée, clameront actuellement haut et fort leur refus de la privatisation de GDF dans toutes les rues de l’Est de la France.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !