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Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 14.10.06

GDF exprime son irritation vis-à-vis de Suez

samedi 14 octobre 2006 par Jean-Michel Bezat

Il y a seulement dix jours, la fusion entre Suez et Gaz de France (GDF) semblait sortie des turbulences. Après trois semaines de débats houleux, les députés français avaient voté le projet de privatisation du groupe gazier public. Et la Commission européenne avait accepté les cessions d’actifs pourtant limitées proposées par les deux entreprises afin de réduire leur écrasante domination sur le marché belge. Une situation trop belle pour être vraie...

Le climat s’est de nouveau dégradé, avec l’intérêt manifesté par l’homme d’affaires François Pinault pour le pôle environnement de Suez (Le Monde du 13 octobre), mais surtout les nouvelles exigences de la Commission européenne, qui a repoussé au 24 novembre la date limite de sa décision sur le mariage, et les tensions apparues entre GDF et Suez. Au point de compromettre le succès d’une opération qui doit donner naissance, début 2007, au premier groupe européen du secteur de l’énergie avec un chiffre d’affaires de plus de 70 milliards d’euros.

Les dirigeants de GDF ne cachent plus, depuis quelques jours, leur irritation devant les concessions de Suez en Belgique. S’ils ont réaffirmé "la pertinence du projet de fusion" à l’issue d’un conseil d’administration réuni jeudi 12 octobre en urgence pour étudier les nouvelles demandes de Bruxelles, ils s’inquiètent de la réduction du périmètre du futur groupe en Belgique.

Ainsi, celui-ci devrait céder 35 % de ses capacités d’approvisionnement en gaz, notamment par la vente totale de Distrigaz, filiale belge de Suez, ce qui réduira et retardera fortement les économies attendues sur les approvisionnements.

Neelie Kroes, la commissaire européenne à la concurrence, demande également à Suez de renoncer au contrôle majoritaire de sa filiale propriétaire des terminaux gazier de Zeebrugge (Belgique). Autant de concessions qui s’ajoutent à celles que Suez a déjà dû faire - au gouvernement belge cette fois - dans le secteur de l’électricité, réduisant la puissance installée d’Electrabel (filiale de Suez) au profit de groupes concurrents.

C’est une déconvenue pour GDF, qui entend profiter de la fusion pour devenir un électricien de poids et faire des offres gaz-électricité à ses clients. Les dirigeants de Suez répondent depuis des semaines qu’il s’agit moins de cessions pures et simples que d’échanges d’actifs : le futur groupe pourra, en contrepartie de ce qu’il aura cédé en Belgique, faire des acquisitions en Italie, en Allemagne ou dans un autre pays européen. Pour le porte-parole de la fédération CGT de l’énergie, Maurice Marion, ces cessions mènent tout droit à "l’explosion". "Tout est fait, dénonce-t-il, pour que les deux groupes éclatent."

La CGT constate que ces concessions successives "ne font qu’attiser des dissensions de plus en plus grandes entre Suez et Gaz de France". Elles apparaissent, en filigrane, dans le communiqué publié jeudi par GDF. Ses dirigeants y affirment que la fusion sera évaluée "au regard du développement et de l’avenir du groupe", mais aussi "de l’intérêt de ses actionnaires et de ses salariés", rappelant "l’importance d’une juste valorisation du groupe".

Chez GDF, on conteste l’analyse du ministre de l’économie, Thierry Breton, qui a justifié le mariage avec Suez au nom de la vulnérabilité du groupe gazier public. Les finances sont saines et l’endettement très réduit, rappellent ses dirigeants. "Ce n’est pas le géant Suez qui absorbe le nain Gaz de France", résume un porte-parole du groupe. Il ajoute que ce n’est pas GDF qui est menacé d’OPA et de démantèlement, mais Suez, comme le confirment les projets que nourrissaient François Pinault et l’électricien italien Enel.

Cette bonne santé financière justifie, aux yeux des dirigeants de GDF, que la gouvernance du futur groupe soit "équilibrée". S’il est acquis que sa présidence revienne au PDG de Suez, Gérard Mestrallet, qui devra partager toutes les décisions stratégiques avec Jean-François Cirelli, actuel patron de GDF, le sort du management, lui, n’est pas réglé.

Plus gros que GDF, Suez est plus gourmand pour prendre davantage de postes-clés au sein du nouveau géant de l’énergie. En outre, les numéros 2 et 3 de Suez - Jean-Pierre Hansen (chargé des opérations) et Gérard Lamarche (finances) - sont Belges. Le futur groupe gardant un fort ancrage en Belgique, il faudra éviter une rupture de l’équilibre, sur lequel le gouvernement belge est sourcilleux. Le traité de fusion entre les deux groupes devra aussi régler la question du nom du groupe. M. Cirelli demande à ce que "Gaz de France" y figure.

Reste la parité d’échange d’actions dans le cadre de la fusion. GDF trouve les actionnaires de Suez trop exigeants, puisqu’ils ne veulent pas se contenter d’une action GDF pour une action Suez (plus 1 euro de dividende exceptionnel). L’irruption de M. Pinault n’a fait que relancer la polémique. Pour expliquer l’annonce d’une éventuelle OPA du milliardaire, un fin connaisseur du monde des affaires ne voit pas d’autre réponse qu’"une manoeuvre des hedge funds de faire monter le titre de Suez". Et accroître le différentiel entre le titre GDF et le titre Suez pour montrer que la parité retenue pénalise ces derniers. Le titre de Suez a progressé de 1,82 % à 35,24 euros, jeudi, à Paris. Soit près de 4 euros de plus que la valeur du titre GDF.

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