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Article de Grégory Marin Publié dans L’Humanité le 22 novembre 2006

Gaz de Bordeaux fuit vers le privé

mercredi 22 novembre 2006 par Grégory Marin
Énergie. À peine installé à l’hôtel de ville, l’ancien premier ministre Alain Juppé veut privatiser le gazier bordelais.

Caribou ! Alain Juppé se disait changé par son exil volontaire au Québec, suite à sa condamnation à un an d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs du RPR. Il voulait soi-disant « faire de Bordeaux un laboratoire de la démocratie ». De retour aux affaires dans la capitale de la région Aquitaine, l’ancien premier ministre a retrouvé ses vieux réflexes. Sa première décision : la privatisation de Gaz de Bordeaux (GDB). Partielle, mais tout de même. Le 14 novembre, la commission des Affaires financières examinait une délibération en ce sens, qui sera mise aux voix le 27 novembre. Les élus devront décider la cession à Dalkia (privé) et à Gaz de France (bientôt privatisé) de 10 % des actifs de GDB. Un portefeuille d’actions de presque 15,8 millions d’euros que la municipalité avait acheté fin mai à Total, alors qu’Hugues Martin assurait l’intérim à l’hôtel de ville. Cette prise de position qui faisait de la municipalité l’actionnaire à 62 % de GDB, « confortait son engagement dans le service public », selon Hugues Martin. « Une vaste duperie », selon Mathieu Rouveyre, conseiller municipal PS de Bordeaux. Dans un communiqué, il rappelle que le député maire par intérim avait par la suite « déposé un amendement à l’Assemblée en faveur de la privatisation des entreprises locales de distribution ».

Aujourd’hui, il s’agit bien de désinvestissement d’une collectivité dans le secteur essentiel de l’énergie. Les syndicats craignent « une totale privatisation » de GDB, qui emploie 489 salariés et fournit 200 000 clients dans 46 communes de l’agglomération. Désinvestissement caché par un « camouflage sémantique », dénonce Mathieu Rouveyre : une « convention de portage » qui laisserait à la municipalité bordelaise le loisir de racheter les actions pendant trente mois. Majorées, bien sûr. Mais même Gaz de France et Dalkia refusent la manoeuvre, les juristes des deux sociétés l’ayant requalifiée en « cession ». L’opposition refuse quant à elle l’argument de l’équipe Juppé, qui dit vouloir pallier l’endettement de la ville. Or Gaz de Bordeaux a fait plus de 20 millions d’euros de bénéfices cumulés sur les trois dernières années. « En cédant une partie de ses actions, (la ville) renonce à ces dividendes », souligne Claude Mellier, élue communiste au conseil municipal. « De l’argent en moins pour les Bordelais », souligne l’élue, qui interviendra sur le sujet lors du conseil municipal du 27. Ces arguments posés, on ne peut que s’interroger sur le motif réel de l’opération. Afin de contrer la « privatisation en marche » de GDB, dans laquelle la municipalité n’aura plus que 51 % de parts, une partie des élus réclament une « consultation citoyenne ». Avec les syndicats, ils appellent également à manifester, le jour du conseil, devant l’hôtel de ville. De quoi raviver le souvenir de 1991 : la Régie du Gaz avait été transformée en société d’économie mixte du Gaz de Bordeaux... après 18 mois de grève.

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