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Article de Jean-Pierre Stroobants paru dans Le Monde du 26.09.06

Gaz de France-Suez : la Belgique exige plus de concessions dans l’électricité

mardi 26 septembre 2006 par Jean-Pierre Stroobants

Guy Verhofstadt, le premier ministre belge, entend forcer Suez et Gaz de France (GDF) à de nouvelles concessions, en l’attente du verdict de la Commission européenne sur le projet de fusion des deux groupes, le 17 novembre.

Bien, mais peut mieux faire : c’est, en résumé, le sentiment qu’expriment les autorités belges après le dépôt, mercredi 20 septembre, des propositions censées répondre aux objections de l’exécutif européen sur l’incompatibilité du projet initial avec les règles communautaires de la concurrence.

M. Verhofstadt doit avoir, "dans les prochains jours", une nouvelle réunion avec les dirigeants des deux entreprises, confirme Didier Seeuws, son porte-parole. La rencontre se déroulera en présence de Jean-Pierre Hansen, patron d’Electrabel et actuel numéro 2 de Suez.

"La Commission européenne s’est surtout concentrée sur le marché du gaz, ce qui nous rend parfaitement heureux. Mais les pouvoirs publics belges se concentrent, pour leur part, sur l’électricité, explique M. Seeuws. Le premier ministre a toujours indiqué qu’il voulait, après la fusion, que trois acteurs au moins soient en concurrence sur le marché."

Un rappel qui sonne comme une critique des propositions faites à Neelie Kroes, la commissaire à la concurrence. Dans leur document, Suez et GDF annoncent la cession de la participation - 25,5 % - de GDF dans la Société publique d’électricité (SPE), le seul concurrent véritable d’Electrabel dans la production d’électricité, mais avec seulement quelque 10 % du marché et des capacités nucléaires très faibles (4 % du parc).

EDF, l’italien Enel, l’allemand E.ON et le britannique Centrica seraient les candidats les plus sérieux au rachat des parts de GDF. Centrica, qui détient déjà 25 % de la SPE, possède un droit de préemption qu’il compte exercer.

Ce projet de cession n’est pas jugé suffisant par des experts belges. Ils relèvent que les prix de revient de la SPE sont supérieurs à ceux de son concurrent et que la société souffre du manque de diversification de ses outils de production.

"DISCUSSIONS SPÉCIFIQUES"

Le gouvernement de M. Verhofstadt voudrait dès lors transférer vers la SPE, ainsi d’ailleurs que vers un troisième acteur - EDF, par exemple -, une partie de la production nucléaire d’Electrabel-Suez, qui détient la quasi-totalité du parc de centrales belges.

Jusqu’ici, Electrabel a rejeté toute idée d’une ouverture à la concurrence et M. Verhofstadt n’ignore pas que sa marge de manoeuvre est étroite, sauf à racheter ou à nationaliser les centrales.

Ces "discussions spécifiques", comme les définissent Suez et GDF, seront le sujet plus difficile des futures négociations.

Les pouvoirs publics belges sont plus satisfaits des propositions des deux groupes dans le domaine gazier. Suez-GDF suggère de revendre à un tiers une partie des activités de Distrigaz, chargée de l’approvisionnement et du transit.

Les deux groupes français ont également indiqué qu’ils pourraient renoncer au contrôle de Fluxys, le gestionnaire du réseau de transport du gaz et des infrastructures de stockage.

Actuellement détenue à 57,25 % par Suez, Fluxys serait éclatée en trois pôles et Suez-GDF ne garderait la majorité que dans Fluxys International, qui contrôlera notamment le terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) de Zeebrugge, une activité promise à un important développement.

Ce point pourrait faire l’objet d’autres vives discussions : des spécialistes soulignent qu’en conservant le contrôle de cette activité Suez-GDF court-circuitera la concurrence, offrant des services que ses rivaux ne pourront proposer.


AGENDA

3 OCTOBRE. Vote par les députés du projet de loi de privatisation de Gaz de France (GDF), en vue de sa fusion avec Suez. Le même jour, les syndicats de l’énergie appellent à une journée d’action - avec une manifestation nationale à Paris - et à des arrêts de travail partout en France. Gaziers et électriciens avaient déjà exprimé leur opposition à la privatisation de GDF, lors d’un référendum interne le 7 septembre, et à travers des manifestations le 12 septembre.

17 NOVEMBRE. Date butoir à laquelle les services européens de la concurrence doivent avoir rendu leur avis sur le projet GDF-Suez. Mais la Commission européenne pourrait rendre sa décision dès le 8 novembre, ont indiqué, la semaine passée, des sources proches du dossier.

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