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Un article de Feryel Gadhoum paru dans Le Figaro du 9 juin 2006

Gaz de France : l’inquiétude monte chez Suez

vendredi 9 juin 2006 par Feryel Gadhoum
Les députés sont de plus en plus réservés sur le projet de fusion Suez-Gaz de France . Les marchés spéculent intensément sur une offensive d’Enel.

Suez est sous pression. Les députés, qui doivent voter la loi de privatisation de Gaz de France et lui permettre de fusionner avec le groupe franco-belge, sont tétanisés. Ils ne veulent rien décider qui soit susceptible de contrarier leurs électeurs à un an des présidentielles. Le gouvernement a beau faire l’éloge de la création d’un champion national de l’énergie, le coeur n’y est plus et les chances de voir le projet se concrétiser s’amenuisent.

Le ministre de l’Economie, Thierry Breton, ne cesse de répéter depuis trois jours que « si les députés ne veulent pas du projet, il ne sera pas voté ». Et comme il est urgent d’attendre, le Conseil d’État, qui aurait dû examiner le projet de loi hier - il l’a reçu depuis plus dix jours -, s’en est abstenu. Cela reporte donc l’examen à jeudi prochain. Jean-François Cirelli, le PDG de Gaz de France , se dit toujours serein. Et pourtant... Suez et Gaz de France ont reçu, la semaine dernière, « par erreur » un document provenant d’Enel. Il s’agirait du prospectus que l’on remet aux autorités de marché pour leur signifier son intérêt pour une cible.

Les hésitations des parlementaires ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd en Italie. Enel réaffirme dans la presse qu’il n’a pas renoncé à s’emparer des actifs du groupe franco-belge. Son administrateur délégué, Fulvio Conti, a ainsi déclaré mercredi dans le quotidien Il Corriere della Sera que « dans le monde de l’énergie, il n’y a jamais rien de clos. Il y a des changements de phase, de scénarii avec des marchés qui changent et deviennent plus globaux ». Il ne donne pas plus de précisions. Mais on comprend bien qu’à moins d’une semaine de la visite du nouveau premier ministre italien, Romano Prodi, à Paris, Enel avance ses pions.

General Electric soutient Enel

Mieux, il vient sans doute de trouver un allié de taille pour une offre sur Suez. Le géant General Electric a admis hier sur Reuters qu’il serait bien intéressé par Suez Environnement, la partie du groupe franco-belge qui n’intéresse pas Enel. Personne n’avait songé à lui jusque-là. A tort, puisque le groupe a beaucoup investi ces dernières années dans les métiers de l’eau. Il est même devenu le leader mondial du dessalement.

Pour autant, GE ne semble pas en avoir directement discuté avec Enel, à en croire une source proche de l’Italien. Il faut dire que ce dernier est plus occupé en ce moment à convaincre ses compatriotes de l’aider à pénétrer le marché français. Il veut aujourd’hui faire les choses proprement. Le président du groupe, Piero Gnudi, a dîné mercredi avec Romano Prodi au Palazzo Chigi. Les deux hommes sont amis de longue date. De son côté, Fulvio Conti a plaidé sa cause, hier matin, auprès du numéro deux du gouvernement, Enrico Letta. Et les négociations vont bon train entre Paris et Rome pour essayer de trouver une solution amiable. Le ministre de l’Industrie transalpin, Pier Luigi Bersani, a ainsi déclaré à Luxembourg, à propos de Suez, que « dans le cadre de bons rapports, il peut y avoir des solutions qui arrangent tout le monde ». Il a évoqué hier le sujet avec Thierry Breton.

Ollier réclame un vote d’urgence

Il n’en faut pas plus pour relancer les spéculations chez les investisseurs. Hier, le titre Suez est le seul titre du CAC 40 à avoir terminé dans le vert, alors que l’indice a chuté de près de 3%. Le tout dans un volume important : 20 millions d’actions Suez ont changé de main hier, contre une moyenne de 5 millions en début de semaine.

A quelques jours du débat parlementaire sur le projet de fusion, Gérard Mestrallet, le PDG de Suez multiplie les opérations pour tenter de convaincre de l’intérêt de défendre ce rapprochement. Il vient de plaider sa cause auprès de Nicolas Sarkozy. Hier, le groupe a rendu public un sondage TNS Sofres pour tester l’attachement des Français à sa fusion avec Gaz de France. Il en ressort que 57% des sondés jugent que cette opération est une bonne chose. Voilà un petit message pour les élus.

Mais c’est peut-être le spectre de l’Enel s’attaquant de façon hostile à Suez qui pourrait peut-être pousser les députés à se lancer à leur tour dans le « patriotisme économique parlementaire ». « Le vote du projet de loi que je demandais très vite, je le réclame désormais d’urgence. Je suis très inquiet du risque de démantèlement de Suez . Ce serait dommage pour la France, pour Suez et Gaz de France », a déclaré hier au Figaro Patrick Ollier, président de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée. « S’il devait y avoir une offensive d’Enel, la position des députés pourrait changer très rapidement », a indiqué pour sa part François-Michel Gonot, député UMP.

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