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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde le 3 décembre 2005

Gaz de France lorgne sur le Moyen-Orient

samedi 3 décembre 2005 par Jean-Michel Bezat

L’Egypte, l’Algérie, la Norvège et la Mauritanie... Demain sans doute l’Iran, le Kazakhstan et Qatar. Dans un marché du gaz qui s’ouvre et se mondialise, la diversification des sources d’approvisionnement est devenue vitale pour Gaz de France, condamné à élargir son horizon à de nouvelles régions. Sa récente implantation en Egypte s’intègre dans cette stratégie d’ouverture lancée il y a cinq ans : être présent sur toute la filière gazière et renforcer ses positions dans le secteur en plein développement du gaz naturel liquéfié (GNL).

En octobre 2002, GDF avait conclu avec la compagnie égyptienne EGAS et la société britannique BG un accord pour la livraison de 4,8 milliards de m3 de gaz par an sur vingt ans. Ce contrat de 10 milliards d’euros est "la plus grosse transaction économique jamais réalisée entre la France et l’Egypte", explique Jean-François Cirelli. Pour le PDG du groupe français, "elle illustre la volonté d’être présent sur toute la chaîne : l’achat de gaz, la participation de 5 % dans l’usine de liquéfaction d’Idku (près d’Alexandrie) et le droit de liquéfier du gaz produit par le groupe en Egypte dans les extensions futures de l’usine".

Jusqu’en 2000, GDF se fournissait en totalité auprès de producteurs russes, algériens, norvégiens, hollandais, dans le cadre de contrats à long terme. "Etre producteur réduit notre exposition aux risques du marché", souligne Jean-Marie Dauger, directeur général délégué de GDF. Depuis, il a investi 2,5 milliards d’euros dans l’amont. "Cela nous a permis de produire 10 % du gaz vendu en Europe", explique Michel Bayle, directeur de l’exploration-production du groupe. Mais ces investissements ont été réalisés en Allemagne et en mer du Nord, des régions où la production d’hydrocarbures est en déclin, à l’exception de la Norvège.

Le groupe français est aujourd’hui prêt à investir 3,5 milliards d’euros supplémentaires d’ici à 2008, pour produire, à l’horizon 2012, 15 % du gaz qu’il vend. Il devra, pour cela, porter ses réserves de 700 millions à 1 milliard de barils équivalent pétrole et faire des acquisitions sélectives. De grands projets sont déjà bien avancés en Algérie (60 % du gisement de Touat) et en Norvège (30 % du projet Gjoa, au côté de la compagnie nationale Statoil). GDF a aussi lancé une campagne de prospection très en amont dans le désert de Mauritanie.

"Mais on ne peut pas être absent du Moyen-Orient", prévient M. Cirelli, tout en soulignant que les deux grands pays gaziers de la région sont difficiles d’accès. Total a dû batailler ferme pour se faire une place en Iran sur le champ géant de South Pars. Et Qatar, qui détient les troisièmes réserves mondiales, reste la chasse gardée d’Exxon.

Le défi à relever par GDF est d’autant plus grand que le prix élevé des hydrocarbures n’incite pas les pays producteurs à céder l’exploitation de leurs gisements aux compagnies étrangères. Le montant des transactions est parfois exorbitant, et le groupe français est en concurrence avec les grands pétro-gaziers (Exxon, Shell, BP, Total, Chevron...), qui disposent d’une compétence technique ancienne et d’une énorme force de frappe financière.

Gaz de France n’est "pas prêt à faire des acquisitions à n’importe quel prix". Il entend se développer dans le secteur très rentable de l’exploration-production : il ne représente que 5 % du chiffre d’affaires, mais assurera 20 % du résultat net en 2005. Une bonne articulation entre la branche production et celle du négoce est source de création de valeur, car elle permet de s’adapter rapidement à une demande de gaz qui se mondialise.

"Diversification et flexibilité sont devenues les maîtres mots de notre métier", souligne M. Dauger. Cette flexibilité passe par le développement dans la production et le transport du GNL, qui permet de rapprocher les régions productrices des pays consommateurs. Et de faire de confortables plus-values quand une cargaison est vendue sur le marché spot en pleine pénurie, comme aux Etats-Unis après le cyclone Katrina. Le commerce du GNL a progressé de 5,3 % en 2004, et tous les grands groupes d’énergie misent désormais dessus. Premier importateur en Europe, GDF prévoit que le GNL représentera 30 % de ses approvisionnements en 2007, notamment grâce au gaz du Nigeria, d’Algérie et d’Egypte (contre 17 % actuellement).

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