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Un article de Virginie PIRONON paru dans Libération du 3 janvier 2005

Gazprom, géant russe au service du Kremlin

mardi 3 janvier 2006 par Virginie PIRONON
Le plus grand producteur de gaz au monde n’hésite pas à faire pression sur les pays voisins.

« Bonjour, Sergueï Kouprianov ! Et avant de commencer, bonne année ! » Le présentateur de la chaîne russe NTV était mal à l’aise en ouvrant son journal dimanche, avec, en duplex, le porte-parole de Gazprom, qui est aussi... l’actionnaire principal de la chaîne depuis 2001. Par l’intermédiaire de sa filiale Gazprom-Médias, l’entreprise publique, créée en 1993 pour succéder au ministère de l’Industrie gazière soviétique, est en effet devenue le premier groupe de presse du pays.

Bénéfices records. Mais Gazprom est avant tout le plus grand producteur de gaz au monde. Chaque année, cette entreprise, contrôlée par l’Etat, qui s’occupe à la fois de la prospection, de la production et du transport de sa production, fournit à l’Europe environ le quart de sa consommation en gaz. Et assure à l’Etat russe un cinquième de son budget, avec des bénéfices records (177 milliards de roubles, soit 5,2 milliards d’euros en 2005).

Depuis son arrivée au pouvoir il y a six ans, Vladimir Poutine s’est lancé dans la reconquête des hydrocarbures par l’Etat. A l’heure où la Russie prend la présidence du G8, le président veut affirmer la puissance énergétique de son pays à l’échelle mondiale. C’est même, selon des observateurs, la seule carte qui lui reste en main. Gazprom se fait ainsi l’instrument de ses ambitions politiques... L’entreprise a même de plus en plus tendance, notent les observateurs de la vie politique et économique à Moscou, à se substituer au gouvernement, menant une politique de la carotte et du bâton avec les pays voisins et clients.

Preuve de l’attention que le Kremlin porte à l’entreprise : récemment, deux proches de Poutine, tout deux issus du cercle rapproché des « anciens de Saint-Pétersbourg », ont été placés à sa tête. Dimitri Medvedev a été nommé président du conseil d’administration, et Alexeï Miller, PDG. Bientôt, l’entreprise, qui a un besoin urgent d’investissements, ouvrira son capital aux capitaux étrangers. Mais l’Etat y restera bien sûr majoritaire.

Retraite. Ces derniers temps, des voix se sont élevées en Russie même contre l’utilisation de Gazprom comme « ministère des Affaires étrangères bis ». Le conseiller économique (démissionnaire) de Poutine, Andreï Iliaronov, s’y est fermement opposé à plusieurs reprises. La fermeture du gazoduc en direction de l’Ukraine a d’ailleurs été une des raisons de sa démission...

A l’issue de son mandat, en 2008, (selon la Constitution, il n’a pas le droit de se représenter), Poutine se verrait bien, dit la rumeur à Moscou, passer sa « retraite » à la tête du géant énergétique, dans ses luxueux locaux de 34 étages, équipés entre autres, d’une piscine et de Jacuzzi...

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