Liste des auteurs

Un article de Grégoire BISEAU et Lorraine MILLOT paru dans Libération du 18 novembre 2005

Gazprom met son allié GDF sous pression

vendredi 18 novembre 2005 par Grégoire BISEAU, Lorraine MILLOT
Le Russe profite de la libéralisation du secteur pour concurrencer directement son client, Gaz de France.

Peut-on avoir comme concurrent un de ses principaux clients ? « Surtout pas », avait coutume de recommander les grandes lois du management, « il y aurait là un gros risque de confusion des genres ». Mais le Russe Gazprom, premier producteur et exportateur de gaz de la planète, a un autre avis sur la question : il se verrait très bien vendre directement son gaz aux gros industriels français, en venant concurrencer Gaz de France, l’un de ses principaux clients. Cela fait longtemps que le gazier russe parle de venir titiller certains de ses gros clients européens dans leur propre jardin.

Ambitions. Comme l’a révélé hier la Tribune, l’affaire se précise puisque, le 14 novembre, Gazprom a obtenu des autorités françaises l’autorisation officielle de vendre son gaz sur le territoire. Pour l’instant, l’offre de Gazprom ne concerne que les industriels et les municipalités, habilités à pouvoir choisir leur fournisseur de gaz, grâce à la libéralisation du secteur.

« Notre objectif est de couvrir à terme 10 % du marché français », a même confié Stanislav Tsygankov, le directeur international de Gazprom à la Tribune. Hier, Gaz de France, qui achète 22 % de son gaz au géant russe, ne voyait pas officiellement de raison de s’inquiéter. « Il n’y a rien de très nouveau. On connaît les ambitions de notre partenaire depuis longtemps », dit un porte-parole. En plus de lui acheter du gaz depuis presque trente ans, GDF a un tas de projets et de coopérations en commun avec Gazprom. A priori, un ami donc. Sauf que les nouvelles ambitions commerciales du Russe font grincer quelques dents dans la maison.

« C’est une vraie menace pour nous », assure un cadre. C’est tellement vrai que les analystes russes voient cela d’un très bon oeil. « Le gaz russe est vendu par Gazprom environ 180 dollars les 1 000 m3 à la frontière allemande et il est revendu autour de 400 dollars au client européen, estime cet analyste. Il est normal que Gazprom cherche à utiliser les nouvelles possibilités ouvertes par la libéralisation du marché européen », observe Valery Nesterov, analyste à la compagnie Troika Dialog.

Elena Anankina, analyste chez Standard & Poor’s à Moscou, juge aussi logique que Gazprom cherche à mieux commercialiser son gaz : « Gazprom a besoin de capitaux car sa production est en baisse sur ses gisements et il manque d’argent pour lancer l’exploitation de nouveaux gisements. »

Le groupe russe vend d’ail-leurs déjà son gaz directement aux consommateurs allemands, en coopération avec la société allemande Wingaz, un joint-venture créé en 1993 avec Wintershall, une filiale de BASF très active en Russie. Et en Italie, Gazprom est actuellement en négociations serrées avec l’ENI, la compagnie nationale italienne, pour aussi pouvoir vendre une partie de son gaz directement au client final. Le président Vladimir Poutine en personne a profité cet été de son amitié avec le Premier ministre Silvio Berlusconi pour lui demander de bien vouloir ouvrir son marché au gazier russe.

« Rapport de force ». Alors pourquoi pas, demain, le marché français ? « Les intentions de Gazprom ne sont pas encore très claires. On ne sait pas du tout comment ils veulent procéder », tempère un cadre du groupe. Plusieurs cadres se demandent, d’ailleurs, si tout cela n’est pas du bluff. Une habile façon de mettre la pression sur la direction de GDF au moment où elle renégocie avec son fournisseur russe plusieurs gros contrats. « La réalité, c’est que Gazprom n’est pas franchement chaud pour signer des contrats de long terme avec nous, au moment où le prix du gaz flambe. Les prix de vente aux Etats-Unis sont deux à trois fois supérieurs à ceux du marché européen. Le rapport de force est franchement en sa faveur, il n’est donc pas étonnant qu’il menace de venir vendre son gaz directement chez nous », s’inquiète un syndicaliste maison.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !