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Un article de Frédéric de Monicault paru dans Le Figaro de 24 octobre 2005

Grandes manoeuvres dans l’énergie européenne

lundi 24 octobre 2005 par Frédéric de Monicault
En Europe, la carte de l’énergie se redessine à vitesse accélérée. La libéralisation totale du marché du gaz et de l’électricité à compter de 2007 oblige les grands groupes à prendre des positions significatives hors de leur marché domestique.

L’EUROPE DE L’ÉNERGIE retrouve le chemin de la concentration. Après une première vague de rapprochements massive entre 2002 et 2004 - illustrée par un volume d’acquisitions supérieur à 80 milliards d’euros -, le tempo s’était ralenti. Mais, depuis plusieurs semaines, la dynamique est repartie, mettant aux prises tous les grands acteurs - électriciens et gaziers - du Vieux Continent : les allemands E.ON et RWE, les français EDF et Gaz de France, le franco-belge Suez, les espagnols Endesa et Gas Natural...

La raison de cette nouvelle accélération du mouvement tient en une date : 2007. A cet horizon, le marché européen de l’énergie sera entièrement libéralisé. Concrè tement, tous les consommateurs, y compris les particuliers, pourront sélectionner leur fournisseur d’énergie. Alors que, pour le moment, seuls les professionnels (des grosses entreprises aux artisans commerçants) peuvent faire jouer la concurrence. « Dans cette perspective de dérégulation totale, les énergéticiens veulent tous renforcer leurs positions dans d’autres pays que leur seul marché domestique. Dans deux ans, ce sera trop tard », souligne Colette Lewiner, directeur international du secteur énergie et « utilities » chez Capgemini.

Par ailleurs, certains d’entre eux disposent d’un solide trésor de guerre : c’est le cas notamment d’E.ON, le numéro un allemand. Il a prévu d’investir plus de 5 milliards d’euros hors d’Allemagne pour la seule période 2004-2006. Tout en précisant que cela ne l’empêchait pas de disposer d’« une marge de manoeuvre pour d’autres acquisitions stratégiques qui ne sont pas prises en compte dans les prévisions ».

Une concentration identique à celle des télécoms

La hausse significative des prix de l’énergie constatée en Europe depuis plusieurs mois prodigue en outre aux grands groupes des liquidités supplémentaires. « Dans la mesure où ils se sont recentrés sur leurs métiers de base, ce qui leur a permis de diminuer leur endettement, ils peuvent encore recourir à l’emprunt pour envisager de nouvelles acquisitions », ajoute Colette Lewiner. Au passage, celle-ci relève que l’évolution dans l’énergie se révèle assez comparable à celle qui a animé auparavant le secteur des télécommunications, « avec notamment ce phénomène similaire pour les opérateurs historiques qui, parce qu’ils perdent des parts de marché chez eux, veulent rattraper le terrain perdu à l’international. »

Si toute l’Europe de l’énergie est concernée par cette vague de regroupements, certains pays demeurent plus attractifs que d’autres. L’Italie, où les prix de l’électricité sont très élevés, cristallise les intérêts. Quant à la Grande-Bretagne, son marché ultraconcurrentiel fait que les investisseurs dans l’énergie peuvent y prendre des positions plus facilement qu’ailleurs.

En France, en revanche, la bataille de l’énergie est moins incisive qu’ailleurs : EDF et Gaz de France sont tellement bien implantés que beaucoup de leurs concurrents se plaignent d’un marché hexagonal verrouillé. En revanche, la libéralisation fait que les deux opérateurs nationaux se livrent aujourd’hui une concurrence sans merci, EDF cherchant à se développer dans le gaz et Gaz de France dans l’électricité.

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