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Un article de Hervé Kempf paru dans Le Monde du 3 décembre 2005

Greenpeace dénonce l’exportation d’uranium français vers la Russie

samedi 3 décembre 2005 par Hervé Kempf

Des militants de Greenpeace ont été délogés, jeudi matin 1er décembre, d’une grue du port du Havre par le groupe d’intervention RAID de la police nationale. L’association bloquait le chargement du cargo Capitaine-Kuroptev en partance pour la Russie pour y acheminer, selon la compagnie Areva, 1 044 tonnes d’uranium appauvri en 87 conteneurs de 12 tonnes.

Greenpeace dénonce "un nouveau scandale nucléaire : l’exportation de déchets nucléaires en Russie". Selon Frédéric Marillier, de l’organisation écologiste, "des milliers de tonnes partent chaque année afin d’être abandonnées en Russie dans des sites parmi les plus pollués de la planète". Pour Areva, au contraire, l’uranium appauvri n’est pas un déchet, mais "doit être enrichi, préalable indispensable à sa transformation en combustible nucléaire. (...) Il s’agit d’une opération industrielle classique et publique".

Le différend renvoie à la gestion complexe des matières nucléaires opérée par l’industrie nucléaire française. L’uranium appauvri est produit lors de l’enrichissement de l’uranium naturel à l’usine Eurodif de Pierrelatte (Drôme). Chaque année, Eurodif produit de l’ordre de 15 000 tonnes d’uranium appauvri, selon l’étude La France nucléaire (éditée par l’association Wise-Paris). Une grande partie n’a pas d’usage et est stockée à Pierrelatte et à Bessines (Haute-Vienne), pour une quantité qui dépasse maintenant 200 000 tonnes. Une partie - "30 à 40 %", indique Areva, soit entre 4 500 et 6 000 tonnes - est expédiée en Russie, où elle est réenrichie par l’entreprise Tenex : quelque 450 à 600 tonnes reviennent ensuite en France pour servir de combustible, tandis que le solde reste en Russie.

Un autre type de matière issue du cycle pose problème : l’uranium de retraitement, séparé lors du retraitement du combustible usé opéré à La Hague. Chaque année, près de 800 tonnes de cet uranium sont produites. Environ 500 tonnes n’ont pas d’usage et sont entreposées en France, 300 tonnes partent en Russie ou aux Pays-Bas, où elles sont réenrichies pour devenir du combustible utilisé dans la centrale de Cruas (Ardèche). Dans ce cas aussi, les rebuts du réenrichissement restent en Russie. Une lettre du ministère russe de l’énergie atomique, datée de 2003 et produite par Greenpeace, le confirme : "Les rebuts produits dans le processus d’enrichissement des matières importées sont laissés aux compagnies russes en tant que propriété d’Etat", écrivait le ministre M. Rumyantsev.

La circulation de ces matières - faiblement radioactives, mais qui ne peuvent être considérées comme anodines - relève-t-elle d’un commerce normal ? A l’heure où la Russie se pose comme un site possible de stockage international des déchets nucléaires (Le Monde du 1er octobre) et où un débat public se déroule en France sur les déchets nucléaires, l’action de Greenpeace pose la question et pousse à une transparence, pour l’instant très limitée.

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