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Par Coralie FEBVRE dans Libération du 3 janvier 2005

H & M, les grévistes dévoilent l’envers du décor

mardi 4 janvier 2005 par Coralie FEBVRE

Eteindre l’incendie. Rude tâche en perspective pour la direction d’H & M, qui entame cet après-midi une « discussion » avec les syndicats. Depuis mercredi ­ lendemain de l’expulsion par les CRS de l’entrepôt du Bourget occupé par les salariés ­, le conflit a changé de nature. La centaine de grévistes, issus principalement du site du Bourget (Seine-Saint-Denis), a tenté d’impliquer les vendeurs et les clients. Les revendications salariales ont viré à la dénonciation des conditions de travail. Et le blocage de l’entrepôt s’est mué en jeu de piste dans Paris.

Popularité. Expulsés, les grévistes ont manifesté devant huit magasins : Rennes, Haussmann, Saint-Lazare, Rivoli, les Halles, la Défense, Drancy et Roissy. L’occasion de mesurer la popularité croissante du mouvement. Boulevard Haussmann, des passantes se font expliquer le quotidien d’un manutentionnaire : cadences accélérées, cartons de 20 kg à porter, doigts écrasés par les trolleys. Rue de Rivoli, un chauffeur de bus adresse un Klaxon amical. Forum des Halles, des salariés de Morgan, de Zara ou de la Fnac se joignent à ceux d’H & M : « Il fallait bien que quelqu’un parle des méthodes employées dans le commerce. »

Rallier les vendeurs est plus délicat dans un univers peu habitué aux conflits sociaux (lire ci-contre). Les manifestants ont beau chanter « On se bat aussi pour vous ! », ils se heurtent partout aux mêmes regards fuyants : « Je suis en CDD et je ne veux pas d’emmerdes. » Enceinte, une vendeuse empoche le tract mais refuse de se joindre aux grévistes : « Si je suis virée, je mange comment ? » Joël Lefebvre, secrétaire général de la CGT Commerce, estime que les employeurs sélectionnent les profils qu’ils savent fragiles : « Même lorsqu’ils sont de passage, les étudiants peuvent devenir vindicatifs. Alors que les femmes seules, par exemple, acceptent tout : la pression constante, les inventaires de nuit, le travail dominical. »

Evaluations. A la lecture des tracts dénonçant « les spots qui t’aveuglent, les chefs qui te pistent », quelques sourires timides apparaissent. Vite réprimés quand pointe un superviseur. « Les entretiens annuels se déroulent en ce moment », explique Samia, déléguée CGT au magasin de la Défense. « Ici, les managers sont tout-puissants puisqu’ils évaluent notre "savoir être". Pour être bien vus, certains sont prêts à tout. » A l’écart, une vendeuse confirme : « En salle de repos, j’ai proposé un débrayage d’une heure. Quelqu’un a été cafter au "floor" ! (responsable de rayon, ndlr). » La perspective de monter en grade suffit à attiser la concurrence. « Pourtant, c’est largement illusoire », soupire un vendeur. « En deux ans et demi, je n’ai vu qu’une seule personne devenir manageuse. Elle a démissionné depuis, parce qu’on lui demandait de mettre trop de pression sur ses anciens collègues. »

A l’abri des regards, des coordonnées s’échangent. « On a des sympathisants dans tous les magasins, se réjouit Jules Pelmar (CGT). Ils nous préviennent quand la direction durcit les mesures de sécurité. »

A la Défense enfin, trois vendeurs franchissent le cordon de vigiles. Les grévistes triomphent : « Il en fallait au moins un pour donner aux autres le courage de nous rejoindre. »

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