Liste des auteurs

Un article de Yves Housson paru dans L’Humanité le 20 avril 2006

Haro sur les petits hôpitaux

jeudi 20 avril 2006 par Yves Housson
Santé . Un rapport commandé par le ministre de la Santé réclame la fermeture de 113 blocs opératoires dans des établissements de proximité, en invoquant la sécurité et la qualité.

Une seule solution, la fermeture. Dans un rapport remis au ministre de la Santé, le professeur Guy Vallancien, secrétaire général du Conseil national de la chirurgie, affirme que 113 blocs opératoires d’hôpitaux publics français ne respectent pas les normes de sécurité et de qualité et demande qu’ils soient purement et simplement rayés de la carte. « Certains hôpitaux de proximité maintiennent des services de chirurgie ne répondant pas aux critères de sécurité, de qualité et de continuité des soins. Leur fermeture doit être envisagée sans délai », peut-on lire dans le document, révélé par le Monde. Et d’expliquer : « Certains services de chirurgie sont dans une situation plus que précaire (...) soit parce que les blocs opératoires ou les salles de réveil ne sont pas aux normes, soit parce que l’activité est minimale et les chirurgiens parfois formés sans que l’on ne sache vraiment comment ni par qui. »

Xavier Bertrand en terrain miné

Selon le Conseil national de la chirurgie, à moins de 2 000 interventions par an pour 50 000 habitants, un bloc ne serait pas viable. C’est, semble-t-il, le critère principal retenu par l’auteur du rapport pour établir sa liste noire. « En raison d’une activité faible, justifie-t-il, certains chirurgiens perdent leur savoir-faire car faire peu expose à faire moins bien. »

La publication de ce rapport participe de l’offensive lancée depuis des années contre les hôpitaux de proximité, dans le contexte d’une politique de plus en plus dure de compression des dépenses de santé. Offensive qui rencontre souvent une forte résistance de la part des usagers, comme on l’a vu lors du projet de transfert du service chirurgie de l’hôpital de Sainte-Affrique (Aveyron), ou face à la fermeture de maternités, à Ivry (Val-de-Marne) ou à Paimpol (Côte-d’Armor). Conscient d’avancer en terrain miné, le ministre de la Santé a aussitôt pris quelque distance avec le pavé de Guy Vallancien. Xavier Bertrand affirme qu’il n’a « pas de plan » pour « fermer tel ou tel bloc », il veut d’abord « aller voir sur place quelle est la réalité dans chacun de ces 113 blocs », une enquête de terrain aurait été confiée aux agences régionales d’hospitalisation. Le ministre dit ne pas « croire » à la « règle » des 2 000 actes. « La seule chose qui compte, c’est la sécurité des patients : si la sécurité n’est pas au rendez-vous, il faut fermer », estime-t-il, tout en assurant cependant qu’il « n’a pas l’intention d’enterrer le rapport ».

Les cliniques Privées pas concernées

Étrangement, le rapport Vallancien a tenu à l’écart de son champ d’investigation les établissements privés, le plus souvent des cliniques elles aussi de petite taille. Le secteur privé accapare une part sans cesse croissante de l’activité chirurgie (plus de 50 % désormais) et il augmenterait certainement sa prédominance si le plan Vallancien était mis en oeuvre. Bizarrement aussi, le CNC n’envisage que la fermeture en guise de traitement des éventuels problèmes de sécurité et de qualité des blocs opératoires. D’autres pistes pourraient être suivies, font valoir des médecins, comme un effort de formation pour les praticiens qui en manqueraient, l’organisation de réseaux, de collaborations entre petites et grandes structures, des investissements accrus pour respecter les normes sanitaires. Enfin, plutôt que de le confier aux agences régionales d’hospitalisation, structures bureaucratiques sous la tutelle du ministère, l’avenir des établissements de proximité ne devrait-il pas faire l’objet d’une large concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, usagers, élus, professionnels de santé ?


Double jeu gouvernemental

Le rapport du CNC n’est pas un scoop. Un précédent document, déjà réalisé par le CNC à la demande de Xavier Bertrand, proposait en septembre 2005 « la fermeture des services de chirurgie dans les établissements qui n’ont pas atteint un seuil critique d’activité » fixé - tiens donc ! - à ... 2 000 interventions par an (l’Humanité du 14 septembre). Un chiffrage officieux évaluait à environ 150 le nombre d’hôpitaux concernés. Devant le tollé, le ministre avait alors enterré le rapport, démentant toute idée « de fermer 150 établissements ». Il le ressort aujourd’hui dans une version relookée, ce qui prouve que ce projet fait bien partie du rationnement de l’offre de soins mis en place par le gouvernement.


De premières réactions d’indignation

« Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » Dr Arlette Faixa, docteur aux ur- gences de l’hôpital de Gourdon (46). « Les professionnels des grandes villes ont toujours été favorables à la fermeture de petites structures. Ils ré- pètent que nos établissements sont dangereux. Ce message s’est répandu dans la population et les gens viennent moins dans notre hôpital. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. C’est vrai, l’activité de la chirurgie di- minue d’année en année à Gourdon. Il est donc difficile de préserver le bloc opératoire dans ces conditions. Mais la fermeture de la maternité a eu un impact dans l’affaiblissement de ce service. Cette baisse d’activité est orchestrée depuis longtemps, car le principe de précaution et les normes ont pris une telle ampleur qu’il est très cher de les appliquer partout. Les gens nous soutiennent dans la rue pour manifester contre la fermeture des services de santé mais il serait encore mieux qu’ils viennent se faire soigner à l’hôpital de Gourdon ! »

« Douloureux,éclairant » Bernard Defaix, porte-parole du collectif de défense et de développement des services publics. « Ce rapport n’est pas du tout une surprise. De nombreux hôpitaux de proximité sont déjà en danger. Leur dangerosité, argument toujours soulevé pour qui veut les fermer, reste à prouver. Et même si elle l’était, cela montrerait de toute manière qu’il faut faire le choix de donner plus de moyens à ces établissements financièrement asphyxiés. Les personnels de santé ne peuvent pas faire correctement leur travail à cause du peu de moyens qui sont alloués. Par ailleurs, l’éloignement des hôpitaux pose la question du retard des soins et du transport des malades dans certaines situations. Ce rapport est donc à la fois extrêmement douloureux et éclairant, car il sacrifie le service public sur l’autel de la finance. Le ministre de la Santé ne veut pas l’enterrer, ce qui me préoccupe. Il veut faire une enquête de terrain, mais, en démocratie, il est important que cette enquête soit indépendante et se préoccupe de l’avis des malades, qui sont les principaux intéressés. »

« Un texte insultant pour les personnels » Jacqueline Fraysse, députée PCF des Hauts-de-Seine. « Encore une fois, c’est l’hôpital public qui est visé. Les blocs seraient vétustes ? C’est affaire de choix politique, de moyens décidés pour la modernisation des hôpitaux comme de formation de personnels en nombre suffisant. Le ministre dit qu’il ne veut pas fermer les établissements, mais supprimer les blocs leur serait fatal. C’est porter atteinte au maillage hospitalier, et faire courir un risque majeur au patient quand le pronostic vital est engagé. Ensuite, ce rapport est insultant pour les personnels : ainsi les chirurgiens seraient mal formés, et ces hôpitaux dangereux ? De qui se moque-t-on ? Les chirurgiens sont tous diplômés d’État, formés à un très haut niveau dans les universités. En fait, le gouvernement est prêt à tout pour justifier sa politique de restriction au profit de structures privées auxquelles n’auront accès que ceux qui en ont les moyens. »

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !