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Un article de Jean-Paul ROUSSET paru dans Libération du 14 septembre 2005

Hewlett Packard : « Pourquoi nous ? Nos sites sont les plus productifs d’Europe »

mercredi 14 septembre 2005 par Jean-Paul ROUSSET
Salariés sous le choc à Grenoble après l’annonce de la suppression d’un quart des postes.

On pourrait presque croire à un campus universitaire. Les énormes bâtiments de Hewlett Packard (HP), plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés plantés à Eybens, dans la banlieue de Grenoble, sont comme une ville dans la ville. Une cafétéria à l’ambiance feutrée, habillée de bois clair, avec de grandes baies vitrées. Des patios qui donnent sur des petits jardins ombragés, où des salariés aux allures de geeks, ces fanas d’informatique, prolongent la pause déjeuner sous des bosquets de bambous. Toutes les apparences de la sérénité. Mais hier, des ingénieurs pleuraient dans les couloirs. A la machine à café, les visages sont tendus, les yeux rougis. « Excusez-moi, mais je suis sous le choc », explique ce chef de projet qui ne veut pas parler de l’annonce du nouveau plan de suppression d’emplois de HP. Le troisième que le géant de l’informatique américain entreprend en France. Car cette fois-ci, le sentiment d’incompréhension domine. « Il y a trois ans, 25 % d’effectifs en moins, ça pouvait se comprendre, admet Guy Sauer, délégué syndical CGC. Mais pas aujourd’hui, surtout quand nos sites sont les plus productifs d’Europe. » Ici, il n’est pas question de la concurrence chinoise, ni de délocalisation ou encore de baisse de l’activité. Juste d’améliorer la rentabilité du groupe.

Semonce. Le nouveau PDG de HP, Mark Hurd, a pris ses fonctions suite au débarquement brutal de la précédente CEO, Carly Fiorina, dont on retiendra surtout l’opération de rachat et de fusion avec Compaq. Hurd est arrivé le 1er avril, une date presque perçue aujourd’hui comme une mauvaise blague par les salariés français, qui n’ont jamais eu le loisir de le rencontrer. Ils ont juste eu droit à un coup de semonce, le nouveau boss ordonnant la réduction des effectifs dans les pays « à coûts élevés ». Dès le début de l’été, Mark Hurd annonçait un grand coup de balai mondial : 14 500 postes, soit 10 % de l’effectif global. Lundi, la suppression de 1 240 postes sur les différents sites français était officialisée (lire ci-contre) : un quart des effectifs, et surtout, plus de deux fois et demie la moyenne mondiale, la moyenne européenne se situant elle à 15 %. La France apparaît comme le pays le plus touché par cette restructuration. « Est-ce qu’on est vu comme des glandeurs ? Il y a beaucoup d’idées reçues sur la France de la part de la direction américaine, qui ne demandent qu’à être exploitées, poursuit Guy Sauer. La direction a déjà évoqué l’idée de renégocier les 35 heures. »

Des idées reçues, ou une incompréhension réciproque absolue, signe que les temps ont changé. « Chez HP, il y a toujours eu deux valeurs clés : le souci de l’innovation et le respect, raconte Arne Lührs, 48 ans, dont vingt-deux passés chez le constructeur nord-américain. D’une part, aucune idée n’était trop folle pour l’entreprise, d’autre part, on était intégrés dans un tissu social, c’était "la famille HP", en quelque sorte. » Ce chef architecte dessinateur de la branche télécoms a encore du mal à émettre des critiques sur son entreprise-famille. Pourtant, cheveux en bataille, tee-shirt et mine bronzée contrastent avec son désappointement. Les quelques sourires virent au rictus, puis l’émotion le submerge. « Aujourd’hui, on est considéré par la direction mondiale comme un boulet. C’est très insultant. On nous dit en gros : votre créativité, c’est un coût, et il est très élevé », poursuit Lührs.

Paternalisme. Et il n’est pas le seul à dresser ce constat, dans une entreprise qui compte 90 % de cadres, accoutumés à des conditions de travail assez exceptionnelles. « Depuis que Carly Fiorina a voulu accoler la signature "Invent" au logo, on n’invente plus rien », se désole un ingénieur. Si Hewlett Packard a toujours été un modèle d’entreprise capitaliste, avec culture de la performance et des résultats, elle était mâtinée d’une forme de paternalisme. L’une de ces fortes traditions était de faire évoluer les gens. Le « passage cadre » a ainsi permis à des centaines de salariés de suivre des formations externes, prises en charge par HP, pour grimper d’un niveau de technicien à celui d’ingénieur. Aujourd’hui, comme le souligne Christophe Hagenmuller, délégué central CGC, « les gens tombent des nues lorsqu’ils voient que tout ça ne sera plus possible ». Vendredi, ils devraient être exceptionnellement nombreux à répondre à l’appel à la grève lancé par l’intersyndicale.


HP sur le sol français

Depuis le rachat et la fusion avec le constructeur texan Compaq, finalisée en 2003, Hewlett Packard s’est réorganisée plusieurs fois.

Sur le sol français, HP est divisée en deux entités, HP France (HPF) et HP Centre de compétences France (HP CCF). Elles sont réparties en cinq implantations principales. Notamment en charge de la commercialisation et du marketing pour le marché français, HP F regroupe 1 900 salariés en région parisienne (Les Ulis et Issy-les-Moulineaux). Avec ses 2 800 personnes sur les sites de L’Isle-d’Abeau (près de Lyon), d’Eybens dans la banlieue de Grenoble, et à Sophia-Antipolis, HPCCF n’a presque plus d’activité de production proprement dite. Son métier, organisé en unités spécialisées dans une activité (les branches services, PC, imprimantes, gros systèmes...), est de concevoir de nouveaux produits et des process. Par ailleurs, HPCCF a un rôle important de service auprès de ses gros clients

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