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Article de Nathalie Brafman paru dans Le Monde du 28 juillet 2006

Hewlett-Packard contraint d’embaucher en France

vendredi 28 juillet 2006 par Nathalie Brafman

Le plan social du groupe informatique américain Hewlett-Packard (HP) restera sans doute dans les annales. Confronté à trop de départs volontaires, l’entreprise va être obligée de réembaucher en France.

En septembre 2005, HP avait annoncé la suppression de 5 969 emplois en Europe dont 1 240 en France. Les sites d’activités à vocation mondiale comme Grenoble, l’Isle d’Abeau (Isère), Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes) étaient les plus touchés par rapport à ceux concentrés sur le marché français : les Ulis (Essonne) et Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

Mais devant le tollé politico-syndical, le PDG, Patrick Starck, - qui a quitté le groupe entre-temps - avait revu ce plan social à la baisse. Il s’était engagé à sauvegarder 383 emplois en échange de la remise en cause de l’accord des 35 heures. Désormais les salariés travaillent 216 jours contre 206 jours auparavant.

Or, le groupe, qui devait supprimer 857 emplois, se retrouve aujourd’hui à devoir gérer, selon les syndicats, 346 départs supplémentaires dont 208 chez HP France et 138 chez HPCCF (où travaillent les équipes à vocation internationale). Des désistements sont néanmoins attendus. La direction de son côté avance 122 volontaires supplémentaires.

"Géographiquement, il y a un bon équilibre sur tous les sites entre les postes supprimés et les volontariats, sauf à Issy et aux Ulis où il y a un excédent de volontaires (+ 40 % à + 50 %), note le syndicat CFTC dans un document disponible sur son blog. Par départements, les chiffres sont équilibrés sauf aux services généraux où il y a beaucoup trop de volontaires et aux ressources humaines où il n’y en a pas assez. Par catégorie, il y a trop de cadres volontaires (196 chez HPF et 144 chez HP CCF) et beaucoup trop en marketing (+ 78)."

Pourquoi une telle ruée au guichet départs ? Certes les indemnités sont conséquentes : un minimum de 50 000 euros avec un plafond de 400 000 euros. Mais cette politique généreuse n’explique pas tout. "Il faut regarder l’ambiance qui règne dans l’entreprise, explique un salarié. Depuis des mois, on baigne dans une atmosphère de démotivation. La direction devrait s’interroger sur les méthodes de management de ses cadres."

La CGT de son côté a dénoncé un "grand gâchis" et s’inquiète de la "pérennité" du groupe en France. "Le message trop souvent entendu ("si t’es pas content, t’as qu’à partir") semble avoir été reçu cinq sur cinq par trop de salariés", dénonce le syndicat CFE-CGC qui a plaidé auprès de la direction générale pour que tous les salariés souhaitant partir puissent le faire.

"DYNAMIQUE DE CROISSANCE"

Des propos qui font bondir la direction des ressources humaines. "Il peut y avoir ici ou là des problèmes de management. Mais je conteste cette vision d’une ambiance détestable chez Hewlett-Packard . Ce n’est quand même pas le goulag !", s’indigne Pierre-Yves Tilly, le directeur des ressources humaines. Qui sont les salariés candidats au départ ? Difficile d’établir un portrait robot. En dehors des 146 préretraités, on trouve de tout : cadres, non-cadres, jeunes et moins jeunes.

Les candidats au départ, tous volontaires, ont pu peaufiner leur avenir. Selon la CFE-CGC, 87 % d’entre-eux ont bouclé leur projet de reclassement avant même la mise en oeuvre du plan de sauvegarde pour l’emploi, 44 % ont retrouvé un contrat à durée indéterminée, 19 % ont finalisé leur projet de création d’entreprise et 24 % un projet de reconversion professionnelle. Certains en ont profité pour réaliser leur rêve : une salariée a repris une formation à l’Ecole Boulle pour apprendre la restauration de meubles anciens. Un autre a créé un club de plongée à Bora Bora en Polynésie.

Au terme de plusieurs comités d’entreprise extraordinaires, les syndicats ont obtenu que tous les salariés candidats au départ puissent quitter l’entreprise, qu’il n’y ait pas de licenciements forcés et l’engagement de la direction de réembaucher d’ici fin 2007.

Mais si cette dernière a accepté de compenser l’excédent de départs par 60 embauches rapides dans les fonctions commerciales chez HP France et jusqu’à 170 d’ici fin 2007 - 200 selon les syndicats - les négociations ont été âpres chez HP CCF. En effet, le groupe semble plutôt tenté de renforcer le personnel de ces deux laboratoires de recherche situés à Sofia et à Dublin plutôt que de recruter encore des ingénieurs en France. "Face au départ de 137 volontaires excédentaires, la direction proposait initialement 26 embauches", a indiqué le 26 juillet l’intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CGT, FO HP CCF au terme d’un comité d’entreprise extraordinaire marathon. Finalement, elle a accepté de recruter rapidement 40 personnes et 80 d’ici fin 2007.

Ce qui au total porterait le nombre de recrutement à 250 personnes, soit 128 personnes de plus que le nombre de volontaires supplémentaires au départ avancé par la direction. Comment expliquer une telle différence ? "Malgré ce plan social, nous sommes dans une dynamique de croissance forte en France", explique M. Tilly. S’il reconnaît que sur le court terme, les départs supplémentaires peuvent poser des problèmes d’organisation, ils sont aussi l’occasion d’apporter du "sang neuf".

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