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Article de Lamia Oualalou paru dans Le Figaro du 26 avril 2006

Hier au bord de la pénurie, le Brésil aujourd’hui autosuffisant en pétrole

mercredi 26 avril 2006 par Lamia Oualalou
L’entreprise nationale Petrobras est devenue le leader mondial de l’exploration en eau profonde.

C’EST en lançant, vendredi dernier, l’extraction d’un gisement en eaux profondes au large de Rio de Janeiro que le président Luiz Inacio « Lula » da Silva a fait savoir que son pays était devenu autosuffisant en pétrole. Lula a choisi le 21 avril, jour férié, anniversaire de la mort du héros de l’indépendance Tiradentes pour dire l’« orgueil du Brésil » d’afficher une production de 1,9 million barils/jour (autant que le Koweït, plus que la Lybie et l’Angola), environ 100 000 de plus qu’il n’en consomme. Le géant latino-américain revient de loin. En 2001, le gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso avait lancé un programme de rationnement d’électricité, dommageable à la croissance, pour éviter la pénurie.

La question énergétique au centre de la politique

L’arrivée à la tête du ministère de l’Energie de Dilma Roussef en 2003 a placé la question énergétique au centre de la politique. Celle qui est devenue en juin dernier chef de la maison civile de Lula (équivalent de premier ministre) a bataillé pour diversifier les sources d’électricité, tout en travaillant à l’intégration régionale. Elle a surtout réaffirmé le caractère public de l’entreprise nationale Petrobras. Car même si depuis 1995, la compagnie n’a plus le monopole de la production, elle reste l’artisan de l’autosuffisance pétrolière, vitale alors que le baril de pétrole s’est installé au-dessus de 70 dollars.

Le Brésil accueille aujourd’hui 31 entreprises, qui exploitent les nouveaux blocs concédés. Mais Petrobras, qui est devenue cette année la première entreprise d’Amérique latine, continue d’être responsable de 96,4% de la production du pétrole, et de la totalité du gaz. Une domination qui s’explique surtout par son avance technologique. Depuis les années 80, l’entreprise est devenue le leader mondial de l’exploration en eaux profondes, avec des gisements situés jusqu’à 2 000 mètres de profondeur et une recherche orientée aujourd’hui sur les 3 000 mètres. Les réserves prouvées se sont envolées, la production aussi.

Petrobras a les moyens : son nouveau plan stratégique, annoncé en mai 2005, table sur des investissements de l’ordre de 56,4 milliards de dollars d’ici à 2010, plus de dix milliards par an. Cette richesse, elle la doit aussi à la possibilité que lui reconnaît le gouvernement de facturer ses produits aux tarifs internationaux, alors même que ses coûts de production locaux n’augmentent pas. Mais du coup, l’essence à la pompe coûte plus cher qu’aux Etats-Unis, pays non autosuffisant. Ce qui alimente l’inflation, empêche la banque centrale de baisser ses taux d’intérêt (15,75%) qui constituent le nouveau frein de la croissance économique.

Surtout, la stratégie de rentabilité à court terme de Petrobras, cotée à la Bourse de New York, la pousse déjà à exporter ce pétrole. « Pourtant les réserves ne dureront pas plus de vingt ans », estime Paulo Metri, chercheur au laboratoire des politiques publiques de l’université de l’Etat de Rio de Janeiro. « Exporter implique réduire de nouveau notre horizon d’autosuffisance, et importer de nouveau quand les prix seront encore plus élevés. »

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