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Un article de Jean-Michel Caroit paru dans LE MONDE du 29 avril 2006

Hugo Chavez soutient les mairies sandinistes en leur livrant du pétrole

samedi 29 avril 2006 par Jean-Michel Caroit

Ingérence du bouillant président vénézuélien Hugo Chavez dans la campagne électorale en vue de la présidence du Nicaragua ou solidarité avec un petit pays d’Amérique centrale dont l’économie est malmenée par la flambée des cours de l’or noir ? La polémique fait rage à Managua depuis la signature, mardi 25 avril à Caracas, d’un accord de fourniture de pétrole entre la compagnie nationale vénézuélienne (PDVSA) et 51 municipalités contrôlées par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche).

Hugo Chavez a apporté son soutien au candidat sandiniste Daniel Ortega (président entre 1985 et 1990), qui a servi de parrain à la signature de l’accord pétrolier. "La révolution sandiniste, les sandinistes et leur dirigeant Daniel Ortega sont plus vivants que jamais", a déclaré M. Chavez lors de son programme télévisé "Allô Président !", dimanche 23 avril, en présence de M. Ortega. L’accord prévoit la fourniture de 10 millions de barils par an, au prix du marché. 60 % de ces quantités devront être réglés à 90 jours et les 40 % restants bénéficieront d’un crédit de 25 ans, à un taux bonifié de 1 % avec deux ans de grâce. L’accord a donné naissance à une entreprise mixte, Alba Petroleos de Nicaragua, formée par PDVSA et les municipalités constituées en association.

L’ancien maire sandiniste de Managua, Herty Lewites, qui a rompu avec le FSLN et se présente à l’élection présidentielle du 5 novembre en indépendant, a qualifié l’accord pétrolier de "coup publicitaire" en faveur de Daniel Ortega. Eduardo Montealegre, l’un des deux candidats de droite qui est légèrement en tête selon le dernier sondage Gallup, a accusé Hugo Chavez d’"interventionnisme". "Chavez intervient en donnant de l’argent, en achetant des volontés et en manipulant le coeur des gens", a-t-il déclaré au quotidien La Prensa.

Le porte-parole du président Enrique Bolaños (droite) a mis en garde contre l’alourdissement de la dette extérieure du Nicaragua. Lindolfo Monjarretez a rappelé que la loi autorise la libre importation des hydrocarbures, tout en soulignant que l’Etat n’était pas garant des engagements des municipalités.

Le patronat a accueilli l’accord pétrolier avec prudence. Le Conseil supérieur de l’entreprise privée (Cosep) a demandé de ne pas "politiser" cet accord. "Il ne réduit pas la dépendance énergétique du Nicaragua", a observé Erwin Krüger, le président du Cosep. Les élus sandinistes ont rejeté les critiques, faisant valoir que la hausse du prix des carburants provoquait des coupures d’électricité et des perturbations dans les transports publics.

PAS DE REMOUS AU SALVADOR

Au Salvador, seize municipalités contrôlées par le Front Farabundo Marti pour la libération nationale (gauche) ont signé un accord comparable de fourniture de pétrole avec PDVSA, début avril, sans créer de remous dans ce petit pays centraméricain, dirigé lui aussi par un président de droite.

L’accord avec les municipalités du Nicaragua est semblable à ceux qu’a signés le président Chavez avec une quinzaine de pays des Caraïbes dans le cadre de PetroCaribe. Lundi, il a reçu à Caracas le président élu haïtien René Préval, pour lui proposer d’en faire bénéficier Haïti. Le président du Guatemala, Oscar Berger, un homme de droite, a annoncé qu’il demanderait à Hugo Chavez de bénéficier du même traitement favorable.

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