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Un article de Marc Leras paru dans L’Humanité le 26 novembre 2005

ITER le réacteur nucléaire qui va développer toute une région

samedi 26 novembre 2005 par Marc Leras
Le programme international de réacteur à fusion nucléaire, ITER, projet scientifique majeur qui va s’établir à cheval sur quatre départements de la région PACA, relève d’immenses défis : foncier, emploi, transport.

C’est officiel depuis juin dernier ! Conquis de haute lutte face au projet japonais, qui a obtenu en échange de très sérieuses compensations, ITER s’installera bien en France, dans les locaux du CEA de Cadarache. Programme international de réacteur à fusion nucléaire - souvent comparé à un soleil miniature source d’énergie inépuisable -, ITER est annoncé comme un bouleversement profond de l’économie régionale. Aux confins de quatre départements (Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse, Alpes-de-Haute-Provence), l’adaptation du site de Cadarache, les chantiers à venir et l’arrivée programmée de chercheurs et techniciens étrangers forcent les élus locaux et les divers acteurs à repenser le développement local, avec des priorités sur le transport et le logement.

« PACA est actuellement sous-dotée au niveau des transports, et si rien n’est fait la région deviendra un cul-de-sac à l’heure du Lyon-Turin », s’alarmait le 17 octobre dernier le préfet de région Christian Frémont devant des représentants d’entreprises et de collectivités réunis à Marseille pour le premier colloque « Réussir ITER ». « Le développement d’un véritable RER entre Digne et Marseille doit être une priorité. La réaction va devoir être très rapide. »

Avec 1 400 emplois directs et 4 000 emplois indirects selon la CCI Provence-Corse, 4,6 milliards d’euros d’investissements internationaux pour bâtir le réacteur, 4,8 milliards pour la maintenance sur vingt ans et 155 millions pour les infrastructures locales, ITER s’annonce bien comme une manne pour la région. Encore faudra-t-il être capable de loger et de transporter les artisans d’ITER en cohérence. D’ores et déjà, le chantier de la future école internationale représente à lui seul 55 millions d’euros. Si la construction d’ITER démarre - au mieux - en 2006, la livraison des équipements est prévue en 2016 pour une activité qui devrait durer vingt ans.

Certains communistes des Alpes-de-Haute-Provenc soulignent que les appels d’offres pour ce chantier se feront par grandes tranches, à l’international, chaque pays participant à l’opération bénéficiant d’une part de marché proportionnelle à sa contribution financière. La logique libérale risque fort de trouver avec ce chantier un terrain d’expérience pour « la libre circulation des hommes, des services, des marchandises et des capitaux » et la déréglementation du droit du travail. Rien n’est en effet décidé sur la structure de coordination du chantier. On peut alors s’interroger pour savoir si elle pourra imposer le droit du travail français pour des salariés dont on ignore encore de quel statut, de quel salaire et de quelles conditions de travail ils bénéficieront.

La question de l’abondement du budget est également posée. Si la Chine, la Corée du Sud, le Japon, la Russie et les États-Unis doivent régler la moitié de la note, l’autre moitié reste à la charge de l’hôte, c’est-à-dire l’Union européenne. Pour emporter la partie, la France avait promis de payer les deux cinquièmes de la part européenne. Or, pour l’heure, seules les collectivités locales se sont clairement engagée à hauteur de 457 millions d’euros. Qui paiera la différence ? Le gouvernement n’a pour l’heure inscrit pour ITER aucun euro au budget de la recherche, déjà malmené, et risque fort de se retourner à nouveau vers les collectivités ou même le CEA de Cadarache, qui devra alors abandonner d’autres programmes. « L’État devra payer ou bien il aura un problème devant le consortium mondial, estime Alain Hayot, vice-président (PCF) du conseil régional PACA. L’État a pris des engagements qu’il doit tenir. Les collectivités ont déjà voté leurs participations, elles ne mettront pas un centime de plus. »

« Nous avons voté les crédits pour ITER le 21 octobre et, au vu du comportement de l’État, nous les avons fléchés », raconte Jean-Marc Coppola, vice-président (PCF) du conseil régional PACA. « Nous payons 72 millions pour la machine et 82 millions pour le lycée international et pour des infrastructures de transports et d’aménagement du territoire. On ne nous fera pas financer n’importe quoi n’importe comment sans que nous ayons notre mot à dire. »

Outre l’opposition des écologistes au programme ITER - le groupe Verts au conseil régional PACA, composante de la majorité, a voté contre les crédits régionaux prévus pour le projet - qui souhaiteraient que les financements soient dédiés aux recherches sur les énergies alternatives au pétrole et au nucléaire, de nombreux habitants des départements concernés s’inquiètent de l’inévitable flambée des terrains et des habitations autour de Cadarache.

« La région va lutter contre ce phénomène à travers l’établissement foncier public régional, qui aide les collectivités à constituer des réserves foncières et des zones à aménagement différé, constate Alain Hayot. Mais il faut aussi se calmer. ITER est un projet sur trente ans, on n’est qu’au début du processus et on n’aura pas des milliers d’emplois et d’arrivants dans les trois jours. Il faut garder une maîtrise publique de cette affaire afin d’éviter les dérapages spéculatifs. Dans le même temps, ITER est l’un des rares programmes mondiaux dans le domaine de la recherche. Tout y est nouveau, et il faut réfléchir à un mode de gouvernance altermondialiste que nous pourrons concrétiser. »


« Le fruit d’années de coopération internationale »

Selon Jean-Claude Cauvin, ancien membre du CEA, avec ITER, il n’y a plus de déchets nucléaires, d’émissions polluantes de CO2 et de risques d’épuisement des ressources.

Jean-Claude Gauvin est un ancien administrateur salarié du CEA, responsable du PCF à Manosque, et membre de la commission nationale énergie du PCF.

La fusion nucléaire est un vieux projet dont ITER serait l’aboutissement ?

Jean-Claude Cauvin. Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté scientifique internationale engageait les premières réflexions et travaux dans ce domaine. Depuis trente-cinq ans, des machines successives ont réalisé des progrès importants qui permettent de penser que lest à portée de main. La coopération scientifique qui s’est amorcée en pleine guerre froide, dès 1958, a été un élément décisif pour ces avancées. Cette coopération a pris une nouvelle dimension lorsque, en 1986, répondant à une proposition de Gorbatchev, trois partenaires (États-Unis, URSS, Union européenne) s’associaient pour étudier une étape nouvelle afin de confirmer définitivement la faisabilité de la maîtrise de la fusion. C’était l’acte de naissance du projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), dont la réalisation vient de faire l’objet d’un protocole d’accord signé le 28 juin entre six partenaires (Europe, Japon, Chine, Corée du Sud, États-Unis, Russie). L’engagement de ce projet sur le site de Cadarache constituera un moment décisif dans le long processus de développement des connaissances dans le domaine de la fusion et dans la place que la France et l’Europe occuperont dans ce domaine. Ce projet, qui concrétise des années de coopérations internationales, sera le moteur d’une activité scientifique internationale importante dont on mesure encore mal toutes les retombées scientifiques, techniques, industrielles, économiques et sociales.

Quel est l’objectif d’ITER ?

Jean-Claude Cauvin. C’est d’abord dans le domaine de la production d’énergie que la fusion thermonucléaire ouvre de nouveaux espoirs. Avec cette technique, les risques les plus importants associés au nucléaire de fission (déchets et excursion de puissance) n’existent pas, les réserves en « combustible » (deutérium et lithium) repoussent très loin le spectre de l’épuisement des ressources, les émissions de CO2 avec leurs conséquences sur le dérèglement climatique sont inexistantes. Ce seul enjeu énergétique justifie pleinement que tout soit mis en oeuvre pour le succès de cette aventure, même si personne ne peut en garantir le succès et préciser les échéances.

Entretien réalisé par M. L.

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