Liste des auteurs

Propos recueillis par Sylvestre HUET publiés dans Libération du 15 juin 2006

« Il faut continuer à taxer les émissions de CO2 »

jeudi 15 juin 2006 par Sylvestre Huet
Jean-Charles Hourcade, du Cired (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement) estime qu’il faut faire payer le vrai prix de l’énergie, pour pousser les consommateurs à réduire leur demande.

Les énergies nouvelles et renouvelables (ENR) sont-elles une utopie ou une alternative réelle ?

A long terme, elles sont une nécessité, puisque les stocks d’énergie fossile sont épuisables. A moyen terme, à l’échelle de notre siècle, les énergies renouvelables sont une alternative réelle pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, afin d’atténuer les tensions sur les ressources en hydrocarbures et le changement climatique. Mais faire des ENR une utopie attractive suppose de réunir les conditions économiques nécessaires à leur déploiement à grande échelle.

C’est facile d’afficher des objectifs pour la pénétration des énergies nouvelles, mais cela coûte, et il faut faire payer au consommateur le coût réel de l’énergie. Cette vérité des prix, prônée à juste titre pour les énergies fossiles et le nucléaire, doit s’appliquer à toutes les énergies. Si l’on défiscalise totalement les biocarburants pour accentuer leur utilisation, le manque à gagner devra être récupéré ailleurs. L’objectif de la France de 2 millions de tonnes de biocarburants en 2010 représente, avec une défiscalisation de 0,5 euro par litre, 1,2 milliard d’euros de rentrées fiscales à récupérer. Si l’on n’y prend pas garde, des aides aux énergies nouvelles peuvent combiner inefficacité énergétique et coûts élevés ­ et masqués ­ pour la collectivité. A long terme, cela peut décrédibiliser les énergies nouvelles et renouvelables. C’est pourquoi il vaut mieux taxer le gaz carbonique émis par les sources fossiles que subventionner directement les ENR.

Jusqu’où peut aller l’éolien ?

C’est une énergie proche de la rentabilité dans des lieux précis, mais son potentiel est limité en raison de son caractère intermittent et imprévisible. Il sera donc difficile d’aller au-delà de 10 % de la production d’électricité pour la France. Et puis, des oppositions sur l’impact paysager se développent déjà, alors qu’il faudrait plusieurs milliers d’éoliennes, même pour une part réduite de la production électrique nationale.

Par ailleurs, il n’existe pas d’énergie parfaitement « propre », chacune a ses inconvénients qu’il faut prendre en compte dès le départ. Là encore, la vérité des prix doit être établie : la production éolienne visée pour 2010 représentera un surcoût d’environ 2 milliards d’euros pour les usagers.

Et les biocarburants, quel potentiel détiennent-ils ?

Pour la France, le potentiel est important. A condition de ne pas se laisser aller au bon plaisir des lobbies agricoles ou pétroliers, et de séparer le soutien à l’agriculture du coût net pour la société. En termes de potentiel de production sur notre sol, on ne peut produire plus de 10 à 15 % de notre consommation actuelle. A fiscalité identique, l’essence issue du pétrole restera moins coûteuse. L’Opep a ainsi le moyen d’empêcher toute percée majeure des biocarburants en laissant dériver à la baisse les prix du pétrole. Leur avenir va se jouer dans des pays comme le Brésil, qui est déjà pourvoyeur à l’échelle mondiale, au prix d’une déforestation massive. Les conflits d’usage de la terre avec les ressources alimentaires joueront un grand rôle.

Les ENR peuvent-elles devenir notre source d’énergie principale ?

Difficile à dire, mais écartons la vision angélique. L’aménagement des grands fleuves, pour réguler leur débit et assurer la production d’électricité, a été réalisé dans les pays industrialisés. C’est, et pour longtemps, la principale source d’énergie renouvelable. L’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine ne manqueront pas d’imiter cet exemple, comme la Chine avec le barrage des Trois-Gorges. Ces aménagements ne sont pas indolores pour l’environnement.

Si les ENR sont manipulées comme des mots d’ordre politiques, alors je crains fort que l’on ne multiplie les contre-exemples. En revanche, si les conditions de leur déploiement sont bien encadrées et que l’on intègre leur coût économique et social réel, alors leur développement sera important. Pour les trente ans à venir, leur contribution à la réduction de la consommation d’énergies fossiles restera moins importante que les économies d’énergie. Les grandes proclamations sur les ENR peuvent faire oublier les coûts totaux de l’énergie, pollutions (locales ou globales) et conflits armés compris. Et donc occulter la nécessité de faire évoluer les modes de consommation. Par exemple, l’essor du 4 x 4 après la suppression de la vignette auto peut réduire à néant des années d’efforts sur l’éolien. L’enjeu principal des prochaines décennies, c’est la demande.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !