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Un article de Paule Masson paru dans l’Humanité du 21 février 2005

Imbroglio syndical autour de l’euromanif

lundi 21 février 2005 par Paule Masson
L’affrontement entre le « oui » et le « non » à la constitution bouscule le débat syndical. Alors que la CFDT se porte au secours du traité, FO ne manifestera pas à Bruxelles le 19 mars.

Dans un contexte marqué par une dynamique en faveur du « non » au traité constitutionnel, la CFDT a décidé de se porter au secours de ses promoteurs. Et pas qu’un peu ! Syndicat qui, d’entre tous, s’autofélicite de son indépendance vis-à-vis « du politique », la CFDT ne se contente pas de réaffirmer une « appréciation positive du texte qui repose sur son analyse d’un point de vue syndical », elle décide aussi de se lancer dans la campagne électorale en organisant un « meeting en faveur du traité constitutionnel » début mai. « Il est temps de passer à l’offensive », lance François Chérèque dans l’éditorial de l’hebdomadaire de la confédération, Syndicalisme hebdo. Le leader cédétiste justifie cet appel enthousiaste au nom du « modèle social de l’Europe que nous soutenons ». La CFDT tente de démontrer qu’un « coup d’arrêt au processus européen ne favoriserait que les partisans du grand marché », entendu que les textes actuels, et particulièrement le traité de Nice, seraient moins favorables que le projet de constitution qui apporte « un minimum d’encadrement social et politique ».

Voilà qui risque d’attiser le feu du débat syndical, qui, en France, se clive sur le soutien ou le rejet et discute de l’opportunité ou non d’émettre un avis électoral dans le cadre d’un scrutin qui concerne un texte et non l’élection de représentants politiques. À l’opposé de la CFDT, la CGT est maintenant calée sur un « rejet » du texte, sans appel formel à voter, et ce après un âpre débat qui a vu s’opposer une majorité du comité national confédéral au secrétaire général. Au centre de cet échiquier, FO tente de tenir le cap d’une « neutralité syndicale », tout en étant extrêmement critique sur la construction européenne et le pacte de stabilité. Le comité national confédéral de septembre 2004 a adopté une résolution appelant à « une réorientation urgente de la construction européenne qui fasse du progrès social un objectif prioritaire ». Un CCN devrait discuter de la constitution en mars. En attendant, le secrétaire général, Jean-Claude Mailly, a annoncé, dans l’éditorial de FO cette semaine, ne pas appeler ses militants à manifester le 19 mars prochain à Bruxelles... Au nom de la crainte que l’euromanifestation soit parasité par le débat sur le traité constitutionnel.

La Confédération européenne des syndicats, à l’origine d’un appel à manifester pour de vrais emplois, pour l’Europe sociale, contre la directive Bolkestein et celle qui révise et allonge la durée du temps de travail a, explique Jean-Claude Mailly, dans un premier temps, inscrit dans ses motifs un soutien au traité constitutionnel, considéré « malgré certaines faiblesses », comme un « renfort » pour l’Europe sociale. Mais les remous provoqués par cette initiative ont suscité une marche arrière de la CES qui a retiré l’appel de son site Internet.

Quoi qu’il en soit, FO, qui avait l’intention d’envoyer « une délégation », s’abstiendra d’appeler à manifester le 19 mars. À l’inverse, la CFDT demande à ses troupes de s’y montrer « visibles » face à ceux qui profiteront de ce rendez-vous pour « lancer des mots d’ordre hostiles au traité ». Dans cet imbroglio, la CGT confirme une importante mobilisation de quelque 15 000 participants à Bruxelles pour « construire l’Europe sociale » mais se garde d’y inviter la constitution européenne par crainte d’en « dénaturer » le contenu revendicatif. Elle privilégie la mobilisation pour exiger des « garanties sociales » contre « la mise en concurrence » des salariés, le retrait de la directive Bolkestein, la réforme du pacte de stabilité, « camisole pour la croissance et l’emploi », ou la réduction du temps de travail partout en Europe. L’exercice sera loin de se révéler simple. Cela d’autant plus que ce jour-là les syndicats européens ne seront pas les seuls à s’exprimer. Lors du dernier Forum social européen, à Londres, l’assemblée des mouvements sociaux a appelé à manifester le 19 mars « contre le modèle néolibéral européen et pour une Europe des droits et de la solidarité entre les peuples ». En France, l’Union syndicale Solidaires a déjà fait savoir qu’elle « manifestera avec les forces du mouvement altermondialiste contre le projet de traité constitutionnel »

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