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Un article d’ Annie Kahn paru dans Le Monde du 13 janvier 2006

Innovation : la France continue de perdre du terrain

jeudi 12 janvier 2006 par Annie Kahn
L’innovation continue d’être un point faible de l’économie française. Selon le tableau de bord européen de l’innovation, dont la cinquième édition devait être présentée jeudi 12 janvier à Bruxelles, la France est moins innovante que ne le sont globalement les Quinze et son score ne la situe que légèrement au-dessus de la moyenne des 25 pays de l’Union européenne.

Ce classement, établi sous l’égide de la Commission européenne, prend en compte une batterie d’indicateurs, qui vont de la formation scientifique et technique aux performances à l’exportation, en passant par les dépôts de brevets. Tous secteurs d’activité confondus. A la différence d’autres palmarès, celui-ci n’est donc pas exclusivement centré sur la recherche et développement ou sur les technologies de pointe.

Le constat en est d’autant plus inquiétant. Il indique que la France est en position de faiblesse dans les secteurs de haute intensité technologique, mais qu’elle perd aussi du terrain dans les secteurs traditionnels. Car son "indice global d’innovation" s’est dégradé depuis un an. Si cette tendance se perpétuait, la France se situerait en dessous de la moyenne des 25 dans une dizaine d’années.

PERFORMANCES MITIGÉES

Certes, sur certains secteurs, la France fait mieux que la moyenne européenne. Elle se situe au deuxième rang (derrière l’Allemagne) dans l’industrie automobile et les matériels de transport, et en troisième position pour les industries agroalimentaires (derrière la Belgique et la Suède), les produits en caoutchouc et matière plastique (derrière la Suède et l’Autriche), et les machines et appareils électriques (derrière l’Allemagne et la Finlande). Mais ces performances ne suffisent pas à compenser les faiblesses recensées ailleurs. Globalement, les entreprises françaises investissent insuffisamment en recherche et développement, confirme ce tableau de bord.

Pourtant, contrairement à une idée répandue, la population française est plutôt demandeuse de produits nouveaux. Selon une enquête réalisée pour la première fois par la Commission auprès de 30 000 Européens, les citoyens français sont même parmi les plus enclins à acheter des nouveautés. La demande intérieure existe donc. Mais l’offre ne s’est pas développée en conséquence. Cette inadéquation explique également que la position de la France en matière d’exportation de produits de haute technologie se dégrade.

Certaines faiblesses propres aux PME françaises expliqueraient en partie cette situation. Comparées à leurs homologues des autres pays européens, elles se moderniseraient difficilement, sont insuffisamment nombreuses à mettre en place de nouvelles méthodes de gestion et d’organisation, ou à introduire de nouveaux produits sur le marché, voire à modifier leur gamme existante.

Le tableau n’est cependant pas entièrement noir. La France détient quelques points forts qui pourraient permettre au pays de rebondir. L’existence d’un marché intérieur demandeur notamment en est un. Il y a aussi le bon niveau de formation. La France arrive en seconde position (derrière l’Irlande) pour le nombre de scientifiques et d’ingénieurs formés chaque année. Ce score pourrait néanmoins se dégrader, car il progresse moins vite que dans les autres pays de l’Union en moyenne.

Ces performances mitigées expliquent que la France se situe dans le groupe des "moyens" selon la typologie adoptée par les auteurs de ce tableau de bord. Elle y côtoie le Royaume-Uni, dont la performance en matière d’innovation est supérieure, mais la progression moindre.

Cinq pays se distinguent dans le peloton de tête. Les pays scandinaves, Suède, Danemark, Finlande, la Suisse, mais aussi l’Allemagne. A la différence de la France, ce "vieux" pays a su moderniser son tissu économique, bien que son point faible soit le nombre insuffisant de jeunes diplômés dans les disciplines scientifiques et techniques.

PAS DE CONVERGENCE À COURT TERME

Les nouveaux pays de l’Union se répartissent en deux catégories. Si la plupart se situent en dessous de la moyenne, certains progressent rapidement, ce qui devrait leur permettre à terme de rattraper leur retard.

Toutefois, "il ne faut pas s’attendre que les 25 pays de l’Union convergent à court terme", estiment donc les auteurs du rapport, qui sont également très pessimistes quant au rattrapage global de l’Europe par rapport aux Etats-Unis. Si l’on extrapole les tendances actuelles, "il faudra plus de 50 ans pour que l’Union européenne rattrape les Etats-Unis en matière d’innovation". La situation est pire vis-à-vis du Japon.


Lexique

Entrées. Le tableau de bord de l’innovation est établi à partir des données relatives aux moyens mis en oeuvre pour favoriser l’innovation, les "entrées". Elles quantifient les efforts de formation, de recherche et développement publics et privés, les transferts technologiques, les moyens logistiques (nombre de lignes Internet à haut débit pour 100 habitants, investissement informatique), le capital-risque investi dans de jeunes pousses, la modernisation des PME.

Sorties. Le tableau de bord tient également compte des indicateurs de résultats, les "sorties" : nombre de brevets, dessins ou marques déposés, emploi dans les entreprises de haute technologie, exportations de produits technologiques, ventes de produits nouveaux.

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