Liste des auteurs

Article de ALEXANDRE CHAMORET paru dans Le journal de Centre le 14 novembre 2006

Jean-François Hénin (Seren) se retire

mardi 14 novembre 2006 par ALEXANDRE CHAMORET
Face à une opposition qu’il juge "irrationnelle", l’homme d’affaires qui a relancé l’idée d’exploiter le charbon nivernais se retire. Le projet industriel continue mais sans lui.

Après l’arrivée in extremis de nouveaux promoteurs, le dossier du charbon de Lucenay-Cossaye rebondit une nouvelle fois. Si la société Seren concourt toujours à la concession du gisement nivernais, l’inventeur du projet Jean-François Hénin a décidé de se retirer. L’homme d’affaires qui exploite une ferme de 300 hectares sur la commune de Lucenay-Lès-Aix jette l’éponge.

Le 28 août dernier, vous nous aviez confié : "sans consensus, je me retirerai". Depuis, la polémique sur le charbon de Lucenay-Cossaye ne s’est pas vraiment apaisée. Qu’en est-il ?

J’ai décidé de ne plus être le promoteur de ce projet, c’est fini. Je ne jouerai plus de rôle actif. J’ai joué un rôle moteur dans ce projet mais si je me suis au départ engagé c’était parce que des élus et des gens de la commune me disait : ’’pourquoi vous qui êtes un industriel n’investiriez-vous pas ici au lieu de courir le monde ?’’. J’ai ensuite été frappé par le peu de support public des politiques. Après la dernière réunion de Toury-Lurcy, quelqu’un est venu me voir en me disant : "ils vous ont lâchés’’. Je pensais que mon rôle allait rassurer les gens parce que j’aime cette région. Mais le débat a été personnalisé. Tout ça a été assez pénible à vivre.

Vous le quittez totalement ?

Juridiquement, je suis tenu, j’ai des obligations dans le capital. Mais je ne remettrai plus d’argent et je me retire du conseil d’administration de la Seren. C’est un énorme gâchis. Je regrette aussi que le climat des réunions avec la population n’ait pas permis à la Seren d’exposer complètement son projet, notamment en matière de valorisation des produits forestiers, agricoles et des coproduits.

Pourquoi ?

Les menaces personnelles ne m’effraient pas. Ce qui n’est pas tenable, insupportable, c’est d’entendre dire par des médecins même si c’est faux que je serai responsable au premier malade. Imaginez qu’un enfant naisse avec une leucémie et que ses parents de bonne foi viennent me voir ? Il n’y a pas de réponse à ça même si encore une fois c’est totalement faux. On a dit à ma femme : ’’au premier mort, c’est ton mari qui y passent’’. Les premiers responsables sont les médecins qui ont cristallisé cet affolement. C’est irrationnel parce qu’il est impossible qu’on puisse aujourd’hui laisser concevoir en France un projet dangereux.

Les émissions de CO2 vont-elles conditionner tout nouveau projet charbonnier ?

Si on exige le captage, ça veut dire qu’on enterre le dossier pour 10 ans, à moins qu’il y ait une politique publique. Parce que ce n’est pas à la portée du projet mais du marché. Le politique fixe les normes, l’industriel les applique et l’administration contrôle. Mais c’est une question de société. Cela dépend du prix auquel les gens veulent payer leur électricité. On peut développer les énergies renouvelables mais l’énergie solaire est dix fois plus chère. On crée un affolement général avec le CO2 sur des bases incertaines. Pourquoi ne parle-t-on plus du CO2 dans le trou de la couche d’ozone ? Parce que les scientifiques se demandent s’ils ne se sont pas trompés. Le méthane rejeté par la forêt amazonienne et le bassin du Congo, les deux poumons de la planète, serait la cause. Le méthane est 50 fois plus dangereux que le CO2. Personne n’a encore les vraies réponses.

Etes-vous toujours aussi convaincu par l’intérêt de cette exploitation ?

La hausse des prix du pétrole, l’instabilité politique des pays producteurs d’hydrocarbures et le développement du charbon partout dans le monde rendent possible et impératif sa mise en œuvre. La consommation croît d’1% par an en France. Le PDG d’EDF vient de le dire à Flamanville, sur le site de la nouvelle centrale EPR (NDLR : "avec le nucléaire, la seule solution c’est le charbon") mais personne ne l’a repris. Dans les 15 ans à venir, les anciennes centrales à charbon vont devoir fermer parce qu’elles polluent. Il faut donc les remplacer. L’apparition d’un nouveau projet montre aux gens que je n’avais pas raconté de carabistouilles. Il y a des concurrents potentiels. Comme l’a dit Pierre Radanne, le charbon de Lucenay-Cossaye est une "mine d’or". Sa richesse est telle qu’il sera inéluctablement exploité un jour.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !