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Laureen Ortiz | Libération le 23 octobre 2007

Jean-Luc Wingert, ingénieur : « On prévoit la dernière goutte de brut pour 2150 »

mercredi 24 octobre 2007 par Laureen Ortiz

Proche de son record historique de 1980 (101 dollars en monnaie constante), le baril de brut flirte aujourd’hui avec les 90 dollars. Jean-Luc Wingert, ingénieur en énergie et développement, auteur de La vie après le pétrole, analyse cette évolution.

Quelles sont les raisons de l’envolée du prix du pétrole ?

Des facteurs conjoncturels tendent le marché. Sur le plan géopolitique, ce sont les tensions actuelles à la frontière de l’Irak et de la Turquie, et aussi au Nigeria. Si demain on entre en conflit avec l’Iran, cela peut accélérer la hausse du cours. L’effet monétaire de la dépréciation du dollar joue aussi, puisque le pétrole est la plupart du temps facturé en dollars. Par ailleurs, les investisseurs voient les prix augmenter, ce qui favorise la spéculation. Celle-ci est en fait due à une tendance plus lourde : le pic de production de pétrole, prévu pour 2015 (avec une marge de plus ou moins cinq ans).

Le scénario de l’Energy Watch Group, qui a annoncé hier que ce pic avait été atteint en 2006 et que la production diminuerait de moitié d’ici à 2030, est-il réaliste ?

Ces chiffres me semblent un peu alarmistes, mais je suis d’accord sur l’idée fondamentale de pic pétrolier (c’est la thèse du peak oil). Depuis 1859, on est dans la première phase de production pétrolière industrielle. Aujourd’hui, les pays de l’Opep produisent 85 millions de barils par jour. Mais, compte tenu de la limite des gisements, la production mondiale devrait atteindre un maximum de 90 à 100 millions de baril vers 2015. La Russie a déjà atteint son pic de production, d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ensuite, on entre dans la deuxième phase : la production diminuera et retrouvera, à l’approche de 2050, son niveau des années 1970. Avec ce modèle, on prévoit la dernière goutte de pétrole pour 2150.

Quel est l’impact d’un pétrole cher et rare ?

Le pétrole est le produit le plus échangé au monde, donc cela va créer de l’inflation dans tous les domaines : les transports (la moitié de la consommation de pétrole est destinée aux transports, le premier poste étant celui du transport individuel), l’agriculture, le chauffage… Si le monde, emmené par les Etats-Unis, entre en récession, on pourrait au final assister à un report vers d’autres sources énergétiques.

Du jour au lendemain ?

Il faut lancer un plan Marshall de l’efficacité énergétique, avec une fiscalité incitative. Investir dans les infrastructures qui permettent de limiter notre dépendance au pétrole : de nouvelles lignes de train, un parc automobile renouvelé (moins consommateur), des habitats isolés, des pavillons collectifs au lieu de maisons individuelles… Penser très vite au long terme. On peut imaginer des congés mutualisés, pour éviter de prendre l’avion trois fois par an. Les compagnies low cost ne sont d’ailleurs pas un bon pari sur l’avenir, elles s’exposent de plein fouet à la hausse des carburants.

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