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Propos recueillis par Rémi Barroux | Le Monde le 06.05.2009

Jean-Marie Pernot : "Les syndicats manquent de puissance vis-à-vis du patronat"

jeudi 28 mai 2009 par Rémi Barroux, Jean-Marie Pernot
Jean-Marie Pernot est chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales, coauteur de La Grève (Sciences Po, 2008).

La succession de journées d’action proposée par les syndicats correspond-elle aux attentes des salariés ?

La marge de manœuvre des syndicats au niveau national est assez réduite. Les situations et les attentes des salariés sont diverses et il est difficile d’en faire une synthèse.

S’il existe des conflits sur les salaires, avec des résultats souvent positifs, ceux sur l’emploi sont plus difficiles. Les salariés ont parfois des points de vue différents entre ceux qui veulent préserver les emplois et ceux qui réclament une meilleure prime de licenciement. A cela s’ajoutent des approches différentes sur les moyens d’action.

Que peuvent-ils alors proposer ?

Un mouvement uniquement fondé sur des manifestations mensuelles trouverait vite ses limites : si aucun résultat n’en ressort, les gens viendront moins nombreux.

Faut-il aller vers une "grève nationale" comme le réclament certaines organisations ?

Celles qui la réclament sont celles qui ont le moins la capacité de l’organiser dans le privé. FO n’est présente que dans 13 % des entreprises de plus de vingt salariés et Solidaires (ajouté à l’UNSA) dans seulement 4 % d’entre elles.

Il ne faut pas réduire le débat à la question de la grève générale. Les syndicats doivent trouver d’autres formes d’action, des niveaux intermédiaires de mobilisation collective : régions, bassins d’emplois, filières, zones d’activités, etc.

Mais rien ne remplace la mobilisation sur les lieux de travail. Ils peuvent et doivent profiter du mouvement en cours pour se réimplanter massivement dans le secteur privé. L’opportunité est réelle car il existe un contexte intersyndical rare qui doit être mis à profit.

A vouloir rester unis, les syndicats ne risquent-ils pas de décevoir leur base ?

L’éclatement de l’unité d’action susciterait une déception encore plus grande parmi les salariés. Si des organisations aussi différentes que la CFDT et Solidaires accordent de l’importance à ce cadre unitaire, c’est qu’il est un élément de légitimité pour chacune.

Il participe aussi du rapport de forces avec le gouvernement et le patronat. Mais si les syndicats ont fait la preuve qu’ils avaient la force d’occuper la rue, l’espace public, c’est-à-dire le lieu de confrontation avec l’Etat, ils manquent de puissance vis-à-vis du patronat.

En suroccupant l’espace politique, le sarkozysme permet au patronat de rester à l’abri, moins exposé. Les syndicats doivent arriver à le débusquer.

Derrière l’emploi, la question centrale est celle d’une autre répartition des richesses. Les organisations syndicales réclament une réforme fiscale mais elles doivent aussi agir sur les salaires dans les entreprises, là où ils sont déterminés.

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