Liste des auteurs

Propos recueillis par Laetitia Van Eeckhout | Le Monde du 11.07.07.

Jean-Pierre Garson, responsable de la division migrations internationales de l’OCDE : "La France risque de décourager les migrants qualifiés"

mercredi 11 juillet 2007 par Laetitia Van Eeckhout
Jean-Pierre Garson, responsable de la division migrations internationales de l’OCDE : "La France risque de décourager les migrants qualifiés"

Porter de 7 % à 50 % du flux total d’entrées annuelles le nombre d’immigrés économiques, est-ce un objectif réalisable pour la France ?

Difficilement. A court terme, un gouvernement peut, au mieux, retarder l’immigration familiale en durcissant les critères d’entrée. Mais c’est le marché du travail qui détermine l’importance des migrations à des fins d’emploi. Le gouvernement peut en décider les modalités mais pas le volume, sauf à fixer des quotas fondés sur les besoins du marché du travail. Or on sait qu’en France ces besoins sont limités et les réserves de main-d’oeuvre inemployée ou sous-employée encore importantes. Cet objectif semble plus être une annonce politique qu’une prise en compte de la réalité économique. Elle comporte deux risques : se couper du potentiel de futurs travailleurs par le biais de l’immigration familiale et décourager notamment la venue de migrants qualifiés, car toute immigration de travail entraîne de l’immigration familiale et le fait de fixer des plafonds suscite la méfiance des immigrés sur la situation qui leur sera réservée.

D’autres pays occidentaux atteignent-ils un tel objectif ?

Les pays qui sont en mesure de remplir un tel objectif ne se fixent pas ce type d’obligation. Ils affichent leur volonté de faciliter l’immigration de travail et le marché du travail fait le reste. Au Royaume-Uni, qui a fait le choix ainsi de valoriser l’apport économique de la migration, c’est le dynamisme économique qui explique que l’immigration économique représente autour de 30 % du flux total, voire 50 % si l’on tient compte de la libre circulation des travailleurs européens. En Irlande, le phénomène est encore plus accentué car plus récent.

Dès 2004, la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suède ont ouvert leur marché du travail aux nouveaux ressortissants de l’Union européenne. Or contrairement à l’Irlande et au Royaume-Uni, la Suède n’a pas connu d’afflux venant de l’Est parce que son marché du travail était morose. Mais même au Royaume-Uni, pays de vieille tradition migratoire, l’immigration familiale et humanitaire (asile) et liée à la libre installation des travailleurs de l’Union européenne reste importante, représentant encore la moitié des flux migratoires.

Il est toujours plus facile d’afficher des objectifs chiffrés lorsque l’on est un jeune pays d’immigration. En Europe du Sud, le flux d’entrées relève encore en grande partie de la migration de travail. Cela fait néanmoins de quinze à vingt ans que l’immigration se développe dans ces pays et l’on commence, en Italie, en Espagne et dans une moindre mesure en Grèce et au Portugal, à en voir les conséquences en termes de migrations familiales.

Même en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada où l’immigration permanente fait l’objet d’une politique sélective, la part de travailleurs qui viennent sans leur famille ne représente que 30 %, 28 % et 22 % des flux, l’immigration familiale et humanitaire reste donc dominante. Les immigrés sont certes choisis mais ils viennent avec leur famille.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !