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Un article paru dans l’Humanité du 19 aout 2005

Jeu de Monopoly autour de l’énergie de demain

vendredi 19 août 2005
Les grandes compagnies préparent leur domination sur les énergies qui domineront la période de l’après-pétrole.

Pourquoi Suez est-il devenu propriétaire à 100 % d’Electrabel ? Pourquoi Total s’intéresse de près à la filière gazière et électrique ? Pourquoi le gouvernement veut-il privatiser GDF et EDF ? Autant de questions qui trouvent un dénominateur commun, celui de l’éclatement du secteur de l’énergie. Alors que le prix du baril (67 dollars) nous rappelle qu’il y aura dans trente ou quarante ans un après-pétrole, les grandes multinationales de l’énergie, poussées par l’exigence de rentabilité financière de leurs actionnaires, entendent profiter de la rente pétrolière jusqu’en 2050 tout en s’assurant le contrôle des énergies de demain. La réponse imposée par les marchés financiers relève alors d’un raisonnement simple : concentrer au maximum le capital pour assurer un étalement suffisant des coûts (recherche, production, distribution) et atteindre un retour sur investissement le plus rapide possible.

À ce titre, le rachat complet d’Electrabel par le groupe Suez est éclairant. La caractéristique d’Electrabel est de produire de l’électricité à partir du gaz au travers des cycles combinés au gaz, technique dite de la cogénération. Ce type de centrale offre un retour sur investissement au maximum de cinq ans (entre quinze et vingt-cinq ans pour le nucléaire). Leur taille réduite permet de les installer près des gros clients industriels (une usine fabricant de l’aluminium par exemple) et d’être ainsi capable de répondre à des appels d’offres pour des contrats de fourniture dédiés à un seul client.

Motivé par le même souci de rentabilité à court terme, Total se dit intéressé depuis 2001 par les capacités gazières de GDF pour proposer des solutions énergétiques combinées (chaleur + électricité) à de gros clients. Parce que les grandes compagnies énergétiques et pétrolières y voient le marché d’aujourd’hui et de demain, les investissements sont réalisés, à partir de larges mouvements de fusions et d’acquisitions, autour de la technologie de cogénération, et tirant à boulets rouges sur les capacités électronucléaires. « Il ne s’agit pas de devenir un distributeur, mais un producteur et un vendeur en gros, là où existe une complémentarité avec notre production de gaz » indiquait en 2001 Thierry Desmarest, PDG de Total, à propos du rachat éventuel de GDF si l’entreprise publique venait à être privatisée. C’est donc bien une véritable filière gaz électricité qui est en cours d’élaboration. Total a déjà entamé cette démarche en Amérique latine avec le rachat des 4 200 mégawatts argentins du groupe d’énergie chilien Gêner. Dans un tel contexte, la privatisation d’EDF prévue à l’automne est lourde de menaces quant à l’avenir énergétique de la France.

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