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Sébastien Crépel et Rosa Moussaoui | L’humanité du 7 avril 2007

Jeunes : faut-il des emplois spécifiques ?

samedi 7 avril 2007 par Sébastien Crépel, Rosa Moussaoui

Rappel des faits

La proposition de Ségolène Royal, cette semaine, d’un « contrat première chance » a relancé le débat sur les mesures à prendre en faveur de l’emploi des jeunes.

Un an après leur âpre combat contre le CPE de Villepin, le CPC de Royal a eu un goût amer pour les organisations de jeunes qui ont contribué à cette victoire. La logique de ce nouveau contrat : en échange de l’embauche d’un jeune dans une entreprise, les pouvoirs publics prendraient en charge l’intégralité de son salaire pendant un an.

La candidate socialiste espère ainsi vaincre les réticences des patrons de petites entreprises à embaucher des jeunes.

À gauche, nombreux sont ceux qui dénoncent une philosophie voisine de celle du CPE. Beaucoup y voient le prétexte à une nouvelle précarisation du travail, où les protections des salariés et leur « coût » pour l’entreprise sont de nouveau montrés du doigt. Ils craignent un nouvel « effet d’aubaine » pour les employeurs qui ne créeront pas d’emplois mais se serviront de ce nouveau contrat pour tirer les droits de tous vers le bas. Marie-George Buffet a réaffirmé de son côté son ambition de sécuriser l’emploi et la formation avec le CDI pour tous comme base du contrat.

Pour en débattre, nous avons réuni deux responsables politiques et deux responsables d’organisations de jeunesse. Alain Obadia, dirigeant national du PCF et membre du Conseil économique et social, soutient Marie-George Buffet à la présidentielle. Liliane Capelle, membre du bureau national du MRC, le parti de Jean-Pierre Chevènement, soutient Ségolène Royal. Caroline de Haas est secrétaire générale de l’UNEF et Hugo Vandamme est secrétaire national de la JOC. Invité, un responsable socialiste s’est décommandé, le cabinet de Ségolène Royal nous expliquant qu’il appartenait à la candidate de préciser sa proposition avec la livraison attendue d’un rapport sur le sujet, commandé à l’économiste Dominique Méda.

S. C.

Au regard du bilan des contrats aidés qui se sont succédé ces dernières décennies, la réponse est-elle dans un nouveau contrat jeune à l’instar du « contrat première chance » (CPC) de Ségolène Royal ?

Liliane Capelle. L’emploi des jeunes est un problème majeur, posé dans un contexte difficile. Il faut répondre à l’urgence sociale, une urgence absolue, en donnant un emploi, une qualification à des jeunes pendant un an. Dans ce projet de « contrat première chance », l’argent serait donné par l’État aux petites entreprises concernées à condition qu’elles embauchent, à terme, le jeune. Le but poursuivi n’est donc pas un énième contrat précaire, mais un contrat de qualification in situ qui permettrait au jeune de faire ses preuves et à l’employeur de ne perdre ni temps, ni argent. Ce contrat, je pense, répond à l’urgence sociale.

Cette période d’un an, où salaires et cotisations seraient pris en charge par les pouvoirs publics, correspond-elle à une période d’essai ?

Liliane Capelle. Il ne s’agit ni d’un CPE, ni d’un CNE. Le but est d’ouvrir un temps de respiration qui permette une rencontre entre un jeune, diplômé ou non, et une entreprise qui a des besoins, mais hésite à s’engager. Ségolène Royal est très claire sur le fait que les entreprises qui bénéficieraient d’aides de l’État seraient dans l’obligation de donner des contreparties, c’est-à-dire d’embaucher ces jeunes. C’est du donnant-donnant : il faut sortir de ces systèmes où l’on donne de l’argent à des entreprises sans contrepartie en matière de création d’emplois.

L’UNEF a mis en garde contre la perspective d’un « CPE de gauche »...

Caroline de Haas. Le CPC de Ségolène Royal n’apporte pas les bonnes réponses. Le fait qu’une entreprise dispose pendant un an d’un salarié qui produit des richesses sans débourser un centime me paraît dangereux. Ce n’est pas aux pouvoirs publics, aux citoyens, de payer. Par ailleurs, en l’état actuel de la proposition, la précarité demeure, puisqu’il ne s’agit pas d’un CDI. L’UNEF a rencontré jeudi Dominique Méda, chargée de la rédaction d’un rapport sur cette proposition. Elle nous a plutôt rassurés et elle a laissé des portes ouvertes. Nous attendons donc des précisions.

Reste que les contrats spécifiques pour les jeunes ne fonctionnent pas. Des dizaines de dispositifs d’emplois aidés existent, sans répercussion sur la création d’emplois. Ce ne sont pas les aides qui créent des emplois. Les entreprises embauchent lorsquy a des commandes, c’est-à-dire lorsque le pouvoir d’achat augmente, lorsqu’il y a de la croissance. Depuis vingt ans, les emplois aidés se sont multipliés, mais le chômage des jeunes n’a cessé d’augmenter. Il faut donc les arrêter. Les jeunes veulent avoir les mêmes droits que les autres salariés, mais aussi être protégés pendant la période d’entrée sur le marché du travail. Or, le contrat le plus protecteur c’est le CDI : il faut donc embaucher les jeunes en CDI. Les jeunes sortent de l’enseignement supérieur avec des qualifications qui doivent être reconnues.

Liliane Capelle. Je suis présidente de la mission locale Paris-Centre. Les jeunes que j’y rencontre sont très, très loin de l’université et de l’emploi. Je ne suis pas une inconditionnelle des contrats spécifiques. Mais celui-ci permettrait la rencontre entre des artisans, des commerçants, et ces jeunes sans qualification.

Hugo Vandamme. Je rejoins ce que dit Caroline sur l’impact des mesures en direction des jeunes. Il faut tirer le bilan de ces contrats spécifiques. Le résultat de ces politiques, c’est que les jeunes sont culpabilisés. Ils en arrivent à penser que le problème, c’est eux. Cette situation est encore plus grave dans les catégories populaires. Dans certaines cités, un jeune sur deux est au chômage. Dans une telle galère, certains en arrivent à accepter n’importe quel contrat. Un grand nombre d’entre eux acceptaient, par exemple, le principe du CPE. À la JOC, nous essayons de dire que les jeunes ne sont pas un risque, mais une chance pour la société. En revanche, je rejoins Liliane Capelle à 100 % sur la question de l’accompagnement. Pour les jeunes des milieux populaires, il y a un handicap supplémentaire : celui du réseau des parents et des amis qu’ils n’ont pas. Il faut donc un accompagnement dans l’élaboration du projet de vie, dans l’orientation professionnelle.

Faut-il en finir avec les contrats aidés et les réponses générationnelles ?

Alain Obadia. Je comprends et je partage les réserves émises par les organisations de jeunesse. Nous ne sommes pas favorables à ce contrat. Pour une raison de fond : la multiplication des contrats spécifiques, notamment pour les jeunes, tue le CDI. C’est une manière d’attaquer les garanties du droit du travail. Comme tous les contrats spécifiques, ce CPC présente des défauts majeurs : il banalise la précarité, et en la banalisant, il l’accroît. Et que devient le jeune après la première année ?

Liliane Capelle. Je vous l’ai dit : à l’issue de cette année, il y a un engagement de l’entreprise.

Alain Obadia. Pardon, mais Ségolène Royal indique, je la cite, que « l’entreprise s’engagerait en échange à recruter le jeune si celui-ci donne satisfaction ». En droit du travail, des formules comme celles-ci sont évanescentes ! Cela peut signifier n’importe quoi, être utilisé de façon telle que l’on irait vers une sorte de CPE dans une autre version.

Liliane Capelle. Je ne peux pas vous laisser dire cela...

Alain Obadia. On banalise encore l’idée selon laquelle les entreprises font un cadeau quand elles embauchent. Non. Les salariés embauchés, quel que soit leur âge, ont une utilité sociale qu’il est indispensable de reconnaître. Enfin, une telle mesure entraînerait un immense effet d’aubaine. Pour les jeunes, comme pour toute la population, il faut créer de vrais emplois. C’est le sens du projet de Marie-George Buffet, qui pose en grand la question d’une politique macroéconomique favorable à l’emploi. Une politique qui, par différentes mesures sociales, fiscales, réorienterait les financements vers l’économie réelle, vers l’investissement créateur d’emplois. Nous pensons que, pour les jeunes, l’entrée dans l’emploi doit être un CDI renforcé, avec un volet formation et un volet tutorat.

Ces propositions peuvent-elles répondre au besoin de « souplesse » qu’expriment des entreprises ?

Alain Obadia. Dire que le CDI est une sorte de prise en glace de l’emploi dans les entreprises est absolument faux. Malheureusement, les exemples sont multiples d’entreprises qui licencient des personnes en CDI. Le renforcement du CDI et la limitation des contrats précaires doivent aller de pair avec un système de sécurité d’emploi ou de formation. Ce système est une réponse aux questions de la mobilité professionnelle et des mutations technologiques. Toute personne qui le souhaite doit être en position d’emploi ou en position de formation rémunérée devant conduire à un emploi. Ce système aurait la même ambition pour l’emploi que celle de la Sécurité sociale, lorsqu’elle a été créée, pour les problèmes de santé.

Liliane Capelle. Lorsque vous parlez d’un CDI pour les jeunes, c’est une autre manière de proposer un contrat spécifique. Pour le reste, je partage ce que vous dites, dans une situation qui serait idéale. Pour parvenir au plein-emploi, il faut un changement radical, une réorientation complète de la politique européenne, un rééquilibrage du rapport entre capital et travail. Je me bats pour cela. En attendant, il faut répondre à l’urgence. Vous parlez d’un effet d’aubaine. Ce serait un risque si cette proposition concernait les grandes entreprises. Je vous parle, moi, des PME qui ne roulent pas sur l’or. De nombreux petits patrons craignent de franchir le pas de l’embauche. Si on leur donne le temps de former les jeunes, si la rencontre s’opère des deux côtés, si l’État paye en contrepartie d’une embauche en bout de course, cela peut lever la barrière.

Voulez-vous dire que le problème central est celui du coût du travail ? Si c’est le cas, en quoi ce problème se poserait-il différemment au bout d’un an ?

Liliane Capelle. Ségolène Royal insiste sur le fait que rien n’est donné sans contrepartie. Et la contrepartie, c’est d’embaucher la personne.

Caroline de Haas. Mais dans le discours que vous tenez, Mme Capelle, il y a deux pôles. Celui des politiques globales qu’il faudrait conduire, et celui des mesures d’urgence. Le problème, c’est qu’on entend souvent des mesures d’urgence, de rafistolage, mais rarement des projets de politique générale. À mon avis, une société qui progresse doit permettre à chaque jeune d’accéder à l’enseignement supérieur, d’y réussir, d’obtenir un diplôme pour s’insérer dans le marché du travail. Sur les emplois non qualifiés, il est - inutile de créer des contrats spécifiques. Pour régler l’urgence, ces emplois existent : plus de 800 000 étudiants sont contraints de se salarier pour financer leurs études. Ces étudiants n’occupent pas des postes qualifiés. Si on met en place une allocation d’autonomie, proposition reprise par tous les partis de gauche, cela libérerait plusieurs centaines de milliers d’emplois. Autre problème : les stages. Ils correspondent à 100 000 emplois que les entreprises refusent de créer. Nous sommes favorables à l’interdiction des stages hors cursus. À partir du moment où un jeune est diplômé, c’est à l’entreprise d’assumer sa formation au poste de travail sur lequel il est embauché. - Enfin, le problème de la déqualification est majeur. Les jeunes diplômés occupent des emplois peu qualifiés. Il est urgent de mettre à plat les conventions collectives pour que les diplômes soient reconnus et ouvrent le droit à une rémunération en rapport avec la qualification. Mme Capelle, vous n’expliquez pas en quoi ce CPC va créer de l’emploi...

Liliane Capelle. Mais si, puisque Ségolène Royal a assuré qu’un suivi individuel sera mis en place et qu’aucun jeune ne resterait sans emploi ou sans formation pendant plus de six mois.

Hugo Vandamme. Pour nous, l’important est de ne pas décevoir les jeunes. Nous sommes d’accord avec l’UNEF sur la responsabilité sociale des entreprises. Celles-ci doivent jouer le jeu, en donnant de bonnes conditions de travail et une qualité de vie à leurs salariés. À la JOC, un jeune sur quatre que nous rencontrons lors de notre campagne d’été n’a pas de contrat de travail, et certains ne savent même pas qu’il est obligatoire ! Sur la création d’emplois : les employeurs n’ont pas tous les mêmes moyens, nous sommes d’accord. Mais les besoins existent, notamment dans le secteur non marchand. Nombreuses sont les associations qui ont recruté leur premier salarié grâce aux emplois-jeunes. Mais ces employeurs ont besoin d’être accompagnés pour qu’ils trouvent les moyens de pérenniser le poste. Il ne faut pas reproduire les mêmes erreurs.

Y a-t-il une différence à faire entre les employeurs ?

Alain Obadia. Les entreprises qui privilégient la financiarisation en saccageant l’emploi doivent être pénalisées. À l’inverse, des mesures favorisant les investissements créateurs d’emplois doivent être mises en oeuvre. La crise est d’une telle gravité que l’avenir du pays est en jeu. Face à l’urgence sociale, il faut de grandes ambitions. Toutes les mesures visant à prendre le problème par le petit bout de la lorgnette ont échoué parce que les logiques de financiarisation sont beaucoup plus puissantes. Les propositions qu’avance Marie-George Buffet s’appuient sur les moyens financiers qui existent pour créer massivement de l’emploi. En 2006, l’excédent brut des entreprises s’est élevé à 570 milliards d’euros, dont seulement 30 % ont été réinvestis. Tout le reste est allé aux dividendes et aux placements financiers. Il faut réorienter cet argent. Pour les PME, nous proposons que celles qui veulent créer de l’emploi aient accès à un crédit bancaire à taux bonifié. Les cotisations sociales devront être modulées en fonction des investissements dans l’emploi, et l’assiette de la taxe professionnelle (TP) doit être revue pour inclure les actifs financiers des entreprises. Cela avantagerait les PME car elles ne sont pas dans la bulle financière. Il faut aussi une loi qui change les règles du jeu entre donneurs d’ordres et sous-traitants. Avec ces mesures, il y a la création de centaines de milliers d’emplois à la clé. Mais les besoins vont au-delà des PME : dans les services publics, dans l’industrie, il faut des milliers d’emplois nouveaux. L’Allemagne connaît un rebond de sa croissance parce qu’elle a préservé son outil industriel, alors que les gouvernements ont bradé celui de la France...

Liliane Capelle. Voilà !

Alain Obadia. On voit l’hémorragie d’emplois dans l’automobile, dans des secteurs de pointe comme chez Alcatel-Lucent ou Airbus. Le problème de l’emploi ne se réglera pas à coups de mesurettes, mais en s’attaquant à la racine du mal.

Liliane Capelle. La proposition de Ségolène Royal n’est pas une mesurette. À chaque fois qu’un jeune retrouve un travail, c’est une victoire. Cela n’exclut pas de s’attaquer aux grands problèmes de l’emploi, de la formation des jeunes. Il faudra en effet changer la donne, notamment dans l’industrie. Je rappelle que j’ai voté « non » à la constitution européenne. Je soutiens Ségolène Royal parce qu’elle prend en compte ce « non ». Mais la question, aujourd’hui, est de savoir si dans un premier temps, on donne de l’emploi aux jeunes.

N’y a-t-il pas un problème de concertation entre Ségolène Royal et les jeunes ?

Hugo Vandamme. À la JOC, nous aurions aimé être sollicités pour donner notre avis. Ségolène Royal a donné son accord pour nous rencontrer. Elle est la seule candidate à gauche à ne pas l’avoir fait. Les petites entreprises et l’artisanat peuvent jouer un rôle dans la cohésion sociale des territoires. Ça ne me gêne pas qu’on soutienne ces entreprises qui ont besoin de main-d’oeuvre. D’accord pour la proposition de Marie-George Buffet sur le coût du crédit, mais je ne crois pas que cela puisse suffire.

L’opposition des organisations de jeunes ne justifie-t-elle pas de réviser la position de Ségolène Royal ?

Liliane Capelle. Je ne pense pas qu’il faille revoir la proposition du CPC. Sur la méthode, il y a certainement des choses à préciser. Le principal est d’aider le jeune à maîtriser sa vie. Les jeunes sont notre avenir, il faut cesser de porter sur eux un regard condescendant ou méprisant. Le CPC amélioré par vos propositions est une réponse à une situation d’urgence.

Alain Obadia. Qu’il y ait une urgence extrême, c’est évident. Mais doit-on continuer à créer des emplois avec, à chaque fois, un ancrage supplémentaire dans la précarité ? Nous disons non, et nous proposons de remettre l’emploi sur de bons rails. Une précision : les propositions de Marie-George Buffet ne se limitent pas au crédit, bien que son impact soit largement - sous-estimé. Il y a aussi des mesures puissantes pour les PME, sur la réforme des cotisations ou de la TP, en lien direct avec les territoires.


Revaloriser le rôle des stages

Par Guillaume, de Génération précaire

À partir de l’analyse du marché des stages, nous avons mis en avant d’une part que les stages semblaient nécessaires pour un très grand nombre d’étudiants et que, bien conçus, ils seraient un bon outil de transition entre la formation et la production. Dpart, s’il s’avérait impossible de moraliser ce statut, c’est vers l’apprentissage qu’il faudrait faire orienter ces formations. Alors, comment réformer cette charnière fondamentale pour l’emploi des jeunes ? Le défaut majeur des propositions des principaux candidats consiste à prétendre qu’on peut agir par des « patchs financiers » sur des pratiques établies depuis quinze ans. Il suffit pour s’en convaincre de confronter certaines de ces mesures avec les contraintes posées par le stage de fin d’études. Selon des propositions, une allocation universelle, une allocation de formation ou un droit au premier emploi viendraient se superposer aux situations concrètes. Ces dispositifs dénatureraient le peu de bien-fondé qui reste de cette pratique des stages, véritable transition entre formation et emploi et que vivent des centaines de milliers de jeunes.

Nicolas Sarkozy propose d’allouer une somme de 300 euros par mois pour se former. La réalité est plus pragmatique. Si un stagiaire se forme en participant à la production et en recevant une indemnité décente (que nous réclamons à hauteur de 50 % du SMIC), il s’acclimate à la réalité de l’entreprise et démontre qu’il se forme à la tâche. L’investissement que l’État doit consentir pour les jeunes est donc à réserver à la formation initiale, à l’enseignement supérieur. Il est plus logique d’envisager une indemnisation par l’employeur qui corresponde à la participation du jeune à la production (surtout pour le champion de la « valeur travail »).

Quand Ségolène Royal propose que les jeunes soient placés dans les entreprises et payés par les régions, le bon sens réagit. Qu’un jeune fasse l’affaire à son poste, pendant six mois on l’aura offert gratuitement à l’entreprise, qu’il se montre globalement improductif et on l’aura absurdement imposé... Le stagiaire peut résoudre cette équation s’il est considéré comme travailleur et comme étudiant. François Bayrou, lui, imagine un financement public pour un « apprentissage de la vie en entreprise », mais quid de l’apprentissage réel, quid des stages tels qu’ils sont utilisés ? Là encore on propose du neuf sans réformer l’existant.

Un stagiaire est recruté et sélectionné par une entreprise selon des besoins. S’il est productif, c’est souvent parce que le recruteur s’en est assuré... Améliorer l’indemnité de stage, proposer des stages plus courts et plus fréquents est plus logique que les solutions qui se résument à tout offrir à l’entreprise, ou à tout lui imposer, et à tout faire payer par l’État. Nous réclamons une participation raisonnable des jeunes à la production parce qu’elle est formatrice, et qu’elle justifiera une véritable indemnité dotée de sens, et assortie de charges sociales. Laisser les stages jeunes proliférer empêche la création de plus de 80 000 emplois quand l’an passé la France n’en a créé en tout que 200 000.

À l’avenir, il faudra remettre à plat un système qui ne peut plus justifier un apprentissage distinct des stages, ni expliquer pourquoi un ado de 17 ans est considéré comme un travailleur adulte en apprentissage et comme un étudiant en CFA tandis qu’un stagiaire de 25 ans est toujours un mineur au sens économique.


Garantir un minimum de revenus

Par Christelle Tavares, déléguée générale de l’Union nationale des missions locales

La jeunesse est un élément essentiel du potentiel de transformation et d’avenir d’une société. Mais si dans certains pays être jeune est un atout, en France, ce serait plutôt un handicap. Les difficultés rencontrées par les jeunes pour s’insérer dans notre société ne cessent de s’accroître, ce qui les conduit vers une précarité plus durable. Le fait que la France soit au dernier rang européen du taux d’emploi des jeunes le prouve. Nous devons faire face à un véritable problème sociétal : la France ne comprend pas sa jeunesse, alors comment peut-elle l’aider à s’insérer ?

Sans doute en connaissant mieux ces individus en devenir, en anticipant leurs difficultés et en leur redonnant des perspectives. C’est pour alerter les candidats à la présidentielle sur ce sujet que l’Union nationale des missions locales, qui regroupe en son sein les élus assumant la fonction de président ou d’administrateur de mission locale, a établi un état des lieux de la jeunesse en France. Elle s’est appuyée sur les constats et les pratiques des équipes de professionnels qui ont accompagné l’an dernier plus d’un million de jeunes âgés de seize à vingt-cinq ans. Ce diagnostic rend compte du cumul des problématiques auxquelles sont confrontés les jeunes : l’emploi, la formation, la mobilité, le niveau des ressoources, le logement, la santé. Cela engendre nécessairement des parcours d’accompagnements plus longs et plus chaotiques.

L’un des premiers freins d’accès à l’emploi est le faible niveau de qualification de certains jeunes. Ainsi 44 % des jeunes suivis par les missions locales en 2006 n’ont aucun diplôme et seulement 20 % ont pu accéder à une formation. Il en résulte une insuffisance de qualification pour accéder à l’offre d’emploi disponible. Mais si le faible niveau de qualification est souvent mis en avant pour expliquer les difficultés d’insertion des jeunes, de plus en plus de diplômés sont maintenant pris en charge par les missions locales dans leur parcours d’accès à l’emploi. Ensuite, le coût et la rigidité du marché du logement accentuent encore les difficultés des jeunes à devenir autonomes. Ainsi 68 % des jeunes accompagnés par les missions locales sont hébergés par leur famille. Les autres payent cher leur accès ou leur maintien dans un logement, ou acceptent des solutions précaires, ou bien encore s’éloignent en périphérie ou en milieu rural ce qui génère, avec la difficulté de déplacement, de nouveaux obstacles à la recherche d’emploi. Le manque de ressources est également un facteur de rupture des parcours d’accès vers l’emploi. Lors de leur premier accueil en mission locale, 79 % des jeunes étaient sans ressources. Il est donc indispensable de leur assurer un minimum de revenus afin d’éviter les risques d’abandon de leur projet professionnel, ce qui leur permettra, à terme, une insertion durable dans la société.

Enfin, le marché du travail n’est guère accueillant pour les jeunes puisque la majorité d’entre eux (69 %) commencent dans la vie active par des missions d’intérim ou une succession de CDD. Toutefois, la multiplication des expériences professionnelles même de courtes durées (lorsqu’elles s’inscrivent dans un parcours cohérent) aboutit à un emploi durable et leur permet d’être mieux armés face à une flexibilité grandissante du marché du travail. Mais si l’emploi durable est le sésame vers l’autonomie, la situation des jeunes en CDI confrontés au temps partiel imposé et fractionné ne leur permet pas de sortir de la précarité. Les jeunes sont dans l’attente de réponses et nous espérons que les candidats à la présidentielle en sont conscients.

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