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Entretien réalisé par Olivier Mayer | L’Humanité le 02.04.2009

John Monks. Une colère des salariés qu’il faut prendre au sérieux

vendredi 3 avril 2009 par Olivier Mayer, John Monks
John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), estime que les mesures européennes sont très insuffisantes face à l’ampleur d’une crise aux conséquences désastreuses pour l’emploi.

Comment jugez-vous les réactions des décideurs européens face à la crise ?

John Monks. La Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne n’avancent pas assez vite et je considère que leurs actions sont trop prudentes. Certes, il était nécessaire de décider la mise en oeuvre d’un plan de relance comme l’a fait la Commission, tout comme le sauvetage des banques a été nécessaire. Si toutes ces mesures vont dans la bonne direction, elles ne suffisent pas pour affronter une crise d’une telle ampleur et répondre aux inquiétudes rencontrées par l’ensemble des salariés. À ce jour, le plan de relance européen représente environ 0,9 % du Produit intérieur brut (PIB). Ce montant est loin d’être suffisant pour faire face aux licenciements massifs qui plombent un peu plus chaque mois les statistiques du chômage. Un chômage qui aggrave une précarité déjà existante et creuse les inégalités. Nous assistons à une avalanche de sommets et de réunions de haut niveau montrant, certes, que la crise est le souci numéro un des décideurs européens. Mais, lorsqu’on analyse au final les décisions prises, force est de constater que l’ambition politique n’est pas à la hauteur des enjeux. L’emploi est la préoccupation majeure des citoyens. Il doit donc être au coeur des priorités de toutes les politiques actuelles. Alors, que penser de la décision de changer le format du sommet pour l’emploi, censé se dérouler à Prague le 7 mai, pour le rétrograder au rang de troïka sociale ? Ce sommet devait réunir les chefs d’État et de gouvernement des 27 États membres et les partenaires sociaux européens. Je regrette que le Conseil ait décidé de le déclasser. J’estime que c’est un très mauvais signal donné à tous ceux qui, en Europe, craignent pour l’emploi. De là à tomber dans l’autosuffisance, il n’y a qu’un pas.

Cela dit, nous assisterons à ce sommet « réduit » pour rappeler nos revendications, nos propositions. Autosuffisance encore, lorsqu’on entend que les systèmes de protection sociale de certains pays jouent le rôle d’amortisseurs à la crise pour se dédouaner de faire davantage. Or, nous savons que les États membres ne sont pas tous pourvus de systèmes de protection sociale.

Des mouvements sociaux se développent eu Europe, qu’en pensez-vous ?

John Monks. Ces mouvements de protestation sociale traduisent une détresse et une colère qu’il faut prendre au sérieux. Des travailleurs à qui l’on a demandé de faire des efforts voient aujourd’hui des milliards s’envoler pour renflouer des banques qui ont fait preuve de la plus grande irresponsabilité en prenant des risques inconsidérés. Six mois après le début de la crise, certains grands patrons s’octroient des bonus quand leurs entreprises ou institutions licencient alors même qu’elles ont reçu des aides de l’État. C’est intolérable. On ne peut que comprendre ces mouvements de protestation qui expriment un sentiment d’injustice sociale face à ces inégalités criantes. Nous avons d’ailleurs soutenu la journée d’action unitaire des syndicats français du 19 mars, tout comme nous avions apporté notre soutien à la manifestation du syndicat irlandais qui avait réuni 120 000 manifestants le 21 février. La CES alerte depuis plus de deux ans sur les dangers que fait peser le capitalisme financier sur l’économie réelle. Nous menons actuellement une campagne, Combattre la crise : priorité aux citoyens, dans le cadre de laquelle quatre euromanifestations auront lieu à la mi-mai (le 14 à Madrid, le 15 à Bruxelles, le 16 à Prague et Berlin). Lors du dernier sommet européen, nous avons averti les dirigeants européens qu’ils devaient être attentifs à ces mouvements sociaux. Rappelons encore que cette crise intervient sur un marché du travail déjà fragile parce que très précaire, d’où cette vive inquiétude chez un nombre croissant de citoyens européens.

Vous dites que le moment est venu de passer à l’action. Que propose la CES ?

John Monks. En proposant un nouveau deal social, nous demandons que l’accent soit mis sur des politiques et des mesures à court terme en faveur des travailleurs et de tous ceux qui paient le prix fort de cette crise. Celle-ci est grave, mais pas insurmontable si certaines mesures sont prises et si l’ensemble des États membres font preuve d’une réelle volonté politique.

Tout d’abord, il est indispensable de mettre le cap sur l’emploi. Cela implique des mesures permettant de garder les travailleurs dans leurs entreprises. Il est primordial de maintenir les salaires, la protection sociale et les retraites afin que les gens aient de l’argent à dépenser et soutiennent par là même l’économie. Les jeunes sont également une priorité : ceux qui terminent leur scolarité vont entrer sur le marché du travail à un moment très difficile. Pour faire face à ces difficultés, ils auront besoin d’un soutien particulier. Nous voulons encore des services de formation professionnelle permettant de se préparer aux nouveaux emplois du futur, comme les « emplois verts » dans le cadre d’une politique industrielle à bas carbone.

Enfin, les fonds européens, tels que le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation, devraient être débloqués d’urgence afin de contribuer aux projets de créations d’emplois à l’échelle européenne.

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