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Un article de Georges Dupuy paru dans L’Express du 15/11/2004

Kazakhstan : miracle ou mirage ?

dimanche 20 février 2005 par Georges Dupuy
Le 5e producteur mondial de brut en puissance veut bâtir une économie hors du tout-pétrole. Il devra d’abord réformer ses pratiques

A Almaty, au Silk Way (traduisez « route de la soie »), le centre commercial de luxe situé à cinq minutes à pied du populaire bazar aux légumes, les plates-formes offshore miniatures en métal doré voisinent avec les souvenirs de la vie nomade. Un signe. L’or noir (actuellement 5 milliards de dollars par an) est le levier d’un développement économique que le président - à poigne - de la république kazakhe, Nursultan Nazerbaïev, veut mener tambour battant tous azimuts.

Ses ambitions paraissent légitimes. Avec la mise en production en 2008 du gisement géant de Kashagan, sur la Caspienne, le Kazakhstan produira 3 millions de barils par jour en 2015. Ce qui en fera le 5e producteur mondial derrière l’Arabie saoudite, l’Iran, le Mexique et la Norvège. Un véritable émirat, convoité par tous les pétroliers à l’heure où l’offre de brut est singulièrement tendue. Le Kazakhstan n’entend pas pour autant être un de ces Etats englués dans le tout-pétrole (60% des exportations au premier semestre 2004). Même si, à Astana, capitale politique surréaliste et colorée surgie de la steppe, une mosquée à quatre minarets, don de l’Arabie saoudite, voisine avec le ministère de l’Energie sur la rive gauche de l’Ichim.

Le pari de la diversification reste audacieux. Le Kazakhstan est encore plombé par son passé de république soviétique entièrement vouée à l’extraction des minerais dont son sous-sol regorge. Certes, Nazerbaïev a réussi à relancer une économie qui s’était effondrée dans les années 1990 sous le double impact de l’indépendance lors de l’éclatement de l’URSS et d’une ouverture des marchés mal maîtrisée. Astana devrait cependant mettre quelques années - si tout se passe bien - à se doter d’une production nationale susceptible de répondre aux besoins des 16 millions d’habitants. En attendant, portées par une croissance économique de 9% par an (voisine de celle de la Chine), les importations sont passées de 6,4 à 8,4 milliards de dollars entre 2002 et 2003. Un marché en pleine expansion où les Français ont pris un retard dramatique, où les Russes dominent tandis que les Etats-Unis représentent les premiers investisseurs directs.

La dynamique économique pourrait bien s’essouffler. Un industriel commente : « Nous n’avons aucune difficulté à travailler avec les entreprises kazakhes privées. Ce qui nous pose problème, c’est l’administration. » Jeu de chaises musicales dans les ministères, révision des contrats signés, inquisition fiscale, lourdeur des procédures et corruption, le Kazakhstan est l’un des Etats les plus prometteurs du monde, mais aussi l’un des plus « sportifs ». Au point de tuer la poule aux oeufs d’or ? Si rien ne change, certains pétroliers doutent qu’il y ait de nouveaux gisements en développement en 2015.

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