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Armelle Vincent | Le Figaro le 17.04.2008

L’Amérique confrontée au drame des expulsions

jeudi 17 avril 2008 par Armelle Vincent

Le nombre de saisies immobilières et d’expulsions s’envole.

Debrah Wright est agent immobilier. Depuis 20 ans, elle exerce son métier dans l’Inland Empire, une banlieue lointaine de Los Angeles.

Dans les années 1980 et 1990, cette zone couverte par un « smog » épais, adossée aux montagnes de San Bernardino, a présenté l’avantage d’être à la portée de presque toutes les bourses. Aujourd’hui, l’ironie est que, la période du boom immobilier passée, elle l’est plus que jamais. Mais c’est d’un sinistre qu’il s’agit, pas d’une aubaine. Les prix se sont effondrés. Les quartiers se dépeuplent, des centaines de maisons sont vides, abandonnées par des habitants chassés par des huissiers. Ils sont des milliers à avoir été expulsés. Mais personne ne semble savoir où ils sont partis.

« Ici, les gens parlent sans problème de leur vie sexuelle, mais personne ne vous racontera son expulsion, explique Debrah.Perdre sa maison est un sujet bien trop personnel, trop honteux. Nous faisons face à une épidémie silencieuse, un tabou. »

Les conseils municipaux impuissants

Confrontées à la nécessité de quitter leur maison, les victimes de saisies immobilières s’enfuient pendant la nuit, comme des voleurs. Au petit matin, leurs voisins constatent leur disparition. « Ils ne préviennent jamais, raconte Debrah. Beaucoup d’entre eux n’ont pas les moyens de louer un logement, alors ils partent vivre chez des membres de leurs familles. »

C’est notamment le cas des Arellano, d’anciens clients de l’agent. Irene, 55 ans, travaillait pour le compte d’une société de crédit immobilier. Il y a six mois, elle a été licenciée. Très vite, le couple n’a plus été en mesure de payer ses traites avec un seul salaire. Une procédure de saisie a été entamée contre eux. « Mais ils n’ont rien dit à personne, pas même à leurs enfants. Ce n’est que lorsqu’ils se sont retrouvés à la rue qu’ils ont bien été obligés de demander à l’une de leurs filles de les accueillir. En 20 ans de métier, je n’ai jamais vu une telle débâcle », se lamente Debrah.

Dans le comté de San Bernardino, on voit de plus en plus de voitures remplies de bric-à-brac. Ce sont les véhicules des sans familles qui n’ont plus que cet abri pour dormir. Les résidents se plaignent, demandent aux conseils municipaux d’agir, de chasser ces indésirables qui font encore baisser les valeurs immobilières. « Mais personne ne sait quoi faire, ajoute Debrah. Les chasser pour les envoyer où ? »

En mars encore, le nombre des saisies immobilières a bondi de 57 % sur un an, et les reprises de biens par les banques ont bondi de 129 % par rapport à la même période de l’an dernier, chiffre la société d’études Realty Trac. Selon les données d’une autre société, DataQuick Information System, 405 000 Américains avaient déjà perdu leur maison en 2007. Et si l’on en croit certains économistes, la crise ne fait que commencer.

Ainsi, Paul Krugman, chroniqueur au New York Times, prévoit une chute vertigineuse des prix de l’immobilier de 40 à 50 % dans les régions de Los Angeles et de Miami d’ici à 2009. Près de 17,9 millions de maisons sont déjà actuellement inoccupées aux USA. Un record dû à la multiplication des saisies immobilières. Dans le même temps, le volume de ventes continue de diminuer. Et ce ne sont plus seulement les classes moyennes qui se trouvent affectées. En Californie, les saisies ont commencé à apparaître dans les quartiers chics. Les cols bleus ne sont plus les seuls à devenir insolvables.

Les banques refusent les prêts à taux fixe

Ainsi, l’avocat Richard Fine a perdu sa maison de Beverly Hills. Consul général de Norvège, cet homme affable de 62 ans croyait pouvoir refinancer sa luxueuse résidence deux ans après l’avoir achetée grâce à un crédit à taux variable. « J’avais décidé de m’endetter à taux fixe pendant les deux premières années en sachant qu’il grimperait au bout de cette période. Mais je devais percevoir une grosse somme d’argent à la suite d’un procès que j’avais gagné », raconte-t-il. « J’ai mis 400 000 dollars d’apport. Je n’étais pas inquiet. D’ailleurs, presque tous les économistes conseillaient aux emprunteurs d’opter pour les taux d’intérêt variables, puisque nous aurions toujours la possibilité de refinancer plus tard. »

Mais l’argent n’est jamais arrivé. Et Richard n’a plus été en mesure de rembourser ses traites mensuelles. Il a demandé à la société de crédit immobilier un refinancement qui lui a été refusé. Il a donc mis sa maison en vente, en pensant qu’il n’aurait aucun mal à trouver preneur. Après tout, les Fine avaient pour voisines Jennifer Lopez et Britney Spears. Mais la société de crédit a décidé de saisir la maison....

Trois préavis d’expulsion plus tard, les Fine quittaient finalement les lieux pour louer un appartement dans un quartier plus modeste qu’ils habitent encore aujourd’hui. Il y a quelques mois, Richard a racheté une maison avec un crédit immobilier à taux variable. Une fois de plus. « Nous y avons été obligés, déclare-t-il. Aucune banque ne prêtait à taux fixe. » .

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