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MAURIN PICARD | Le figaro du 5 mai 2007

L’Autriche vote pour la semaine de 60 heures

samedi 5 mai 2007 par MAURIN PICARD
Le compromis approuvé hier par les partenaires sociaux sera applicable dès 2008.

ULTIME coup de pouce à Nicolas Sarkozy qui fait du travail le ressort de la croissance et veut déverrouiller les 35 heures en libéralisant les heures supplémentaires ? Le hasard fait en tout cas drôlement les choses : l’Autriche, elle, vient de tomber d’accord sur un modèle... de 60 heures.

Sept ans de négociations auront été nécessaires aux syndicats autrichiens pour bâtir un compromis sur la flexibilité du temps de travail. En Autriche, la durée du travail hebdomadaire est de 40 heures, à raison de huit heures par jour. Aux termes de la loi qui devrait être adoptée par le Parlement à l’automne pour une application début 2008, les salariés autrichiens pourront, après accord avec leurs patrons, travailler jusqu’à 60 heures par semaine. Ils pourront aussi opter pour la semaine de quatre jours et des journées de travail de 10 heures. Ce qui constituait une exception réservée aux entreprises en situation économique difficile va donc être généralisé.

« Depuis des années, nous ne parvenions pas à trouver une issue en matière de flexibilité du temps de travail, nous avons réussi », s’est félicité le ministre du Travail, Martin Bartenstein. De son côté, la toute-puissante Fédération des syndicats autrichiens (ÖGB), qui regroupe 1,4 million de membres sur une population totale de 8,5 millions d’habitants, y voit l’occasion de revigorer les comités d’entreprise. Les entrepreneurs, pour leur part, se réjouissent de la flexibilité accrue en matière d’organisation du travail.

Accord de flexisécurité

Extrêmement souple, l’accord de « flexisécurité », selon les termes du gouvernement, doit permettre à chaque entreprise de développer son propre modèle, en consultation avec ses employés, sans recourir à des conventions collectives. Les 60 heures hebdomadaires pourront être appliquées pendant 24 semaines par an, à condition d’intercaler des plages de quinze jours sans heures supplémentaires toutes les huit semaines, sous réserve de pénalité pour les entreprises récalcitrantes. Principaux bénéficiaires de la nouvelle loi, les travailleurs à temps partiel, au nombre de 720 000 en Autriche, verront la rémunération des heures supplémentaires majorée de 25 %, à condition qu’elles n’aient pu être restituées en jours de récupération dans un délai de trois mois.

Habituée des grandes coalitions droite-gauche, l’Autriche cultive l’art de la concertation sociale. En cinquante ans, seules deux grèves sont venues entacher sa réputation de havre de paix sociale. Le pays affiche une croissance soutenue (estimation de 3 % pour 2007) et un des taux de chômage les plus bas d’Europe (4,4 %).

L’accord autrichien, qui ferait bondir les syndicats français, s’éloigne encore davantage des durées maximales autorisées en France : 48 heures sur une semaine isolée, 44 heures en moyenne sur trois mois. Et il ne facilitera pas forcément l’accord européen souhaité par la France sur la suppression progressive de l’« opt out », ces dérogations individuelles au plafond de 48 heures hebdomadaires de la législation européenne.

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